De plus en plus de blocages se font jour, au nom de la "pollution visuelle et paysagère", par rapport au développement de cette énergie "propre".
Depuis 10 mois, plus aucun permis de construire pour un projet de ferme éolienne na été délivré par la préfecture de lAude. Même si elle ne témoigne pas dune mauvaise volonté de ladministration, cette situation est symptomatique du blocage auquel se trouve confronté, aujourdhui, le développement de léolien dans le département français qui possède le plus fort potentiel en la matière. Un blocage lié à la façon dont cette énergie renouvelable est perçue dans lAude : pour les uns, elle constitue une chance la seule peut-être de réindustrialiser lAude en douceur et sans atteinte à lenvironnement, de générer de la richesse et pourquoi pas de lemploi. Pour les autres, léolien est synonyme de paysage défiguré, de ruine du tourisme, et de dégradation assurée de limage de la viticulture. Conséquence directe : les porteurs de projets avancent masqués, prospectent des sites tous azimuts et font miroiter à des mairies ou à des agriculteurs des rentrées financières alléchantes. En réaction, des associations de protection de lenvironnement se créent un peu partout, parfois même par jalousie du voisin prospecté, et refusent catégoriquement les "moulins à vent" modernes.
Au milieu, ladministration hésite, dans la mesure où aucun véritable schéma géographique des implantations na été établi. Et les politiques, quils soient élus ou responsables professionnels agricoles, emboîtent généralement le pas aux mouvements de refus de lopinion. A lheure actuelle, on ne peut pas dire que léolien a colonisé lAude. 73 machines sélèvent aujourdhui dans le ciel audois, et 55 autres sont en cours de construction, avec une concentration sur les Corbières Maritimes et le littoral. 24 machines, représentant trois "fermes" sont au stade de linstruction du permis de construire.
Mais tout cela nest que la partie émergée de liceberg. Selon les sources, entre 100 et 200 projets de fermes éoliennes sont en liste dattente pour obtenir un raccordement au réseau de distribution délectricité. Cette liste qui détaille les projets par communes est détenue par le seul organisme habilité à véhiculer le courant : EDF et le RTE (Réseau de transport délectricité), sa filiale pour la haute et très haute tension. Mais elle est classée "confidentiel", comme le furent en leur temps les sites présélectionnés pour la "super décharge dordures ménagères de lOuest audois, un autre dossier brûlant sur le plan politique. Ce que lon sait, cest que laddition de tous ces projets en gestation représente une puissance de 1 600 mégawatts (MW), un chiffre à rapprocher de la consommation audoise moyenne, qui est de 300 MW environ. Un chiffre à rapprocher aussi de la capacité de transport délectricité du réseau déployé actuellement dans lAude (350 MW). En dautres termes, pour installer tous les projets éoliens existant aujourdhui dans lAude, il faudrait multiplier les lignes électriques dans une proportion énorme. Une nouvelle nuisance paysagère que les associations nont visiblement pas encore incluse dans leurs motifs de refus. Il y a aussi une autre manière de voir les choses. Les fermes éoliennes existant dans lAude représentent aujourdhui une production de 100 MW environ. En développant de nouvelles installations dans des secteurs bien desservis par le réseau de distribution, on pourrait facilement arriver à une autosuffisance électrique du département, voire même, avec un développement raisonnable du réseau, à une situation dexportation de cette énergie.
Entre la chance dun développement maîtrisé et le danger dune prolifération anarchique, cest bien face à un choix politique que léolien place le département.