La première ferme éolienne de la région sera inaugurée dans l'Aveyron.
La ruée vers le vent
Des éoliennes à tout prix. Depuis que l'Etat, obéissant à une directive européenne pour la promotion des énergies renouvelables, a imposé à EDF de racheter à un prix très avantageux (0,08 par kw/h) l'énergie produite par les exploitants de fermes éoliennes, les projets se multiplient.
Midi-Pyrénées et surtout le Languedoc-Roussillon, deux gisements de vent les plus importants en France, sont actuellement confrontés à une surenchère de projets éoliens.
130 demandes d'installation ont été recensées pour le seul département de l'Aude en juin dernier, autant pour toute la région Midi-Pyrénées où les promoteurs lorgnent du côté de l'Aveyron, du Tarn et de la Haute-Garonne.
D'ailleurs, c'est dans le sud de l'Aveyron, au lieu-dit du Merdélou, que la toute première ferme éolienne de Midi-Pyrénées doit entrer en service demain. Exploitée par la filiale française d'une société allemande, Enertrag, elle comprend douze mâts et devrait produire 15 MW. L'investissement a coûté 21 millions d'euros à Enertrag et son représentant en France, Philippe Gouverneur, espère un retour d'investissement sur dix ans.
Les promoteurs se bousculent au portillon pour bénéficier de l'offre d'EDF à un prix qui alourdit quand même la facture des abonnés au réseau d'un centime de franc par kilowatt/heure. « Le total de la demande représente 1.300 MW dans Midi-Pyrénées, explique Bruno Magimel, chargé de mission d'EDF. Mais il faut savoir que seuls 10 % des projets, pour environ 150 MW, sont susceptibles d'être raccordés au réseau ».
Outre Avignonet-Lauragais, dont la mise en service est prévue pour la mi-octobre, des projets sont bien avancés dans la montagne noire tarnaise, dans le sud Aveyron, entre Camarès et Montagnol, et vers Carmaux.
L'attrait de la taxe professionnelle
Partout ailleurs, des promoteurs de l'éolien démarchent les communes à la recherche d'un terrain bien exposé au vent. Ils sont très persuasifs puisqu'ils agitent une taxe professionnelle de près de 100.000 par an.
« Des petites communes, qui vont quasiment doubler la collecte de leur taxe professionnelle, ne peuvent pas refuser, dénonce Régis Cogranne, président de la fédération des associations d'opposants, Vent de Colère. Pour les mairies comme pour les promoteurs, l'obligation de rachat par EDF constitue un véritable Eldorado. »
Et pour l'heure, il n'y a pas de raisons pour que ça cesse. Aujourd'hui, la France produit moins de 100 MW, soit moins de 1 % de la production totale d'électricité en France. Objectif pour 2010 : produire 10.000 MW, ce qui représente entre 10.000 et 14.000 éoliennes à répartir sur le territoire.
« Mais ce n'est qu'un objectif », tempère Thierry de Mauléon, chargé de mission auprès de l'Agence de développement de la maîtrise de l'énergie (Ademe). Reste qu'il faudra réguler l'anarchie qui règne sur le marché de l'éolien. « C'est en train de changer, explique M. de Mauléon. D'une part les demandes de raccordement au réseau EDF sont aujourd'hui mieux organisées; d'autre part les projets devraient, sous peu, être soumis à une déclaration d'utilité publique », ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent. Mais pour l'heure le marché de l'éolien s'affole.
Souvent au détriment des riverains...