Propre, sûre, renouvelable : l'énergie éolienne a de nombreux atouts. la Suisse va-t-elle se lancer dans l'aventure?
Si l'on vous dit «moulin à vent», que vous vient-il à l'esprit? Alphonse Daudet et sa Provence? Allons donc! En ce début de XXIe siècle, pour beaucoup, ce terme évoque une réalité moins poétique. Mais tout aussi passionnante. Son nom : l'énergie éolienne.
Produire de l'électricité grâce à la force du vent. Une idée séduisante. Car cette technique ne rejette pas la moindre substance dangereuse dans l'environnement, et n'engendre aucun déchet. Et le vent, c'est inépuisable. Aussi, nombreux sont les pays qui s'y mettent, à l'exemple du Danemark - un pionnier en la matière - où les éoliennes couvrent 15% de la consommation énergétique. Et la Suisse? Selon Herbert Mösch, de l'association de promotion Suisse Eole: «Les crêtes jurassiennes se prêtent à ces installations. Le relief y est doux et il y souffle en abondance.» Pas étonnant, donc, que l'unique champ d'éoliennes du pays se trouve à Mont-Crosin (BE). Mais d'autres projets devraient voir le jour, à Crêt-Meuron (NE), Sainte-Croix (VD), et même dans les Alpes, comme à Gütsch (UR).
L'avenir?
Si la Suisse ne va pas se lancer à tout va dans l'éolienne à cause de sa topographie, elle pourrait par contre importer ce type d'énergie. Provenant par exemple des côtes danoises. Une récente étude de l'Office fédéral de l'énergie (OFEN) affirme même que la production de nos centrales nucléaires pourrait être remplacée de cette façon dans un délai de quarante ans. Elle est toutefois contestée par les partisans de l'atome, qui craignent pour la sécurité d'approvisionnement du pays.
Sous le vent
- Pour qu'une éolienne soit performante, le vent doit souffler au minimum à 4,5 mètres par seconde (Mont-Crosin: 5,5 m/s)
- Aménagé en 1996, le site de Mont-Crosin compte six turbines. Quatre dégagent une puissance de 600 kilowatts (kW), les deux autres de 850 kW. Chacune alimentant 200 ménages par an.
- Prix d'installation d'une turbine à Mont-Crosin: 1,3 million de fr.
- En mer, un parc d'éoliennes de 500 km2 permettrait de remplacer l'énergie atomique produite par la Suisse.
«Renouvelable, propre et bon marché»
Ardent défenseur de l'énergie éolienne, le conseiller national socialiste bâlois Rudolf Rechsteiner ne lui trouve que des qualités.
Coopération.
Pourquoi militez-vous en faveur de l'énergie éolienne?
Rudolf Rechsteiner.
D'abord, parce qu'elle est propre! Aucune émission de CO2 ni déchets radioactifs avec ce système. Et les ressources sont vastes: selon une étude allemande, en Europe, la production pourrait couvrir cent fois la consommation actuelle d'électricité. Enfin, l'énergie éolienne est très attractive en matière de prix - moins de 8 ct. par kilowattheure (kWh).
En troquant le nucléaire pour cette énergie importée, la Suisse ne risque-t-elle pas de dépendre de l'étranger?
Il faut plutôt voir les dangereuses implications (non résolues) du nucléaire. Quelle conséquence en cas d'accidents? Quelle solution pour les déchets? De plus, prenez les combustibles fossiles: la Suisse doit bien importer son gaz et son pétrole, non? L'énergie éolienne ne viendrait pas de si loin... Et nous pouvons fabriquer nous-mêmes beaucoup de produits qui lui sont liés, comme les lignes de transmission du courant ou les turbines.
Doit-on selon vous développer des éoliennes en Suisse?
Partiellement. Dans le Jura, il existe plusieurs endroits propices, le vent soufflant suffisamment près de 2000 heures par an (contre 4000 h/an dans les meilleurs sites en mer du Nord). Je pense ainsi qu'on peut remplacer une de nos cinq centrales nucléaires par des éoliennes indigènes.
Que se passe-t-il quand il n'y a pas de vent?
En principe, cela n'arrive pas.... Si vous prenez l'ensemble de l'Europe comme lieu de production, il y a toujours assez de vent, étant donné la répartition des différentes installations. Il est vrai qu'en été, ça souffle moins. Mais à la même période, nous avons un surplus d'électricité hydraulique; alors que la production éolienne connaît sa pointe en hiver. Belle complémentarité, non?
Certains milieux écologistes sont néanmoins défavorables à l'énergie éolienne...
Au Danemark, où les éoliennes sont très répandues, une forte majorité de la population est favorable à cette énergie. Il existe bien sûr des limites à imposer. Pas question d'installer des turbines n'importe où, et surtout pas dans les parcs nationaux. Mais en mer, les problèmes d'atteinte aux paysages sont nuls. Et comme il est impossible de pratiquer la pêche industrielle dans les champs d'éoliennes, elles forment des zones favorables à la biodiversité.