Prière aux quatre vents
Ô père d'Aquilon ! de Zéphir et d'Autan
Ô Souffle divin ! Ô Maître des vents ! Eole !
Entends la prière dans le cri suppliant
Que t'adressent les mortels au sommet du Montfol.
On usurpe ton règne ! on rit de ta férule !
On use de ton nom par lequel on blasphème !
On dresse des idoles dont le nombre pullule !
De fabuleux veaux d'or ayant mauvaise haleine.
Ces totems d'airain qui encornent les nues
Font planer sur les crânes les ombres d'infamies
Qui menacent les humains quand ils vont têtes nues
Et dont les coiffent, parfois, leurs femmes ou leurs maris.
Qui est le mécréant qui sème la discorde
Régnant sur ton royaume ? Serait-ce le Roi Ubu ?
Qui plante sur la terre les germes de discorde
Prometteuse en moissons de paille et de sigüe ?
Ô Eole ! Cette ardente supplique dénonce le poison,
Tu le connais déjà, car il coule en nos veines :
Celui qui trompe les hommes, le faix dieu, l'illusion,
Le liquéfiant métal ; C'est : l'argent sans peine.
Avant que le Plateau en soit tout recouvert,
Ô Monarque des souffles ! protège le sous tes armes !
Lève les vents en légions ! donne leur pour chef l'Auster !
Qu'ils emportent ces temples d'où leurs prêtres nous damnent !
Alors, le calme éolien, rétablissant son trône,
Rappellerait la Reine dont nous souffrons l'exil.
La Déesse aux bras nus auprès de qui, les hommes
Au labeur méprisé, peuvent réclamer l'asile.
C'est de la burle, Ô Eole ! de ta fille souveraine
Dont nous accepterons de supporter le joug !
De courber notre échine en labourant la plaine !
Devant elle seulement, nous plierons le genoux !
Alcide