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08.11.2002 - Le Monde

Dans la Manche, un potentiel prometteur reste inexploité

Deuxième potentiel éolien de France après l'Aude, la Manche n'est guère en pointe : les éoliennes s'y comptent sur les doigts d'une main. "Nous sommes constamment sollicités, mais, quand on veut concrétiser, les blocages apparaissent", explique Michel Frémont, qui préside deux associations : l'une favorable à l'éolien, l'autre opposée au nucléaire.
Les encouragements officiels sont aussi timides : le conseil régional de Basse-Normandie n'a voté aucune subvention. Des terrains ont bien été acquis par les opérateurs, mais demeurent vierges. Même la Cogema a songé à l'éolien. Sous l'impulsion de sa présidente, Anne Lauvergeon, l'usine de la Hague envisageait cinq installations sur son site. Il n'en est plus question. Officiellement, on évoque des interférences hertziennes nuisibles au Centre régional opérationnel de surveillance et de secours en mer (Cross-Jobourg) tout proche. A ce jour, malgré la volonté de plusieurs communes, aucune éolienne de grande puissance n'a pu être installée.
Elu, en 2001, maire de Sortosville-en-Beaumont, Michel Lajoinie connaît le problème. Un projet de cinq éoliennes de 60 mètres, lancé en 1996 par son prédécesseur, patine toujours. "Une association d'opposants a déjà entamé un premier recours. Déboutée, elle revient à la charge en engageant une nouvelle procédure", explique le maire, retraité d'EDF. Le permis de construire accordé en 2000 à la société Eole-Res a été prorogé d'un an, mais le maire craint que l'opérateur ne se lasse. "Pourtant, j'y tiens, à mes éoliennes. Elles peuvent être intéressantes pour le développement du tourisme et pour les taxes qu'elles vont rapporter."
Ici, comme à Clitourps, dans le nord du département, où SIIF-énergie France, filiale d'EDF, vient de déposer un permis de construire pour six unités, la polémique est vive. Sur le bord des routes, les panneaux anti-éoliens fleurissent. Quand ce ne sont pas les riverains qui protestent, ce sont les pêcheurs qui s'inquiètent d'un possible ensemble offshore au large de Saint-Rémy-des-Landes, sur la côte ouest du Cotentin, dans un secteur pourtant déjà déconseillé aux marins.
Querelles Idéologiques
Pour Didier Anger, conseiller régional Vert, demeurant à quelques kilomètres de la centrale de Flamanville, ces réticences "sont dues, pour une grande part, à la puissance du lobby nucléaire". L'importance d'EDF et de la Cogema dans l'économie et les finances locales, de l'avis même du maire de Sortosville-en-Beaumont, "pèse sur l'objectivité des débats" et les discussions sur l'éolien tournent souvent aux querelles idéologiques. A l'été 2001, les syndicalistes CGT d'EDF ont distribué des tracts pour stigmatiser ce type d'énergie. "Ils ont aussi écrit à tous les maires du département, leur demandant de refuser les éoliennes", souligne M. Anger. L'élu écologiste s'inquiète d'une proposition de loi déposée par le sénateur Jean-François Le Grand, président du conseil général de la Manche. "M. Le Grand veut imposer plus de contraintes aux éoliennes qu'il n'en réclame pour les couloirs de lignes des centrales nucléaires ou les porcheries."
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