Les éoliennes tournent à plein régime sur les côtes allemandes. Daucuns pensent quelles pourraient combler les besoins de la Suisse en cas dabandon du nucléaire. Visite sur place.
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Près de Kanxbüll, en Frise du Nord, un paysan allemand travaille dans ses champs sous «une ferme éolienne». Une telle densité de mâts serait impensable en Suisse. Heribert Proeper/Keystone
En Europe, lénergie éolienne a le vent en poupe. A tel point que les partisans des deux initiatives pour labandon du nucléaire, sur lesquelles le peuple suisse se prononcera le 18 mai prochain, estiment aujourdhui que lélectricité produite par nos cinq centrales atomiques (40% de la consommation suisse) pourrait être remplacée à moyen terme par celle produite par les éoliennes de la Mer du Nord. Même lOffice fédéral de lénergie (OFEN) y croit sur la base de deux études montrant quil serait possible dimporter, notamment dAllemagne, le courant provenant de stations offshore en projet sur les côtes du Schleswig-Holstein. Fadaises, clame le lobby nucléaire helvétique, qui sest employé, au cours dun voyage au pays du vent, à démontrer labsurdité de cette hypothèse.
Un essor subventionné
Depuis 1997, lAllemagne est le plus important producteur dénergie éolienne du monde. Avec une puissance de 12000 mégawatts, ses "moulins à vent" disséminés sur les basses plaines de Frise orientale et les côtes du Schleswig-Holstein, au nord de Hambourg, fournissent aujourdhui 3% de lélectricité allemande. Car au pays de la contestation antinucléaire, qui a porté les Verts au gouvernement, on a fait un choix politique clair: pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 21% dici 2010, lEtat a décidé de soutenir activement le développement des énergies renouvelables.
Il a donc mis en place un important dispositif daides et des subventions pour les exploitants dénergie éolienne. Sa "loi dintégration" de 1991 oblige les distributeurs délectricité à acheter lénergie éolienne à des prix garantis (9 eurocentimes le kilowattheure). Si ces derniers ont réussi à limiter leurs obligations dachat dénergie éolienne à 5%, ce quota ne suffit plus aujourdhui à absorber loffre éolienne des régions du nord.
Géométrie variable
Alors que des milliers de petits entrepreneurs, parfois des paysans à la recherche dun revenu complémentaire, se sont lancés dans la production dénergie éolienne, E.ON Energie AG, le plus gros transporteur et distributeur allemand, fait la grimace. Car depuis deux à trois ans, ce courant, autrefois marginal, doit désormais être transporté directement par les lignes à haute tension. "Or cet afflux pose des problèmes quotidiens de gestion du réseau, car la force du vent est impossible à planifier. Elle connaît des pointes, et peut soudain tomber au point mort", explique Matthias Boxberger, porte-parole dE.ON.
A la centrale de commandes de la compagnie, à Lehrte, trois ingénieurs, bulletins météo en poche, observent en permanence un gigantesque tableau de bord électronique. Leur mission, réguler le niveau dalimentation de lensemble du réseau. Si le vent des éoliennes faiblit ou sarrête, ils pompent du courant dans un réseau voisin. Si au contraire il souffle trop fort, ils freinent la production dautres centrales pour absorber le surplus de courant. "Or, ce système provoque un renchérissement des coûts de production des installations conventionnelles, quil faut de toutes façons maintenir pour compenser les manquements de léolien", déplore la compagnie.
Trop loin, trop cher
Comment, dans ces conditions, intégrer les 25000 mégawatts que devraient livrer dici 2030 les parcs éoliens offshore? Trois sites ont été retenus au large des côtes du Schleswig-Holstein pour créer en pleine mer des stations dune superficie presque égale à celle du lac Léman. "Or, nous navons aucune expérience dinstallations et de maintenance en eaux si profondes et si loin des côtes. Par ailleurs, la conduite dalimentation jusquà terre traverserait des zones protégées, doù des oppositions et des procédures interminables", affirme Matthias Boxberger. Il estime tout aussi irréaliste, pour les mêmes raisons de protection du paysage et de coûts exorbitants, la construction dautoroutes électriques vers la Suisse. Pour lAssociation suisse pour lénergie atomique, une telle importation provoquerait une forte hausse du prix de lélectricité. "Désactiver pour cela des centrales nucléaires qui némettent pas non plus de CO2 et assurent une production régulière, ce serait aberrant", estime son président Bruno Pellaud.