La décision finlandaise le confirme : l'Europe reste très divisée sur la question du nucléaire. "D'un point de vue global, la situation est plate : de temps en temps, un pays lance un réacteur - la Finlande aujourd'hui -, un pays y renonce - la Turquie il y a quelque mois", observe Bernard Laponche, du cabinet ICE (International Consulting on Energy). Le modèle allemand de sortie à long terme du nucléaire constitue une alternative importante.
Le gouvernement belge a ainsi décidé, en mars, de fermer ses sept réacteurs entre 2015 et 2025. En Suède, le parti social-démocrate (SAP), dominant, a proposé une sortie du nucléaire sur quarante ans, s'inspirant explicitement du modèle adopté par Berlin ; un moyen pour Stockholm d'échapper à sa propre décision, prise en 1980, de fermer les réacteurs suédois dès 2010.
En Allemagne, la loi d'abandon du nucléaire, votée en juin 2000, semble désormais acceptée par l'industrie, et le candidat de l'opposition aux élections législatives de septembre, Edmund Stoiber (CDU-CSU), n'est plus pressé de l'annuler. Il est vrai que la formule retenue - une allocation globale et définitive de 2 600 terawatts/heure d'électricité nucléaire pour l'ensemble des centrales existantes - reporte l'échéance après 2020, ce qui permet de voir venir.
Surproduction électrique
La Grande-Bretagne a exprimé sa position dans un rapport gouvernemental (The Energy Review) publié en février : il y est dit que la façon la plus économique d'atteindre "les priorités immédiates de la politique énergétique" passe par "la promotion de l'efficacité énergétique et des énergies renouvelables ". Le même rapport admet cependant qu'il faut "garder l'option nucléaire ouverte". Quant à l'Italie et à l'Espagne, elles n'ont pas, ou quasiment pas, de nucléaire et ne manifestent pas à ce jour l'envie d'en construire. L'entrée en force du français EDF sur ces deux marchés est-elle susceptible de changer la donne ?
En fait, la question du nucléaire ne se pose pas à court terme : l'Europe est en effet, pour son bloc central (France, Allemagne, Benelux), en état de surproduction électrique, comme le note un rapport récent de l'Union pour la coordination des transferts d'électricité (UCTE). En février, par exemple, l'arrêt pour réparation de dix réacteurs nucléaires français a été compensé sans problème, sur le marché européen, par l'électricité hydroélectrique norvégienne et éolienne allemande.
Quant aux pays dont la consommation croît fortement, comme l'Espagne, ils préfèrent investir aujourd'hui dans des centrales électriques au gaz, comme le Royaume-Uni, pour remplacer ses vieilles centrales nucléaires au Magnox.
C'est que la déréglementation du marché de l'énergie ne favorise pas les centrales nucléaires, dont la construction est longue et requiert un effort financier très important. "L'analyse économique joue en faveur du gaz, explique Peter Fraser, un expert de l'Agence internationale de l'énergie (AIE). Pour qu'il en aille autrement, il faudrait que le prix du pétrole, auquel celui du gaz est assez étroitement lié, atteigne des niveaux supérieurs à 30 dollars le baril."
Changement climatique
Restent deux arguments qui jouent, à plus ou moins long terme, en faveur du nucléaire. D'une part, le changement climatique, les centrales atomiques n'émettant pas de gaz à effet de serre. C'est le message que répète avec vigueur Loyola de Palacio, la commissaire européenne à l'énergie ; c'est aussi l'un des arguments avancés par les Finlandais pour justifier leur choix. Même si, comme le souligne le rapport sur l'énergie publié le 30 mai par l'Agence européenne de l'environnement, l'augmentation prévisible en Europe des émissions de gaz à effet de serre sera"principalement tirée par la forte demande du transport". D'autre part, la croissance continue de la consommation électrique des Européens (1,9 % par an entre 1990 et 1999). Si elle n'est pas freinée, cette boulimie énergétique rendra l'apport du nucléaire "incontournable", selon les termes mêmes de Mme de Palacio.
Dans cette double perspective, l'Union européenne a pour objectif de faire passer la part des énergies renouvelables en 2010 à 22 % de la consommation électrique globale. Si cet objectif est atteint, le progrès de ces énergies pourrait couvrir une large part de l'augmentation prévue de la consommation d'électricité, sans émission de gaz à effet de serre, ni production de déchets.