Sainte-Croix
«Plutôt médiocre du point de vue de lénergie», indique un rapport de lEPFL concernant le projet de parc à hélices du canton de Vaud.
De forts vents contraires balaient Sainte-Croix depuis six ans. Le parc déoliennes que veut édifier le canton à proximité du village divise à tel point la communauté que le sujet devient tabou. «On nose pas en parler, ne sachant pas si les gens den face sont pour ou contre», déplore un villageois.
Le rapport brandi depuis quelques semaines par le comité dopposants na pas détendu latmosphère. Le document commandé au Dr Jacques-André Hertig, du laboratoire des systèmes énergétiques de lEPFL (Ecole polytechnique fédérale de Lausanne) indique carrément que, côté vents, le terrain retenu «est mauvais pour un site du Jura».
Terrain trop grand
Le plan daffectation cantonal mis à lenquête cet été qui a fait se lever près de 250 opposants ne sappuie sur aucun rapport dimpact sur lenvironnement, remarque le document. Le canton naurait pas non plus démontré «le besoin dénergie de la région», ni indiqué «le nombre de consommateurs prêts à acheter ce courant plus cher». Autres griefs: le terrain retenu est trop grand; le site est protégé alors que le projet nest pas déclaré dintérêt général. Cest surtout sur la production et la rentabilité que porte lattaque principale: le site nest pas assez exposé pour un résultat justifiant une telle construction. Et lénergie obtenue serait trop chère par rapport à celle produite par les voies courantes.
Ces arguments ont inspiré les oppositions de juillet. «Ils sont solides et sérieux, fait remarquer Olivier Lador, chef de file des opposants. Ils contredisent une vision souvent sentimentale sur les éoliennes.» Laffaire serait-elle entendue? Pas vraiment. Les partisans des échassiers de métal se laissent peu impressionner, et promettent une riposte. «Des réponses adéquates viendront probablement des ingénieurs zurichois qui ont étudié le projet», pense lun des partisans, Robert-Tito Haarpaintner. «Il est trop tôt pour apporter des réponses détaillées maintenant, mais on peut déjà relever quelques contradictions», note pour sa part René Vuilleumier, du Service de lenvironnement.
Comparaison des données
Deux éléments sont relevés pour linstant par les pro éoliennes. Le document livré par le professeur Hertig compare des données venteuses de Sainte-Croix avec celles de la Dôle et du Chasseral. «Dans le même temps, on parle dintégration dans le paysage. Vous pensez possible dinstaller des éoliennes sur les crêtes?», réagit René Vuilleumier. Lautre contre-argument provisoire au rapport est la force des vents: la hauteur des pales, au-dessus des sapins, permettrait, selon les partisans, de capter des vitesses de vents suffisantes.
Partick Chuart
SI VOUS AVEZ RATÉ LE DÉBUT
1997 Naissance dun projet de parc déoliennes à Sainte-Croix. Les premières études commandées par le canton et la Confédération parlent de sept mâts dune centaine de mètres, démontables après vingt-cinq ans. Le parc pourrait ravitailler en électricité plus de 4000 ménages par an. Prix: 27 millions de francs. Du courant vert un peu plus cher que lélectricité habituelle.
Automne 1997 Un comité dopposants se constitue.
1998 Première études concluantes. Une telle installation au Mont-des-Cerfs et à la Gittaz-Dessus est envisageable.
Juillet 1999 Le Conseil communal accorde un crédit de 30 000 francs pour une autre étude. Un référendum est lancé. La population désavoue les élus.
Automne 1999 Le Gouvernement vaudois reprend létude à son compte; un comité de partisans se constitue.
Février 2003 Une pétition contre les éoliennes récolte 1400 signatures.
Juillet 2003 Le plan daffectation cantonal mis à lenquête suscite 28 oppositions directes, et une contestation commune de 214 citoyens.