Avis de droit
Jean-François Aubert estime que le projet déoliennes doit passer devant le Grand Conseil, dont la décision pourrait être attaquée en référendum
Selon lancien professeur de droit Jean-François Aubert, limplantation déoliennes au Crêt-Meuron implique que le Grand Conseil neuchâtelois modifie le fameux décret cantonal de 1966 sur la protection des crêtes. Cette modification devrait être soumise au référendum facultatif.
Lavis de droit a été rédigé par lancien et réputé constitutionnaliste neuchâtelois sous la forme dune note dune dizaine de pages dont nous avons lu de larges extraits. Ils nous ont été transmis par les mandataires des deux associations sopposant au projet déoliennes, soit les Amis de Tête-de-Ran - La Vue des Alpes et les Amis du Mont-Racine.
Jean-François Aubert rappelle dabord que le décret de 1966, accepté par 18.600 voix contre 2300, contenait, en ce qui concerne les zones définies sur les crêtes, une interdiction absolue dédifier des bâtiments servant à un but étranger à léconomie agricole ou forestière. Le juriste se penche ensuite longuement sur la révision de ce décret en juin 1988.
Mal fondé
Cette révision a conduit en substance à ce que ces zones soient soumises aux mêmes dispositions que celles prévues par la loi cantonale sur laménagement du territoire pour les terrains hors des zones durbanisation. Cette loi rend possibles de nouvelles constructions ou installations hors zone durbanisation pour autant que leur implantation simpose par leur destination et quaucun intérêt prépondérant ne sy oppose.
Jean-François Aubert estime que le Conseil dEtat et le Grand Conseil se sont résignés à assouplir le décret parce quils ont cru que le changement leur était imposé par la nouvelle législation fédérale sur laménagement du territoire. Or, tranche le juriste, cette motivation était mal fondée. Le droit fédéral fixe les minimums de la protection. Une protection supplémentaire de droit cantonal peut parfaitement être maintenue.
Lancien professeur pense dès lors que la révision de 1988 na pas fait disparaître la protection spéciale des crêtes et des forêts, mais la implicitement conservée. Le décret na pas changé de nom, il mentionne toujours les zones de crêtes, les distingue toujours en zones jaunes par rapport aux zones blanches (qui sont les zones ordinaires, à bâtir ou agricoles). Pourquoi ces distinctions, se demande le juriste, si ces zones ne sont pas mieux protégées que nimporte quelle zone agricole?
Jean-François Aubert conclut en parlant dune rédaction malheureuse du nouvel article 2 du décret. La protection spéciale des crêtes est implicitement conservée. Le projet dimplantation déoliennes nest juridiquement pas irréalisable mais nécessite la modification du décret, soit un acte du Grand Conseil sujet à référendum.