"On fera tout péter si nécessaire !", la menace n'est pas à prendre à la légère. Elle vise une source d'énergie propre et inépuisable : les éoliennes. "Vent de colère", un collectif d'une vingtaine d'associations de Languedoc-Roussillon, PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur) et Midi-Pyrénées, est bien décidé à mettre fin à la "prolifération des sites éoliens industriels".
Les éoliennes - parfois hautes de 60 mètres - sont perçues comme de véritables verrues sur les paysages par leurs opposants.
"Tout ce que nous avons, ce sont des sites naturels superbes, qui nous procurent l'essentiel de nos revenus : la viticulture et le tourisme. Des industriels pillent nos richesses en défigurant notre terroir. Que diraient les Parisiens si on supprimait la tour Eiffel pour construire à la place une éolienne ?", s'emporte Régis Cogranne, président de l'Association pour la sauvegarde de l'identité des paysages et des terroirs du Minervois et des Corbières (Apromi).
Le 24 octobre, le Sénat a adopté, à l'unanimité, la proposition de loi Le Grand sur l'implantation des éoliennes pour la production d'énergie électrique. La ministre de l'écologie, Roselyne Bachelot-Narquin, a donné son accord, en expliquant que le développement des éoliennes s'est effectué "de manière anarchique".
Que pensent les tenants de l'écologie de cette loi ? "Elle est débile", estime Maryse Arditi, porte-parole des Verts. "Le fond du problème vient du projet Eole 2005 de 1996. L'objectif était de produire 500 mégawatts en dix ans. Pour ce faire, le gouvernement a retenu le principe des appels d'offres. Dès lors, les industriels ont travaillé dans le plus grand secret afin de ne pas donner à la concurrence la possibilité d'avoir des vues sur les sites qu'ils convoitaient", poursuit Maryse Arditi. Pour occuper ces sites, les industriels doivent obtenir un avis favorable de la municipalité. "Les industriels achètent nos maires", accuse Régis Cogranne. "Le maire peut même donner son coup de tampon sans en référer à son conseil", témoigne Franck Turlan, chargé de mission sur le dossier "éoliennes" pour l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe), soulignant l'opacité du système.
Déjà, en 2000, un rapport de la direction générale de l'énergie des matières premières (DGEPM) notait que "les pouvoirs publics et l'ensemble des promoteurs de l'éolien avaient surestimé le degré d'acceptabilité de cette filière par les populations concernées". La loi du 10 février 2000 relative à la modernisation et au développement du service public de l'électricité change les règles du jeu et fixe un tarif "réglementaire" pour l'électricité produite via les éoliennes. Les industriels du secteur ont par conséquent un retour sur investissement assuré. "Dès lors, la course au site exceptionnellement rentable a cessé", estime Maryse Arditi.
"Nous n'avons rien contre les éoliennes, mais leurs implantations doivent être faites dans la concertation", demande M. Cogranne. A ce manque de communication, le gouvernement a répondu par une loi. "Un texte réglementaire dont le rôle est d'imposer un maximum de contraintes au développement de l'éolien", regrette Jacques Quentin, membre du Réseau-Action-Climat France (RAC-F), spécialiste du secteur. "L'objectif de cette loi est de casser la filière", estime Mme Arditi. La France devra néanmoins respecter le protocole de Kyoto sur la limitation des gaz à effet de serre. En outre, elle doit respecter une directive européenne qui fixe à 21 % la part d'énergie renouvelable dans sa production d'électricité d'ici à 2010. Le développement de cette énergie douce devra donc se faire dans la transparence.
Sur le terrain, les anti-éoliens restent mobilisés. "Si ces projets se réalisent, ça va être chaud !", avertit un militant de l'Aude.