De nouvelles contraintes législatives mettent des bâtons dans les pales
Le champ d'éoliennes de Goulien dans le Finistère.Ouest-France
En France, des éoliennes produisent actuellement 150 mégawatts (MW) d'électricité.
En vertu d'une directive européenne, le pays devra fournir 10 000 mégawatts d'énergie verte en 2010. Malgré ces objectifs ambitieux, le gouvernement durcit la réglementation en matière d'implantation d'éoliennes.
Jean Régnier, le maire de Trébry, une petite commune des Côtes-d'Armor qui culmine à 338 mètres, ne sait plus à quel saint se vouer. Le projet de six éoliennes, élaboré par la société Synerg, et qu'il soutient depuis 1998, a été recalé. « L'approche spatiale est insuffisante pour justifier l'organisation du projet et sa composition avec le paysage environnant », lui a écrit la préfecture, sans plus d'explications.
En quoi les six éoliennes plantées au fin fond de la campagne peuvent-elles bien perturber le paysage ? se demandent le maire et ses administrés. Alors que la première habitation est à 500 mètres du site retenu, et que les remarques formulées entre autres par l'armée de l'air ont été suivies à la lettre. Au fil des mois, Jean Régnier commence à douter du projet censé rapporter à sa petite commune 6 millions d'euros de taxes par an.
Réduire les gaz à effet de serre
Le maire de Trébry n'est pas le seul à vivre dans le doute. Dernièrement, Marie-Françoise Haye-Guyaud, préfète des Côtes-d'Armor, a refusé la totalité des douze permis de construire présenté par quatre opérateurs privés et EDF. Dans ce département, un seul site a échappé au veto, car son permis avait été accordé en 2001. Ses huit éoliennes ont été inaugurées vendredi 11 avril. Elles devraient produire 1,3 mégawatt d'énergie par an. Autant que la ferme éolienne de Goulien, dans la Finistère, qui tourne depuis 2001. Cet autre département breton est précurseur en la matière. Il fournit à lui seul la totalité des 15 mégawatts d'énergie verte produite en Bretagne. Cette production est nettement inférieure à celle de la Région Languedoc-Roussillon, où les pales des éoliennes produisent annuellement 63 mégawatts.
Alors que d'autres pays font feu de tout bois pour développer l'énergie éolienne, la France semble mettre un frein à un plan pourtant établi d'après des recommandations de la Commission européenne. Des engagements pour réduire les gaz à effet de serre avaient été pris lors des conférences internationales de Kyoto et de Buenos-Aires. Pour les honorer, la France, dont la production est actuellement de 150 mégawatts, doit mettre les bouchées doubles de manière à produire 10 000 mégawatts par an d'ici à 2010.
Étude d'impact
Ce n'est pas gagné ! Les opérateurs devaient déjà contourner plusieurs obstacles et résoudre des problèmes : bruit des pales, brouillage de faisceaux hertziens, crainte des éleveurs... En résolvant ces questions au coup par coup, ils arrivaient à obtenir un quasi-consensus. Aujourd'hui, c'est l'État qui leur met des bâtons dans les pales. Une loi en date du 3 janvier 2003, corse les données en soumettant tout projet de ferme éolienne, dont les mâts dépassent 25 m, à enquête publique. « Nous serons désormais très vigilants sur l'étude d'impact et la notion d'intégration dans le paysage », note Patrice Vagner, directeur de l'Équipement des Côtes-d'Armor.
Une notion abstraite, sujette au bon vouloir des préfets. Cependant, pour mieux guider opérateurs et élus, la préfecture des Côtes-d'Armor a installé un comité de pilotage. Composé de représentants de l'État, d'élus et de professionnels, ce comité a pour mission d'élaborer un guide de la réglementation et une cartographie « répertoriant les servitudes et les zones sensibles ». Le développement harmonieux ne devrait alors ne plus être opposé au développement durable.