|
10.03.2003 - Journal du Jura

Eoliennes : Un bel avenir, mais pas la panacée

Si l'électricité éolienne est quasi confidentielle en Suisse - 0,01% de la production - elle connaît un développement fulgurant en Allemagne. En particulier dans les Länder côtiers de Basse-Saxe et du Schleswig-Holstein, au nord. Cela s'explique par le régime des vents favorable, mais aussi par un soutien important du gouvernement à cette forme d'énergie renouvelable. Aujourd'hui, avec ses 12 000 MW, l'Allemagne détient le tiers de la puissance installée dans le monde et ne compte pas s'arrêter en si bon chemin. Mais production et distribution posent aussi des problèmes.
Le paysage du Schleswig-Holstein, le Land le plus septentrional de l'Allemagne qui fait frontière avec le Danemark, est désespérément plat. Pas la moindre colline à l'horizon. Bordée à l'ouest par la mer du Nord, et à l'est par la Baltique, la région est balayée en permanence par les vents, qui n'y rencontrent guère d'obstacles. Des vents dont la vitesse moyenne annuelle varie entre 4 et 7 m/s. Pas étonnant que cette région compte aujourd'hui près de 2300 éoliennes, et bientôt 3000.
Des éoliennes installées principalement à proximité des côtes, notamment près de la mer du Nord, où les vents sont plus réguliers et plus forts. Les premières turbines ont été installées au début des années 90. On les reconnaît à leur petite taille - un mât de 15 à 20 m, et une hélice de 8 à 10 m de diamètre, qui tourne rapidement. Ce sont des unités dont la puissance avoisine les 200 KW, indique Dieter Claussen, responsable de la ferme d'éoliennes de la côte ouest du Schleswig-Holstein, dans la région de Marne. C'est là que l'entreprise Schleswag, active dans la production et la distribution d'énergie, effectue ses travaux de recherche et teste de nouvelles installations.
Car depuis le début des années 90, la technologie éolienne a fait un véritable bond en avant: beaucoup plus hautes, avec des hélices beaucoup plus grandes, qui tournent plus lentement, les nouvelles turbines sont devenues très performantes. La puissance a passé à 500 KW, puis 850, puis 1500 KW. Et aujourd'hui, avec des éoliennes dont le mât culmine à 100 m, avec des hélices de 60 m de diamètre, on s'approche d'une puissance de 2500 à 3000 KW.
Championne du monde
Membre de la direction d'E.ON Netz (l'un des plus gros distributeurs d'électricité en Europe et premier en Allemagne), Matthias Boxberger constate que l'énergie éolienne a connu une croissance quasi exponentielle dans ce pays: en dix ans, la production y a été multipliée par 600! Avec aujourd'hui quelque 12 000 MW de puissance installée (dont la moitié dans les Länder du nord du Schleswig-Holstein et de Basse-Saxe), l'Allemagne détient aujourd'hui le tiers de la puissance éolienne au monde.
Un tel développement ne doit rien au hasard: il y a bien sûr un régime de vents favorable, mais également le soutien massif du gouvernement Schröder. Un appui accordé dans la perspective de la fermeture progressive des centrales nucléaires du pays, et afin de respecter les engagements pris à Kyoto pour réduire la production de CO2. Car une partie des centrales électriques allemandes fonctionnent au gaz et au charbon.
Le gouvernement soutient les producteurs d'électricité éolienne de deux manières. D'une part, ce type de courant a la priorité sur toutes les autres formes d'énergie. D'autre part, l'Etat accorde aux producteurs de généreuses subventions - 9 cts d' par KWh produit jusqu'en 2006, puis 6 cts jusqu'en 2020. Et comme le relève Matthias Boxberger, si on compte les coûts externes (énergie d'appoint, extension du réseau, etc.), le coût de l'électricité éolienne passe à 11,5 cts d', soit trois à quatre fois plus que le courant nucléaire. Cette subvention est ensuite reportée sur le consommateur qui paie 0,25 ct d' par KWh - ce que les Allemands appellent le «Windpfennig». L'an dernier, le montant de ces subventions s'est ainsi élevé à plus de 1,5 milliard d'.
Et le gouvernement ne compte pas s'arrêter en si bon chemin: d'ici à 2010, il prévoit de doubler la part de l'énergie éolienne, et de la tripler d'ici à 2030. Pour y parvenir, il entend tout d'abord favoriser le remplacement des éoliennes de faible puissance (200 à 500 KW) par des installations beaucoup plus performantes (1,5 à 2 MW, voire 3 pour les plus puissantes). Mais ce remplacement n'ira pas sans difficultés, car avec leurs mâts de 60, voire de 100 m, ces monstres soulèvent des oppositions en raison de leur impact sur le paysage.
Voilà pourquoi le gouvernement compte avant tout sur le développement de gigantesques fermes éoliennes off-shore.
Aujourd'hui, trois sites potentiels sont à l'étude en mer du Nord où les ingénieurs imaginent l'installation de gigantesques «parcs» équipés de super-éoliennes de 5 MW, histoire de profiter au maximum des vents en mer. En 2006, le gouvernement table sur une puissance installée de 500 MW. Elle devrait atteindre 3000 MW en 2010, 15 000 en 2016, et 25 000 d'ici à 2025.
Des projections jugées irréalistes, par Matthias Boxberger. S'il se dit convaincu du potentiel de développement de l'énergie éolienne, il souligne que de nombreuses inconnues pèsent encore sur ces projets off-shore, qui n'en sont même pas encore au stade des essais pilotes :
Comment les éoliennes vont-elles se comporter avec la houle? Quelle sera l'influence du sel sur les installations? Qu'en sera-t-il des problèmes de maintenance? Comment intervenir lors d'avaries? Comment garantir la sécurité du trafic maritime? Quel sera l'impact pour la faune, notamment les oiseaux migrateurs? Sans oublier les lignes à haute tension qu'il faudra installer dans le fond de la mer.
Autant d'incertitudes qui hypothèquent sérieusement les projets de développement par trop optimistes du gouvernement, estime Matthias Boxberger.
|