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Questions économiques


11.03.2002 - Lettre Ouverte à la revue écologiste Silence !

Lettre Ouverte à la revue écologiste Silence ! et aux admirateurs des éoliennes industrielles récemment construites en France

Silence, on tourne !
de Bertrand Louart
Notes & Morceaux Choisis

J'ai du mal à comprendre l'engouement de Silence ! [1] pour les éoliennes industrielles. Un article du numéro d'octobre 2001 (n°275), en particulier, m'a agacé à cause des contrevérités qu'il contient, et puisque vous récidivez dans le dernier numéro (janvier 2002, n°278-279), je me décide à prendre la plume pour exposer les arguments qui me rendent sceptique quant à ces engins.

M. Maillebouis écrit dans son article :"Et que se passera-t-il quand notre mode de vie occidental sera légitimement revendiqué par les 4/5 de la population mondiale actuellement en phase de développement et que le nombre des passagers de notre vaisseau planétaire atteindra des sommets vertigineux ?" (Silence ! n°275, p.17).

Je croyais que les lecteurs de Silence savaient que le "mode de vie occidental" ne peut pas être généralisé à l'ensemble de la population mondiale sans détruire irrémédiablement les conditions de vie sur la planète. Déjà, on voit comment 1/5 de cette population arrive à salement les endommager. Et je ne crois pas que ce "mode de vie" mortifère soit vraiment ce à quoi aspirent les populations du reste du monde. J'ai même cru comprendre que bien souvent il leur était imposé par le dumping économique, la privatisation des terres, les lois du marché mondial, les multinationales, les polices et les États... Et d'autre part, on ne dénonce pas assez, en Occident, à quel point ce "mode de vie" est en réalité une misère humaine et sociale dissimulée par une abondance matérielle et technologiquement suréquipée : il a fallu vider de tout contenu et stériliser la vie sociale et humaine pour faire place nette à la circulation des marchandises et des images.

Dès le début de cet article, le problème est donc mal posé. La solution qui lui est apporté, avec un enthousiasme naïf et qui plus est comme une "solution miracle", est malheureusement tout aussi boiteuse : "Évidement, seules les énergies renouvelables peuvent résoudre ce dilemme."

La question que des gens soucieux de leur environnement et de ses équilibres devraient, à mon sens, commencer à se poser à propos de l'énergie est : "De l'énergie pour quoi faire ?". Car faire comme l'auteur de l'article en disant :"Il faut de l'énergie : en voilà de la propre", c'est ne vouloir s'occuper que la partie technique du problème, qui est importante certainement, mais qui devrait être subordonnée à ses aspects politiques et sociaux. Or, il se place délibérément dans le cadre de la société industrielle, il fait comme si le "mode de vie" qu'elle promeut était tout à fait naturel et agréable, il feint de croire qu'elle est raisonnable et pondérée dans l'usage de ses ressources ; et il est même décidé à trouver des solutions pour en assurer à l'avenir le "développement durable". M. Maillebouis vit-il sur Terre ou bien vient-il d'une autre planète ? Quelqu'un serait-il assez charitable pour lui expliquer ce qui se passe ici ?

Sous le terme général et abstrait d'énergie, on a trop tendance à oublier que ce que l'on désigne par là c'est, d'une manière aussi générale mais plus parlante, la capacité des hommes à transformer le monde. Par conséquent, avant de trouver de l'énergie physique en abondance, il vaudrait mieux d'abord savoir plus précisément à quoi elle va être employée, sinon on risque de transformer le monde n'importe comment. C'est d'ailleurs bien ce que nous voyons aujourd'hui, où le "mode de vie occidental", particulièrement dispendieux en énergie, porte atteinte partout aux conditions de la vie. Je crois donc qu'il faudrait non pas plus ou autant, mais moins de cette énergie physique si désastreusement employée, et peut être plus, beaucoup plus d'énergie d'ordre moral, de "force et de fermeté" (selon le sens originel du mot) dans les analyses et les convictions écologiques, par exemple.

Pour cela, il est nécessaire non seulement de savoir dans quelle sorte de monde nous vivons, mais aussi ne pas avoir peur de dire que nous n'en voulons pas, et que par conséquent ses problèmes ne sont pas les nôtres. Ou plus exactement, que les termes dans lesquels la société industrielle impose à chacun ses problèmes, pour justifier son existence et son "développement durable", ne sont pas ceux des individus dépossédés comme vous et moi, mais bien ceux des dirigeants.

En considérant ces problèmes selon ces termes, on se retrouve alors naturellement sur le terrain de la gestion du système, de ses nuisances et de ses catastrophes, et non sur le terrain d'une transformation sociale, c'est-à-dire d'une appropriation par les individus ou les communautés des pratiques qui permettent de se passer, autant que possible, de ce système et d'essayer d'en sortir un tant soit peu. Et sur la question de l'énergie, le but des écologistes ne devrait pas être seulement de trouver de quoi remplacer les centrales nucléaires, mais aussi d'expérimenter et de réfléchir à des pratiques où l'énergie ne serait plus cette grandeur abstraite à laquelle on fait faire n'importe quoi, mais serait plutôt, par exemple, la mesure de l'adéquation des rapports entre l'homme et la nature.

Il me semble que c'est vraiment à partir d'un tel point de vue que l'on peut commencer à se poser les bonnes questions - à propos de l'énergie comme du reste - et avancer vers des solutions constructives pour fonder une société sur la base démocratique de l'activité individuelle et collective, et non plus sur la base de méga-machines, d'automates, d'experts et de technocrates, fussent-ils "écologistes".

Il est mensonger de prétendre que l'on pourrait avoir le "mode de vie occidental" avec les énergies renouvelables. Un "mode de vie occidental propre" est tout aussi illusoire et fallacieux que la "voiture propre", que Silence ! a pourtant justement analysée et dénoncée.

Dans un petit ouvrage "Sortir du nucléaire, c'est possible avant la catastrophe" (éd. l'Esprit Frappeur), Bella & Roger Belbéoch avaient pourtant montré cette impossibilité et avaient essayé de recentrer le débat sur la question de l'usage social de l'énergie : "Pour remplacer les 57 140 MW produits par les 54 réacteurs nucléaires à eau pressurisée (au 31 décembre 1995), il faudrait un ensemble éolien de 180 500 MW [2], c'est-à-dire 600 000 éoliennes de 300 kW. La distance entre éoliennes ne doit pas être inférieure à 200m, cela représente donc une ligne d'éoliennes de 120 000 km."

Pourtant, dans Silence ! n°278-279, à la page 8, je lis "Selon une étude de l'INESTENE publiée par l'ADEME début 2001, la région haute-normande pourrait "sortir du nucléaire" sans problème [sic !] : le potentiel solaire et éolien de la région peut permettre de remplacer la production des centrales nucléaires... et même de la centrale thermique du Havre". Soit rien moins que 8 réacteurs nucléaires de 1300 MW chacun plus 2050 MW, soit 12 450 MW au total qu'il faudrait remplacer par 39 328 MW, c'est-à-dire 131 000 éoliennes de 300 kW.

Personne ne nous dit où l'on va mettre ces centaines de milliers de machines... des "experts" sortis d'on ne sait où nous disent (comme il y a 50 ans avec le nucléaire) qu'il n'y a pas de problème et par conséquent personne ne se pose plus de questions. C'est beau, la propagande.

On aura compris que je ne vois pas d'un bon oeil la multiplication des éoliennes industrielles. Je parle d'éoliennes industrielles parce que ces machines sont gigantesques et que seuls peuvent les fabriquer et les mettre en œuvre de grands groupes industriels ; elles n'ont donc strictement rien à voir avec une appropriation individuelle ou sociale de la production d'énergie. C'est une appropriation privative, quand bien même les pouvoirs publics la réglementeraient.

Il ne s'agit ici que de commerce et d'industrie qui comme ont le sait sont très respectueux de la nature et des hommes puisqu'ils cherchent à les exploiter tous deux un maximum (Là, M. Maillebouis, c'est moi qui ait honte de rappeler de telles évidences).

J'ai donc été surpris de voir que M. Maillebouis avait d'abord commencé ses recherches sur les éoliennes par d'autres problèmes techniques, mais qui étaient alors directement à sa portée, à savoir la fabrication de ces machines pour une production personnelle d'électricité.

Quelques années après, en lisant son article, j'ai l'impression de lire un rapport gouvernemental sur le développement d'un secteur industriel. Comment est-il passé de cette première démarche, qu'Ivan Illich qualifierait de conviviale, car elle produit des résultats que chacun peut s'approprier, à cette seconde démarche qui me semble être plus proche du lobbying, fût-il écologique ?

Mon hypothèse est celle-ci : parce que les besoins en énergie de la société industrielle sont démesurés, il faut leur trouver des solutions à la même échelle. Voilà ce que j'appelle le chantage à la démesure, qui fait que l'on s'occupe d'abord et de toute urgence des questions technologiques - que seule cette société industrielle peut mettre en œuvre, puisque c'est elle qui crée des problèmes de cette ampleur - et que l'on oublie de se demander : "A quoi, en fin de compte, sert tout cela ?".

Il semblerait que chez certains "écologistes" on n'imagine même plus qu'il soit possible de se poser ce genre de questions. J'en veut pour preuve l'article ahurissant publié l'été dernier dans Le Monde (3 août 2001) par Mme Danièle Auffray, adjointe Vert au maire de Paris, intitulé " A-380 : une seule solution, le zeppelin ". Il commence ainsi :"Pour le transport des ailes de l'Airbus A-380, de Bordeaux à Toulouse, le zeppelin est la seule solution écologiquement satisfaisante". Et plus loin :"Le zeppelin, avec ses moteurs à faible puissance, entraîne une très faible pollution sonore ou d'émission de CO2". Combien de milliers de litres de kérosène va brûler un seul de ces avions géant A-380 au cours de sa carrière ? Quelle pollution sonore et quantité de CO2 va-t-il ainsi émettre ? Voilà quelques questions que bêtement, moi qui ne suis pas Vert, je me posais devant un appareil aussi monstrueux.

Mais on voit la méthode - que M. Maillebouis reprend à sa manière - : repeignons tout en vert (avec de la peinture"bio", s'il vous plait !) et nous pourrons enfin nous adonner aux délices de la consommation tout en ayant bonne conscience.

A quoi servent, en fin de compte, les éoliennes industrielles ? Elles servent à beaucoup de choses, mais à mon avis, elles ne servent pas l'écologie et moins encore la liberté des hommes ou l'autonomie de leurs communautés. En fait, et c'est ce que je voulait suggérer avec le précédent exemple, elles ont avant tout une fonction idéologique. Ces derniers temps, les catastrophes générées par le mode de production industriel n'ont pas manqué, et par conséquent, le consommateur a besoin d'être rassuré. Voir des éoliennes sur le bord de l'autoroute, sur le bas-côté de la ligne de TGV, ou avant de pénétrer dans une zone industrielle, peut contribuer à le rasséréner. S'il est un lecteur de Jonas (le magazine "écolo" pour branchés) il pourra parler de "développement durable" et de "droit des générations futures" à ses enfants sur les longs trajets de l'autoroute du Sud tout en allumant la climatisation de son 4x4.

Et cela en toute bonne conscience. Les éoliennes industrielles ne sont rien d'autre que des moulins à prières d'une société qui va vers le désastre et qui ne veut pas le savoir tout en cherchant tout de même à en tirer profit.

Maintenant que le changement climatique est avéré, que le nombre de phénomènes météorologiques violents est en augmentation, il est temps d'investir dans l'éolien ! A la prochaine tempête, elles tourneront à plein régime.

Que l'on doive la construction de ces éoliennes à des gens sincèrement soucieux de la réservation de l'environnement, c'est ce dont je ne doute pas ; je voulais simplement souligner que la solution qu'ils proposent est une illusion tant qu'ils ne remettent pas en question le système des besoins que cette société a créé, avant tout pour faire circuler ses marchandises.

Que d'autres, ou les mêmes, soient également soucieux du "développement durable" de la société industrielle qui est elle-même à l'origine de cette dégradation sans précédent, cela ne fait aucun doute non plus.

Ce sont d'ailleurs les mêmes groupes industriels qui nous ont construit les centrales nucléaires, les raffineries de pétrole, et bien d'autres saloperies qui maintenant cherchent à "verdir" leur image avec ces éoliennes. On avait déjà vu qu'il n'y a pas plus écologique que Monsanto avec ses OGM (sensés consommer moins de Round-Up), et bientôt nous auront un monde encore plus écologique et encore plus propre grâce aux éoliennes de CEG-Alstom, Framatome, TotalFinaElf, Bouygues, etc. "A part ça, madame la Marquise, tout va très bien, tout-va-très-bien" (air connu).

La fonction idéologique de ces machines est flagrante lorsqu'on considère le terme de "fermes éoliennes". Leurs promoteurs ne pouvaient parler de "centres de production d'électricité éolienne", cela sonne trop technocratique ; parler de "parc d'éoliennes" sent trop la "réserve naturelle" et dénonce l'opération qui consiste à cacher la centrale nucléaire derrière quelques uns de ces engins bien voyants. Mais "fermes éoliennes" est vraiment génial : cela sonne tout de suite bucolique et écolo. Quelle merveilleux tour de prestidigitation que celui qui consiste à faire passer un ensemble de machines pour une ferme ! Je sais bien qu'il n'existe maintenant pratiquement plus de paysans et que dans les campagnes on trouve plutôt des "exploitations agricoles" et des "élevages en batterie", mais tout de même, comme le dit M. Maillebouis avec le titre de son article, nous voilà en plein chez Hélice au pays des merveilles !

Désolé, donc, de revenir à la réalité. Les éoliennes industrielles ne servent pas l'écologie, elles ne servent qu'à soutenir l'idéologie du despotisme industriel. Elles n'économisent pas la nature, mais elles permettent plutôt de faire l'économie de la conscience : "la technologie a réponse à tout", c'est-à-dire qu'il n'y a plus de questions à se poser sur les fins mais uniquement sur les moyens à mettre en œuvre, et l'énergie et l'argent qu'il faut y consacrer.

Voilà un des principaux articles de foi de l'obscurantisme scientiste, malheureusement trop répandu encore chez de nombreux écologistes.

Pour conclure, je crois qu'il est temps de dire - un peu brutalement peut-être, mais ce sont des évidences qui s'imposent à moi - que les éoliennes industrielles sont des hochets pour des adultes qui se payent de mots, d'images et de symboles (en l'occurrence ceux des "énergies renouvelables") parce qu'ils ont peur de regarder en face la réalité. Que cette réalité fasse peur, c'est l'évidence. Mais ni l'aveuglement volontaire, ni la fuite en avant technologique et moins encore la soumission à "ce qui existe pour la [mauvaise] bonne raison que cela existe" n'éviteront à quiconque d'affronter le danger de mort que la société industrielle fait courir à l'humanité et à la nature dans leur totalité.

Seule une démarche critique et expérimentale s'opposant à la poursuite du développement de cette société et de son mode de production permettra, peut-être, d'éviter une aggravation irrémédiable du désastre.

Un ennemi de l'obscurantisme scientiste et du despotisme industriel.
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[1] Silence ! 9, rue Dumenge, 69004 Lyon
[2] La différence provient de l'efficacité énergétique des installations : une centrale nucléaire convertit 70% de sa puissance en électricité, une éolienne généralement guère plus de 23%. Il est significatif que ces chiffres soient rarement rappelés, alors qu'ils sont à la base de tout calcul pour substituer une source d'énergie à une autre.
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