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10.06.2003 - Le Matin

«La Suisse n'est pas un pays éolien!»

«Défigurer nos paysages pour le misérable 2 de production éolienne quespère la Confédération pour 2010, cest du gadget, de la politique alibi.»
Chef de file des opposants, Bernard Chapuis a engagé un bras de fer avec son canton contre la centrale éolienne du Crêt-Meuron. Mais, au-delà, cest tout lavenir de cette énergie en Suisse qui se joue. Les sept hélices du parc prévu près de La Vue-des-Alpes (NE) ne sont pas près de tourner. Et si ce projet capote, alors que le site, qualifié didéal, a été approuvé notamment par le WWF et Pro Natura lors dune large consultation, la Confédération pourrait devoir mettre une croix sur sa volonté de développer cette énergie renouvelable. Car les adversaires du projet neuchâtelois une association de riverains et la Fondation suisse pour le paysage sont décidés à saisir le Tribunal fédéral si la levée de leurs oppositions, dictée par le canton, est confirmée après lété par le Tribunal administratif.
Ce vent de fronde, qui vise aussi le parc éolien de Sainte-Croix (VD), a pris une tournure nationale avec la charte contre «lindustrialisation du paysage suisse par lénergie éolienne» présentée à Berne. Bernard Chapuis, président de lAssociation des amis de Tête-de-Ran, opposée au projet du Crêt-Meuron, est lun des initiateurs du texte, déjà signé par Franz Weber ou Philippe Maurer, secrétaire général de Patrimoine suisse. Pour eux, nen déplaise à la Confédération, la Suisse nest pas un pays éolien : vents et espaces inhabités font défaut. «Pas question de dresser des forêts dhélices!»
Le succès populaire des éoliennes du Mont-Crosin (BE) laisse Bernard Chapuis froid : «Le grand public ne voit là que le côté Disneyland.» Il sopposera aussi à des sites démesurés, comme ceux qui suscitent désormais de la colère en Allemagne. Il faut résister à la mode de léolien, et favoriser la voie des pompes à chaleur.» Propriétaire dun chalet proche du site quil conteste, il napprécie pas que cet élément soit évoqué. «Létiquette de propriétaires de chalet vise à nous diaboliser, à nous taxer dégoïstes, pour éviter la discussion sur le fond. Cest trop facile : avant dêtre propriétaire, jétais déjà amoureux des crêtes!»
De son côté, Suisse-Eole na pas attendu la charte des opposants pour fédérer ses partisans. Depuis six mois une plate-forme de soutien réunit soixante signataires, dont Gilles Petitpierre, léditorialiste Beat Kappeler ou le photographe Marcel Imsand. «Nous sommes aussi amoureux du paysage et de la nature, et nous devons combattre la fausse idée que la Suisse nest pas un pays éolien! LAutriche, à la topographie comparable, compte déjà 25 fois plus dénergie éolienne que nous, et personne ne crie au massacre», martèle Martin Kernen, représentant romand de Suisse-Eole. Que largument du rendement insuffisant électrise: «Je ne vais pas mopposer au solaire sous le prétexte que le désert du Sahara est mieux ensoleillé. Même si la contribution éolienne est une goutte deau, elle nest pas insignifiante. Et nous ne sommes pas des ayatollahs de léolien! On soutient aussi les autres énergies renouvelables.»
Giovanni Sammali
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