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06.11.2002 - Le Monde

Vents contraires sur les éoliennes

Relayant les critiques sur l'impact paysager des aérogénérateurs, plusieurs parlementaires mettent en cause cette énergie "douce". Le ministre des finances, Francis Mer, évoque un "avenir incertain" pour la filière.
Les parlementaires ne goûtent guère l'énergie éolienne. A l'Assemblée nationale et au Sénat, les critiques se multiplient contre cette source d'électricité. A l'heure où des scientifiques américains jugent au contraire qu'il faudrait consentir un effort "herculéen" en faveur des énergies renouvelables (Le Monde daté 3-4 novembre), les élus, gauche et droite confondues, se font le relais d'inquiétudes locales.
"Réelles nuisances tant sonores que paysagères", pour le député Christophe Priou (UMP, Loire-Atlantique) ; "gaspillage coûteux", pour Christian Bataille (PS, Nord) ; "multiplication anarchique" pour André Chassaigne (PCF, Puy-de-Dôme) : les critiques pleuvent dru. Président de la commission des affaires économiques (anciennement de la production et des échanges) de l'Assemblée, Patrick Ollier (UMP, Hauts-de-Seine) ne dissimule pas non plus ses préventions contre "les avantages exorbitants" concédés à la filière.
En juin 2001, Christian Pierret, alors secrétaire d'Etat à l'industrie, avait publié des arrêtés proposant aux producteurs un tarif incitatif de rachat de l'électricité d'origine éolienne par EDF. "Un moment d'égarement", estime aujourd'hui Jean-Claude Lenoir, député UMP de l'Orne. Entendu à l'Assemblée, François Roussely, président d'EDF, a chiffré à 900 millions d'euros le surcoût de cette décision pour son entreprise et le consommateur. Les élus entendent donc revenir sur ce qu'ils considèrent comme un trop beau cadeau. A l'occasion de la discussion du projet de loi sur l'ouverture des marchés énergétiques, le Sénat a adopté, le 16 octobre, un article restreignant le champ d'application du tarif préférentiel.
Quelques jours plus tard, le 24, le même Sénat a adopté une proposition de loi de Jean-François Le Grand (UMP, Manche), imposant des conditions plus contraignantes. Enquête publique, étude d'impact, avis des conseils généraux : les formalités administratives, outre le permis de construire, seront multiples pour les installations supérieures à 12 mètres de hauteur.
Yves Cochet, député Vert de Paris, l'un des rares défenseurs de cette source d'énergie au Parlement, dénonce "un aveuglement idéologique de la droite mais également un peu de la gauche". "On voit là le poids du lobby nucléaire qui utilise de très mauvais prétextes", juge-t-il. Raymond Courrière, sénateur PS de l'Aude, premier département en matière d'énergie éolienne, dénonce également le "rassemblement de nucléocrates".
M. Cochet, ancien ministre de l'environnement de M. Jospin, estime ainsi que l'"éolien est en danger de mort". Francis Mer, ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, ne se montre guère plus optimiste : il prédit "un avenir incertain". La loi d'orientation sur l'énergie, annoncée pour 2003, devrait permettre au gouvernement de clarifier sa position.
Roselyne Bachelot, ministre de l'écologie, a annoncé que, parallèlement à la proposition de M. Le Grand, deux décrets soumettraient l'installation de nouveaux aérogénérateurs à la conduite d'une étude d'impact et à des conditions plus contraignantes pour l'obtention d'un permis de construire. Mais elle a également rappelé la nécessité de respecter le protocole de Kyoto sur la limitation des gaz à effet de serre et l'engagement ferme à ce propos du président de la République lors du sommet de Johannesburg, en août.
Dans le cadre de ses obligations internationales, la France doit en outre respecter une directive européenne de 2001 qui fixe comme objectif de porter à 21 % la part des énergies renouvelables dans sa production d'électricité en 2010. Or le pays est bien loin de remplir ce cahier des charges. Selon ses défenseurs, seul l'éolien permettra à court terme de remplir le contrat. Aujourd'hui, l'énergie fournie par le vent ne représente que 0,7 % de l'électricité produite, soit quelque 150 mégawatts installés, contre 4 000 en Espagne et 10 000 en Allemagne.
Confrontés à des vents politiques contraires, les industriels expriment leur inquiétude. André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), s'insurge aujourd'hui contre "une campagne de désinformation". Il conteste le montant du surcoût pour le consommateur. France Energie éolienne et Electricité autonome française, deux autres fédérations, dénoncent une tentative "d'asphyxie". Les pionniers se rappellent que, par deux fois déjà, à la fin des années 1970 puis au milieu des années 1980, l'envol de l'éolien a été brisé par des décisions politiques.
Les nouveaux tarifs ont pourtant suscité des vocations. Ils permettent le développement à grande échelle de la filière, jusque-là cantonnée à des réalisations symboliques. Les experts estiment que près de 9 000 éoliennes pourraient sortir de terre avant la fin de la décennie. Signe de cette reconnaissance, le groupe nucléaire Areva, dont la filiale Jeumont fabrique des aérogénérateurs, a demandé et obtenu son adhésion au Syndicat des énergies renouvelables (SER). TotalFinaElf et d'autres compagnies pétrolières s'engagent également dans ce créneau. EDF, tout en critiquant des tarifs exorbitants, n'est pas en reste.
Selon M. Antolini, l'énergie éolienne deviendrait en 2015 une fois les investissements amortis moins coûteuse que l'énergie nucléaire. Mais le responsable reconnaît également les abus de la profession.
La structure des nouveaux tarifs est censée permettre l'implantation et la rentabilité d'éoliennes dans des sites moins venteux, l'idée étant de favoriser le développement d'infrastructures en plaine ou dans des zones industrielles, là où leur impact visuel sera moindre. Or nombre de concepteurs continuent de privilégier des emplacements exceptionnels pour ériger des fermes de plusieurs dizaines d'unités.
Sur le terrain, des associations s'insurgent contre ce qu'elles perçoivent comme des verrues. Sur le plateau du Mezenc, en Haute-Loire, dans les monts d'Ardèche, sur le plateau du Larzac autant de paysages préservés , l'opposition à l'implantation de ces hélices géantes est vive. "Une éolienne de 100 mètres de haut peut se voir jusqu'à 30 kilomètres", constate M. Le Grand.
Afin de ne pas hypothéquer le crédit de l'énergie éolienne dans l'opinion publique, la profession tente d'établir des codes de bonne conduite. Le 24 octobre, elle a signé avec la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA) et l'Assemblée permanente des chambres d'agriculture (APCA) un protocole d'accord qui vise à encadrer les nouvelles implantations.
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