Sainte-Crix habitant Berne, jai suivi avec effroi la dérive du projet mégalomane déoliennes sur la crête du Mont-des-Cerfs. Je me sens concerné par 5 aspects de ce projet :
- Amoureux de la nature et des paysages de mon enfance, je ne peux pas admettre que des usines électriques gigantesques (il sagit bien de cela) dénaturent les sommets de mon village natal .
- Préoccupé par l'évolution de la consommation énergétique du pays, je porte cependant un regard critique sur l'apport de ce projet (il faudrait créer 30 parcs d'éoliennes similaires par année pour contre-balancer l'augmentation annuelle de la consommation suisse!). Mieux vaut investir dans des mesures visant à réduire la consommation d'électricité et dans des projets susceptibles d'être imités par les particuliers.
- Ayant travaillé avec des entreprises et instituts de recherche engagés dans l'énergie solaire et moi-même défenseur des énergies alternatives, je crains que le signal donné aux consommateurs vaudois n'aille à contre-sens : continuez à gaspiller lénergie, lEtat a trouvé une solution politiquement et optiquement bien visible (trop bien visible).
- Conscient de la situation financière du canton, je suis convaincu que les projets dénergies alternatives appuyés par lEtat ne doivent être que des projets exemplaires, qui font tâche dhuile dans la population, qui peuvent être copiés par tout un chacun et qui incitent les consommateurs à des économies dénergie. Or, les éoliennes ne sont pas de nature à pouvoir servir dexemple , puisque les particuliers ne vont pas se mettre à installer des éoliennes dans leur jardins vu l'impact sur le voisinage. Il en va tout autrement des énergies solaire et géothermique.
- Co-propriétaire dun bâtiment situé au Crêt-Martin, jaurais à subir une perte notable de la valeur immobilière d'une maison, dont la façade principale donne en plein sur les éoliennes gigantesques projetées (dépassant de 100 m la crête des sapins).
Lesthétique : Les parcs déoliennes ont été développés par des pays plats en bord de mer. Très souvent ces éoliennes sont placées hors des côtes, sur des hauts-fonds, où les vents sont relativement constants et limpact sur le paysage est moindre, sinon insignifiant. Parmi les techniques de production dénergies renouvelables, les éoliennes sont celles qui défigurent le plus le paysage. Ste-Croix, dont lesthétique du village est marquée par plusieurs bâtiments industriels, avait au moins un atout, celui dune nature avoisinante généreuse, vaste et sauvage. Limplantation dun parc d'éoliennes gigantesque sur la crête dominant le village détruit l'équilibre de notre site en écrasant le village et tel un chapeau de Gessler, nous impose à tout jamais la puissance d'un lobby.
Un signal à contre-courant : Implanter un parc déoliennes géantes est en fait un alibi politique. Cette solution « visible » ne coûte pas grand chose à lEtat de Vaud, qui peut affirmer "faire quelque chose pour sortir du nucléaire". Or, en réalité, ce signal va être interprété comme suit : "lEtat a trouvé la solution, pas besoin que nous, consommateurs, économisions lénergie, pas besoin que des privés cherchent dautres solutions (solaires, thermiques, géothermie, biomasse, etc.), continuons à nous en remettre à l'Etat providence".
Or, une vraie politique énergétique chercherait à sensibiliser tous les citoyens sur la valeur de lénergie, en leur montrant comment réaliser leur propre installation (solaire par exemple), en les aidant par des subsides, en les informant sur lévolution de la consommation et en imposant une politique des prix de lénergie qui incite vraiment à ne plus gaspiller. Les éoliennes ne sont pas vraiment un exemple que la population puisse reprendre à son compte.
Lexplosion de la consommation : à ceux qui pensent que lénergie produite par les éoliennes du Mont-des-Cerfs va permettre de réduire dautant la part produite par les centrales nucléaires, je réponds que ce calcul est faux. La consommation ne cesse d'augmenter (bâtiments climatisés, etc.) et tout signal servant à donner bonne conscience aux consommateurs les incite à croire que le problème est résolu, ce qui n'en est rien. La production annuelle escomptée pour ces éoliennes (10 MWh) correspond en gros au 1/30ème de la seule augmentation annuelle de la consommation d'électricité en Suisse en 2002, une indication que le remède à l'explosion de la consommation est à trouver ailleurs. En quelques mois, l'énergie produite par ce parc d'éolienne serait déjà avalée par l'augmentation de la consommation. Mieux vaut travailler sur les économies d'énergie et sur l'incitation à la réalisation de projets énergétiques individuels.
Aussi longtemps quune politique énergétique naura pas été mise en oeuvre, des coups déclats comme celui envisagé au Mont-des-Cerfs ne seront que des coups dépée dans leau, voire même un signal dans le mauvais sens, à contre-courant puis-je dire.
De plus, Ste-Croix en ressortira appauvrie, défigurée à jamais.
Sainte-Croix, village pilote dans l'utilisation de l'énergie solaire?: Une alternative pour Sainte-Croix serait de devenir un village pilote dans lutilisation de lénergie solaire, que ce soit pour produire de lélectricité (panneaux photovoltaïques) ou pour chauffer les bâtiments et produire leau chaude sanitaire (collecteurs solaires). Les toits plats des usines du village pourraient être couverts de panneaux solaires, inclinés vers le sud. Les usines, en partie désaffectées, disposent de raccordements au réseau électrique, qui serviront à injecter dans le réseau (à vendre) lénergie ainsi produite.
Lavantage de cette solution réside dans le fait que linfrastructure existe (sol plat, absence dombrage darbres ou dautres bâtiments, raccordements électriques). Dans un village qui doit se chauffer une bonne partie de l'année, il est intéressant de combiner les énergies électriques et thermiques. Les bâtiments en question et un certain nombre de maisons privées pourraient être chauffées grâce à des collecteurs solaires (production de chaleur), réduisant d'autant les émissions de CO2 liées au chauffage.
Ce projet serait une première, car jamais encore un village de montagne n'a réalisé de projet de cette envergure, de plus, en associant la production de courant et celle de chaleur. On peut adjoindre à ce projet d'autres techniques, telles la géothermie (chauffage de l'eau par circulation forcée dans le sous-sol), la biomasse, etc. Il y a de quoi créer des projets annexes pour l'Ecole technique, et ouvrir un centre d'information sur les énergies renouvelables, une autre occasion d'attirer des visiteurs.
Les solutions proposées sont exemplaires en ce sens qu'elles peuvent être imitées par tout propriétaire de bâtiment, qu'elles nont pas dimpact négatif sur lenvironnement et sur le paysage, qu'elles redonnent un sens à des bâtiments partiellement inoccupés. Elles permettent aussi de lancer le slogan : « Sainte-Croix, village solaire... », un slogan favorable au tourisme.
En conclusion : D'autres techniques en constants développements permettent de produire de l'électricité (piles à combustible et panneaux solaires). Les éoliennes ne sont pas la solution miracle. Leur implantation doit être en accord avec la protection du paysage, critère qui n'est pas respecté par le parc d'éoliennes projeté.
Je souhaite que le projet soit bloqué par l'opposition des citoyens et des propriétaires de terrains et bâtiments sur la Commune de Ste-Croix. Et à l'adresse des politiciens, je souhaite vivement qu'ils réalisent l'impact inacceptable de ce projet qui ne résout rien et qu'ils considèrent d'autres sources d'énergies renouvelables, mais cette fois-ci respectueuses de la nature et des crêtes du Jura.
Philippe Mermod,
Ingénieur dipl. EPFL