Par Beat Kappeler, éditorialiste au Temps et à la Weltwoche
En cette fin d'été, toute la Suisse discute de nouvelles autoroutes, de tunnels supplémentaires ou encore de l'assainissement du trafic automobile dans les agglomérations. Pour ma part, je pratique régulièrement la randonnée à bicyclette. A chacune de mes sorties, je m'étonne de ces flux interminables de voitures.
Tenez, je me suis récemment rendu à Mont-Soleil - en faisant, je l'avoue, transporter mon vélo par le funiculaire de Saint-Imier. J'ai été dépassé par quelques-unes des 15 000 voitures qui, selon mon estimation, visitent chaque année la centrale solaire et la centrale éolienne de Mont-Crosin.
J'ai fait mes calculs.
Ces installations produisent de façon naturelle 3,6 millions de kilowattheures par année. Or, les visiteurs motorisés dépensent l'équivalent d'un million de kilowattheures par l'essence qu'ils exhalent dans la nature pour observer cette «force de la nature».
Près d'un tiers de l'énergie produite est ainsi «dilapidée» par le simple fait de la contempler.
Ce rapport choquant montre combien il est difficile de produire de l'énergie et à quel point il est facile de la dépenser.
Sur mon vélo, je sens bien cette énergie dégagée par les voitures, qui se propage dans l'air par une pression latérale d'abord, et qui est perceptible dans leur sillage ensuite.
Sur son vélo, le cycliste est davantage conscient des dépenses d'énergie auxquelles il est soumis: ainsi, lorsque j'utilise une petite bouteille pour la boisson, lorsque je photocopie les pages de mon guide de randonnées, j'économise un, voire deux kilos en poids et, du même coup, quelques kilowatts de mes jambes. Automobilistes, pensez-y, vous emmenez non seulement et allègrement quelques bouteilles ou quelques livres en trop, mais une tonne de ferraille en plus...