Le Laboratoire des systèmes énergétiques de l'EPFL lance un pavé dans la mare du Canton «Le site des éoliennes est médiocre »
Le point de vue «politiquement neutre» de l'EPFL est un réquisitoire contre le projet d'implantation de sept éoliennes sur les hauts de Sainte-Croix. Un nouveau coup dur, juste après le dépôt de 250 oppositions.
Voilà six ans déjà que promoteurs et opposants s'affrontent quant à l'opportunité d'installer des éoliennes sur les hauts de Sainte-Croix. Les arguments des uns se heurtent aux intérêts des autres, dans un débat qui déchaîne les passions.
Loin de cette agitation parfois partisane, un arbitre neutre vient de lancer un nouveau pavé dans la mare du Canton. Chargé par l'Association pour la défense des Gittaz et du Mont-des-Cerfs d'examiner scientifiquement le projet cantonal, le Laboratoire des systèmes énergétiques (LASEN) de l'Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL) a en effet transmis des conclusions qui sont sans concession.
Incomplet et imprécis
Le laboratoire, qui mène des recherches depuis le début des années 1970 dans le domaine de la simulation des vents en topographie complexe et qui fait autorité en la matière, ne peut pas être soupçonné d'être opposé aux énergies renouvelables. Il a pourtant la dent particulièrement dure avec le projet de l'Etat de Vaud d'installation d'un parc d'éoliennes et le Plan d'affectation cantonal (PAC).
Rédigé par le Docteur Jacques Hertig, le rapport note tout d'abord qu'il est surprenant de voir un PAC mis à l'enquête publique sans un rapport d'impact sur l'environnement. Et d'ajouter : «Les documents à l'appui de la mise à l'enquête sont, sur le plan du respect de l'environnement, incomplets et souvent imprécis. Ils laissent ouvertes de nombreuses questions.»
Le laboratoire lausannois envoie une autre volée de bois vert au projet : «Sa justification semble bien légère. Le besoin d'énergie de la région n'est pas démontré, le nombre de consommateurs prêts à acheter ce courant plus cher n'est pas indiqué.» Et le rôle formateur du site d'éoliennes ne trouve pas grâce non plus : «Le Canton l'a judicieusement ajouté. Mais sans indiquer pour quelle formation, avec quelle école, dans quelle structure. Cet argument apparaît bien comme un alibi et non comme une réelle volonté formative.»
« Erreur intentionnelle »
Jacques Hertig juge également le PAC «pharaonique» : «La surface retenue est totalement disproportionnée face à lobjectif annoncé, puisque seuls quelques mâts judicieusement organisés pourraient fournir prestation équivalente.»
Pour ce qui concerne la vitesse du vent, le LASEN se montre impitoyable : «La justification du projet arguant que la vitesse à 10 mètres est insuffisante, mais qu'elle est atteinte à 40 mètres, est abusive. De la part de spécialistes de l'énergie éolienne, on peut dire que cette erreur est intentionnelle . En effet, si la vitesse n'est pas atteinte à dix mètres, elle ne peut l'être au-dessus», note le laboratoire de l'EPFL, explications techniques à l'appui.
Par conséquent, le site n'a pas suffisamment d'énergie. «La valeur est de 260 W/m2 pour les sites les plus exposés du Mont-des-Cerfs. Elle est trois fois plus faible que pour un site exposé du Jura, comme le Chasseral ou la Dôle», note Jacques Hertig. Pour ce dernier, le site n'est donc «pas exceptionnel du point de vue de l'énergie. Il est plutôt médiocre».