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23.11.2002 - Journal du Jura

Le nucléaire n'est pas remplaçable par le courant des turbines éoliennes

Juvent met les choses au point.
La production d'électricité d'origine éolienne a eu beau augmenter considérablement en Suisse, avec ses 6 millions de kilowattheures par an, elle n'atteint toujours que 0,01 % de la consommation indigène.
Juvent, le plus gros producteur d'électricité éolienne du pays, juge donc peu réaliste l'idée de remplacer le nucléaire par l'énergie du vent. Même dans le cas où l'on en importerait une grande partie d'Allemagne, autre idée peu réaliste, précisent les responsables de Juvent.
La société Juvent SA, gérée par FMB énergie SA, produit actuellement 80% du courant éolien suisse à sa centrale de Mont-Crosin. Son potentiel d'extension est limité par le faible régime des vents continentaux et le nombre restreint de sites appropriés. Martin Pfisterer, directeur de Juvent, mais également directeur aux FMB, juge de ce fait peu réaliste l'objectif des autorités fédérales de multiplier par dix la production éolienne indigène d'ici à 2010.
Sur mandat du 19 février 2002, de la Commission de l'environnement, de l'aménagement du territoire et de l'énergie du Conseil national, l'Office fédéral de l'énergie a commandé auprès des bureaux de conseil Infras de Zurich et Prognos de Bâle, des études concernant les initiatives «Sortir du nucléaire» et «Moratoire plus». Il s'agissait d'évaluer s'il serait possible de remplacer par du courant éolien indigène et importé la production des cinq centrales nucléaires suisses dans le cas où leur durée de vie serait limitée à 40 ans, comme le demande l'initiative «Moratoire plus».
Les études se basent sur la vraisemblable extension massive de l'exploitation de l'énergie éolienne en Suisse et sur l'hypothèse de la construction d'immenses parcs éoliens de la superficie du lac Léman en mer du Nord et en mer Baltique, au moyen de nouvelles technologies offshore.
Ces études partent du principe qu'il serait possible d'acheter cette énergie à l'étranger et de la transporter vers la Suisse. Des affirmations qui font bondir Martin Pfisterer à l'heure où les chambres fédérales s'apprêtent à aborder le dossier.
Hier, il a fait venir à Berne Christian Schneller d'EON Energie SA, grand spécialiste de l'énergie éolienne en Allemagne. Pour ce dernier, les grands parcs offshore dont il est question ne sont techniquement et écologiquement pas encore acceptables. Trop d'inconnues demeurent, tant en raison des effets de la houle sur les mâts, que du paysage, de la circulation maritime ou encore de l'installation de câbles à haute tension entre les sites marins et la côte.
Compte tenu que l'énergie électrique n'est pas stockable et que les turbines éoliennes sont inopérantes les jours sans vent, le remplacement de l'énergie nucléaire par de l'éolienne nécessiterait une puissance installée comprise entre 20 000 MW et 60 000 MW, alors même que le Gouvernement allemand mise sur une puissance installée de 3000 MW en 2010 et de 25 000 MW en 2030.
Pour être acheminées en Suisse depuis la mer du Nord ou la Baltique, soit là où le régime des vents est favorable à l'énergie éolienne, les quantités d'électricité correspondantes aux besoins helvétiques devraient traverser toute l'Allemagne. En l'état actuel de la technique des réseaux, il faudrait 8 lignes à très haute tension à deux ternes, c'est à dire 8 mâts avec chacun deux lignes aériennes en parallèle. En comptant un écart minimal de 25 mètres entre chaque mât, la largeur totale de ces lignes serait de 200 mètres au minimum. Un projet qui, selon l'intervenant, n'obtiendrait jamais l'aval des autorités en raison de son impact sur l'environnement et de son coût.
Juvent range donc les initiatives antinucléaires au rang des utopies et fait savoir avec force que le remplacement de l'atome par le vent n'est que... du vent.
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