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16.11.2001 - Le Figaro

Le tout-éolien sous le feu des critiques

Les députés Birraux (UDF) et Le Déaut (PS) proposent au gouvernement deux plans denvergure nationale. Ils souhaitent développer simultanément lutilisation de l'énergie solaire et des biocarburants. Les parlementaires dénoncent en effet le développement unilatéral de léolien ou du nucléaire.
«Priorité au solaire et à la biomasse.»
Alors que la mode est à l'éolien, Claude Birraux, député UDF de Haute-Savoie, et Jean-Yves Le Déaut, député PS de Meurthe-et-Moselle, estiment, dans le rapport sur les énergies renouvelables qu'ils ont remis hier à l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques, que ces deux sources d'énergie, longtemps reléguées au second plan, notamment en France, doivent être développées d'urgence.
«Nous avons voulu dépasser la querelle idéologique qui oppose les partisans du tout-nucléaire à ceux du tout-éolien, car il y a de la place pour toutes les énergies», estiment les deux parlementaires, qui ont procédé à plus de 200 auditions et se sont entourés d'un comité de pilotage composé de scientifiques, d'industriels et d'économistes.
De fait, les immenses défis auxquels l'humanité sera confrontée dans les prochaines décennies laissent peu de place aux partis pris. Il s'agit de répondre à la croissance des besoins en énergie, notamment dans les pays du Sud, sans augmenter les rejets de gaz à effet de serre (comme le gaz carbonique ou CO2) qui menacent la stabilité du climat mondial, en même temps que de faire face au renchérissement prévisible des prix du pétrole et du gaz naturel, dont les ressources pourraient commencer à se raréfier à partir de 2030. «Le développement des énergies renouvelables devrait permettre de répondre partiellement à ces problèmes, assurent les deux députés, qui proposent de passer du suivisme à l'anticipation.»
Pour l'heure, la France accuse un net retard dans le recours à ces énergies vertes, qui ne représentent, en utilisation thermique directe, que 4 % de la consommation totale d'énergie primaire. Si l'on exclut le grand hydraulique (centrales supérieures à 10 mégawatts), aujourd'hui au maximum de ses capacités, leur part dans la consommation nationale d'électricité est encore plus réduite, avec moins de 1 % en 2000).
Afin de respecter le protocole de Kyoto, qui vise à contrôler les émissions de CO2, une directive européenne récente impose à la France de produire 40 térawatts-heure (TWh) d'électricité à partir d'énergies renouvelables (hors grand hydraulique) en 2010, contre 3,8 TWh l'an passé (voir infographie). Pour y parvenir, le gouvernement mise à fond sur le développement de l'éolien, mais cette orientation est critiquée par les deux rapporteurs.
«Cette énergie n'est pas une solution miracle, explique Jean-Yves Le Déaut. Elle ne résoudra pas les problèmes de CO2 dans la mesure où il faut prévoir des usines thermiques capables de prendre le relais pendant les périodes sans vent. Ensuite, pour atteindre l'objectif de la directive européenne, il faudrait installer 14'000 mégawatts éoliens en France, ce qui représente un investissement très important, de l'ordre de 120 milliards de francs.»
Mais, surtout, les deux parlementaires redoutent qu'en se focalisant trop sur l'électricité en général, et sur l'éolien en particulier, on masque les problèmes posés dans deux secteurs très sensibles: le résidentiel tertiaire (chauffage, eau chaude) et le transport routier, dont la consommation énergétique a littéralement explosé au cours des trente dernières années : +51-% pour le premier et +65 % pour le second!
Or, selon eux, «un développement significatif de l'utilisation de la biomasse et de l'énergie solaire thermique (qui produit directement de la chaleur, à la différence du solaire photovoltaïque, qui génère de l'électricité. NDLR) pourrait être une réponse possible». Et, de surcroît, rentable.
Le recours massif aux biocarburants (diester de colza, éthanol) dans les transports, combiné à l'amélioration du rendement des moteurs, ferait économiser quelque 20 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) à l'horizon 2010-2015. Même chose dans le résidentiel tertiaire grâce au solaire thermique, qui constitue «l'un des gisements les plus importants d'énergie renouvelable», notamment pour la production d'eau chaude sanitaire. Sans oublier, mais dans des proportions bien moindre, la géothermie, actuellement en plein développement.
Tout confondu, les deux rapporteurs chiffrent l'économie réalisée chaque année à quelque 60 milliards de francs pour un pétrole à 28 dollars le baril. «Cette réduction de la facture énergétique, qui a atteint 150 milliards de francs en 2000, s'accompagnerait d'une diminution de 30 % de nos importations de pétrole et d'une réduction de 30 % de nos émissions de CO2.»
Le jeu en vaut bel et bien la chandelle.
Pour remporter la mise, Claude Birraux et Jean-Yves Le Déaut en appellent à l'État qui, selon eux, «ne peut se dérober». À lui de «définir une stratégie», en relation avec tous les acteurs de la filière, et notamment une «politique scientifique et industrielle intelligente et ambitieuse». Avec un peu plus de 130 millions de dollars de crédits publics en recherche et développement alloués aux énergies renouvelables entre 1985 et 1999, la France est à la traîne, très loin derrière le Royaume-Uni (332 millions de dollars) et surtout l'Allemagne (1,2 milliard de dollars).«De nombreux travaux dans le domaine scientifique, mais aussi technologique, sont nécessaires pour développer le solaire thermique, la climatisation solaire, les cultures à vocation énergétique et les procédés chimiques ou enzymatiques de production de carburants à partir de biomasse», estiment les parlementaires, qui craignent que les industriels français, incapables de répondre à une demande mondiale croissante en technologies vertes, ne soient rapidement distancés par leurs concurrents étrangers.
Ils proposent donc au gouvernement de lancer «sans délai», deux «plans mobilisateurs» d'envergure nationale consacrés au développement du solaire et des biocarburants.
Baptisé «Face Sud pour des bio-toits intelligents», le premier vise la production et l'installation d'un million de mètres carrés de capteurs en 2010 (soit 200-000 chauffe-eau solaires et 50-000 toits thermiques photovoltaïques).
Le second, intitulé «Terres-Énergie pour des biocarburants indépendants», prévoit l'implantation en France, toujours à l'horizon 2010, de 4 millions d'hectares de cultures énergétiques (betterave, colza et autres).
Mais, pour réussir, cette politique volontariste devra s'accompagner de mesures d'incitation financière et fiscale. Sans oublier la mise en place, à terme, d'un mécanisme d'intégration du coût du CO2 dans le prix des énergies.
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