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02.11.2002 - Le Courrier Cauchois

Cauéole, un il sur les installations éoliennes

Les municipalités du littoral cauchois sont actuellement très sollicitées par des opérateurs leur proposant l'installation d'éoliennes sur leur territoire. C'est vrai, la région possède un fort intéressant gisement de vent. C'est vrai aussi, ce type d'installation est de prime abord séduisant du fait qu'il offre une énergie non polluante. Alors, pourquoi certaines communes ne souhaitent tout de même pas voir s'ériger sur leur sol cette source de revenus financiers ? Question posée aux membres de l'association Cauéole qui a récemment vu le jour à MannevilIe-ès-Plains, près de Saint-Valery-en-Caux.
Le permis de construire de six éoliennes de 1,75 mégawatt chacune a été déposé par un consortium d'intérêts privés hispano-français pour une installation en bordure du Caux-Maritime, entre Saint-Valery-en-Caux et Veules-les-Roses, sur les terres de Manneville-ès-Plains.
Dans un premier temps, le conseil municipal émet un avis favorable à cette installation puis, suite à une erreur de procédure, revote le projet : c'est non. Entre ces deux votes, l'association Cauéole a été créée dans le village. Elle a mené une opération de sensibilisation auprès de la population locale qui, au travers d'une pétition, s'est exprimée contre la construction des six éoliennes sur le sol de la commune.
Nous ne nous opposons pas à l'énergie éolienne qui est plutôt une bonne chose. En revanche, nous ne sommes pas prêts à accepter que des éoliennes soient construites n'importe où, sans que l'on tienne compte des sites dans lesquels on les implante. Nous demandons à ce qu'une transparence soit établie pour tout projet de ce type, clament Jean-François Zvéguintzoff et Michel Dupont, membres de l'association Cauéole.
Raison d'être
À cette demande de clarté sur tous les mécanismes qui gravitent autour d'un tel projet d'ampleur, ''Cauéole a été créée pour élever le niveau de conscience des Mannevillais autour des éoliennes, avancent les deux représentants de l'association. Parce qu'il faut savoir que si la démarche écologique de cette installation est louable, il nous semble aussi important de tenir compte de plusieurs autres facteurs non négligeables comme la pollution visuelle, sonore, le coût effectif et la rentabilité de ce type d'installation.
Sans doute par manque d'information, les gens ne se rendent pas toujours compte qu'une éolienne de 100 mètres est plus haute que nos falaises !
Dans une région qui souhaite développer le tourisme en s'appuyant notamment sur l'aspect naturel des sites, l'installation d'éoliennes de façon anarchique serait un lourd handicap. Il convient de rappeler que notre région compte parmi les terres les plus fertiles de France. D'où notre souhait qu'une étude d'impact sérieuse soit menée avant toute installation parce qu'on ne transforme pas de façon aussi légère un terrain agricole en terrain industriel. Car c'est bien de cela dont il s'agit''.
Au passage, les représentants de Cauéole récusent la terminologie de ferme éolienne. Ce sont en vérité des usines. Allusion à la dénomination des installations hydrauliques, par exemple. Détail sémantique qui, à leurs oreilles, conditionne l'appréhension du plus grand nombre, en accentuant l'aspect écologique bienfaiteur en faveur de l'implantation des éoliennes.
Le vent mais pas seulement
Jean-François Zvéguintzoff et Michel Dupont évoquent alors l'intérêt non seulement de la force éolienne mais aussi de toutes les autres formes d'énergies renouvelables : solaire, hydraulique.
Plutôt que de ne concentrer les efforts que sur une seule forme de ces sources d'énergie, pourquoi un plan général ne tiendrait pas compte de toutes ces ressources ? Notre région est creusée par un grand nombre-de vallées dans lesquelles coulent des rivières. Les moulins du siècle dernier sont là pour nous rappeler que la force hydraulique peut être utilisée chez nous.
Pourquoi ne pas développer des recherches en ce sens aussi ? Si au fil de l'eau, les micro-centrales hydrauliques fournissent un microrendement, les éoliennes ont ce même micro-rendement avec cependant un macro-encombrement''.
Autre paradoxe : l'éolien rapporte actuellement plus à un agriculteur que la prime sur le blé. Mais pourquoi si la richesse du sous-sol ne lui appartient pas, le vent lui appartiendrait plus ?. Et les deux membres de poursuivre sur les conséquences de telles constructions sur la valeur immobilière des habitations placées à proximité. Il y a aussi des personnes qui ont conservé des lopins de terre en vue de les vendre un jour comme terrains à bâtir. Inutile de dire que les acheteurs potentiels regarderont certainement différemment ces endroits s'ils se situent non loin d'une de ces grandes tours.
S'appuyant sur le fait que Patrick Ollier, député des Hauts-de-Seine, président de la Commission des affaires économiques, de l'environnement et du territoire à l'Assemblée nationale, remette en cause les éoliennes et plus particulièrement leur efficacité par rapport à leur coût élevé, et que Jean-François Le Grand, sénateur RPR de la Manche ait vu sa proposition de loi adoptée sur l'encadrement plus strict du permis de construire, les deux Mannevillais restent persuadés qu'avant de projeter de construire des éoliennes sur le plateau cauchois, il serait judicieux de les envisager dans des friches industrielles ou sur des sites déjà pollués visuellement par une industrie. "Et pourquoi pas sur le site du centre de production nucléaire de Paluel ? » s'interrogent-ils.
A la centrale, on dit s'être déjà posé la question. Que l'idée n'est pas rejetée, mais que l'étude de ce genre d'opportunité n'est actuellement pas à l'ordre du jour Simplement parce que l'activité du site nécessite déjà une grande attention.
Il est clair aussi que, par mesure de sécurité, peu d'éoliennes pourraient trouver une place sur les collines au-dessus des installations. Mât météo, relais empêcheraient leur construction dans les normes.
La raison d'être de Cauéole n'est pas de seulement défendre les intérêts de Manneville. Parce que l'envergure des éoliennes et leur impact sur l'environnement dépassent le simple cadre communal, notre fonction est aussi de renseigner les communes environnantes.
Parce qu'il nous semble que l'implantation d'éoliennes doit être pensée à l'échelle d'une région, nous pensons que l'intercommunalité devrait avoir un regard, du moins devrait participer d'une façon ou d'une autre aux débats des communes concernées par le sujet.
De toute façon, est-il nécessaire de rappeler que les bénéfices de ces "usines" n'iront pas aux communes mais aux communautés de communes ?"
L'association Cauéole a bien l'intention de ne pas laisser s'installer des parcs éoliens n'importe comment dans le paysage du Caux-Maritime. Pour cela, elle affirme rester vigilante à tous nouveaux projets qui ne présenteraient pas une transparence absolue sur leurs ambitions. Qu'on se le dise !
Philippe Deneufve
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