Un projet d'implantation de 7 éoliennes dans la région de Tête-de-Ran, dans le Jura neuchâtelois, soulève quelques remous. Une frange minoritaire mais très active de protecteurs de la nature s'y oppose et mène campagne, malgré la position favorable aux éoliennes des Verts neuchâtelois ainsi que des principales associations de protection de la nature. Un argumentaire de 4 pages a été rédigé par les Verts et peut être obtenu sur demande. Nous présentons ci-dessous l'essentiel de son contenu.
Dans le contexte énergétique européen actuel, caractérisé par une électricité produite pour sa plus grande part dans des centrales nucléaires ou au mazout, donc de manière relativement polluante, les éoliennes représentent l'un des modes les plus élégants de produire une énergie électrique propre, sûre et décentralisée.
La construction d'éoliennes sur les crêtes du Jura n'est ni indispensable ni urgente du point de vue de l'approvisionnement en électricité à court terme, l'Europe connaissant actuellement la pléthore plus que la pénurie. Elle relève d'un parti pris de qualité et non de quantité, ainsi que des perspectives d'avenir. Car la pléthore d'aujourd'hui risque bien de s'inverser à moyen terme déjà, à mesure que les législations sur les véhicules automobiles évolueront en direction du véhicule à émission polluante zéro, ce qui aura des répercussions certaines sur le paysage électrique du continent.
La Suisse, fondamentalement, n'est pas un « pays éolien ».
Reste que quelques sites, en particulier sur les crêtes jurassiennes, méritent d'être exploités, bien que leur potentiel de production soit d'environ 50% inférieur à celui des meilleurs sites de mer du Nord. Le parc éolien du Mont Crosin (Jura bernois) a apporté une double preuve : d'abord, que l'implantation des machines n'est pas contradictoire avec une gestion raisonnable des espaces de détente ; ensuite, que la population dans sa grande majorité est favorable à ce genre d'installation, comme l'atteste le fait que le Mont Crosin est visité chaque année par des milliers de personnes dont le passage ne nuit aucunement au caractère relativement naturel des lieux.
Eoliennes en pays neuchâtelois
Pour ce qui est du canton de Neuchâtel, les autorités se sont engagées à ne laisser construire que deux sites éoliens, afin de s'en tenir à un impact paysager supportable. Les Verts neuchâtelois approuvent cette vision des choses. Ils estiment également que le projet du Crêt Meuron (région Tête-de-Ran) ne contredit pas l'esprit du décret cantonal sur la protection des crêtes voté en 1966, qui visait avant tout à bloquer la construction et le clôturage de résidences secondaires. Ajoutons que le soutien des Verts au projet du Crêt Meuron ne signifie pas qu'ils soient prêts à accepter n'importe quelle activité touristique annexe. Ils s'opposeront par exemple à tout projet entraînant des constructions de bâtiments ou des activités mécanisées supplémentaires.
En conclusion
Les éoliennes du Crêt Meuron se contenteront de produire l'électricité nécessaire à 4000 ou 5000 ménages. Elles nous paraissent cependant dignes d'être construites, car :
- elles produiront une énergie parfaitement propre ;
elles ne préludent pas à la multiplication incontrôlée de parcs éoliens sur les crêtes neuchâteloises;
- elles joueront un rôle pédagogique concret, rappelant que l'énergie ne surgit pas du néant mais doit être produite quelque part ;
- elles ne contreviennent pas à l'esprit du décret de 1966 qui concernait d'abord la garantie du libre parcours des crêtes (elles seront beaucoup moins gênantes, par exemple, que les tirs militaires des Pradières et de la Sagneule, tant phoniquement que pour ce qui est des restrictions d'accès);
- elles contribueront aux efforts de diversification et de décentralisation de la production d'énergie, deux aspects essentiels à une production d'énergie sûre et durable ;
- elles seront démontables sans difficulté au terme de leur durée de vie (20-25 ans), si l'on décide alors de ne pas les remplacer ;
la seule raison de s'y opposer relève de critères esthétiques, respectables en soi mais subjectifs.
François Bonnet