Dans les pays riverains de lAtlantique et de la Mer du Nord, le mode de faire des promoteurs de lénergie éolienne suscite de plus en plus de protestations de la part des populations résidentes. Dans la grande majorité des cas, il sagit de prises de conscience tardives, car les parcs déoliennes y sont en place depuis belle lurette.
En Suisse, un nombre important de circonstances particulières freine le développement de cette forme dénergie, indépendamment des oppositions naissantes.
Premièrement, notre pays est topographiquement très mouvementé, et les courants atmosphériques y sont éphémères, turbulents et difficilement exploitables.
La force hydraulique y est ensuite la source renouvelable dénergie électrique majoritaire (60% environ), qui ne produit pas démanations de CO2 et ne suscite aucun besoin de substitution.
Quant à lénergie nucléaire, son remplacement souhaité et inéluctable implique une technologie à venir, qui ne soit pas dépendante de lexistence ou non de courants dair, ni destructrice de paysages. Il faut encore citer les faits que la Suisse est exportatrice de courant et quune seule entreprise de Winterthur sest donné la peine de réfléchir sur ladéquation à nos particularismes de turbines éoliennes. Ainsi, contrairement à ce que veut faire croire Suisse Eole, le lobby des promoteurs financé par lOffice fédéral de lénergie (Ofe), le potentiel électrique des hélices installées et planifiées est extrêmement faible.
En 1996 déjà, la FP avait accompagné une première tentative de localiser des emplacements favorables à lexploitation de la force des vents selon des critères non seulement techniques, mais aussi paysagers. Rapidement, il est apparu que les éléments constitutifs du paysage ne sont pas mesurables, modélisables et susceptibles dalimenter un programme dordinateur. De même, lapproche «top-down» choisie par lOfe en 1996 excluait la prise en compte de valeurs écologiques autres quinventoriées au niveau national. Pressentant limpasse et constatant que largumentation de la sauvegarde du paysage gagnait en force, Suisse éole a adopté une stratégie plus offensive. Elle a dune part nommé des objectifs de production dénergie éolienne pour 2010 quelle a eu lhabileté de transformer en «objectifs de la Confédération» par un communiqué de presse commun des trois offices fédéraux Ofe, Odt et Ofefp. Simultanément et dautre part, elle a fixé les règles du jeu de lélaboration dune conception fédérale de lénergie éolienne, répondant à une proposition de la FP reprise par une intervention parlementaire.
Au sens de Suisse Eole, le groupe de travail mis en place à cet effet a pour tâche de rechercher comment et où atteindre les objectifs de la Confédération, considérés comme sacro-saints, sans envisager leur remise en cause. Un carcan qui impose des choix absurdes, par exemple entre 30 grandes turbines de plus de 100 mètres de hauteur et 3000 petites permettant de produire le même nombre donné de MW/h.
Il va de soi que la FP ne peut accepter de restreindre ses réflexions à un cadre aussi rigide, et quelle sefforcera de proposer une démarche moins technocratique et tenant compte des aspirations des populations concernées, résultant dun large débat public.
Comment la FP peut-elle être opposante à lutilisation de lénergie éolienne?
Cette question nous est posée par un grand nombre de personnes convaincues, en toute bonne foi, quil sagit dune énergie renouvelable, non productrice de CO2, et susceptible de couvrir de futurs besoins. Ce sont là des faits qui ne peuvent être contredits, mais au plus précisés dans leur contexte.
Il y a tout dabord lieu de répondre clairement que la FP est favorable à lutilisation de toutes les énergies renouvelables, y compris la force des vents. Cette dernière ne permet toutefois pas dy placer de grandes attentes, tant ses rendements sont faibles et intermittents. Largument de la diminution des gaz à effet de serre na pas de raison dêtre, puisque lélectricité produite en Suisse lest sans CO2. Et le caractère renouvelable de lénergie éolienne ne saurait être un passe-partout à la dégradation du paysage. Des raisons strictement économiques poussent les promoteurs à voir toujours plus grand, à proposer des turbines gigantesques, importées telles quelles des rives de la Mer du Nord, et à considérer que la présence de vent et daccès carrossables suffisent à justifier leurs choix demplacements.
La FP a signalé dès 1996 les critères quelle entend appliquer à lévaluation des projets dimplantation déoliennes ou de parcs déoliennes. Sa prise de position «énergie éolienne et paysage», ainsi quun «complément explicatif», sont clairs à ce sujet.
Malgré les attaques dont elle a fait lobjet et le «forcing» dun projet neuchâtelois (Crêt-Meuron, Derrière Tête-de-Ran), la Fondation continue dadopter une attitude critique mais constructive.
Une turbine éolienne, élégante, fascinante, mais portant une atteinte au paysage disproportionnée par rapport à sa production électrique (Montagne du Droit de Courtelary BE)