Les installations éoliennes entrent en conflit non seulement avec l'esthétique paysagère mais aussi, à certains endroits, avec les oiseaux. La Station ornithologique suisse à Sempach (LU) approuve en principe l'usage d'énergies renouvelables. « Il faut toutefois éviter des phénomènes concomitants négatifs. Or des répercussions sur les oiseaux sont prouvées. Les habitats sont atteints, ce qui peut conduire à une plus faible densité d'oiseaux ou à l'abandon complet de certaines régions », relève le Bulletin d'information de la Station ornithologique dans son édition de décembre. Qui précise que « dans les zones de migration, on peut aussi s'attendre à des collisions d'oiseaux contre les turbines ».
Risque faible
Pour l'ornithologue Pierre-Alain Ravussin, ce risque serait toutefois très faible dans la région des Gittaz. « Les oiseaux rencontrent des problèmes lorsqu'ils volent depuis une vallée et doivent franchir un col étroit, qui fait figure d'entonnoir. La fatigue aidant, ils risquent alors plus facilement de heurter un obstacle, comme une éolienne. Ce n'est pas le cas dans notre région. Certes, c'est un passage migratoire, mais il s'effectue sur un très large front », explique le Baulméran.
Des installations éoliennes sur les crêtes du Jura pourraient aggraver la situation d'espèces en danger, comme l'alouette lulu, estime également la station basée à Sempach, « car une assez grande activité règne autour des éoliennes lors de leur installation ».
Trafic préjudiciable
Pierre-Alain Ravussin partage ces inquiétudes: « Des espèces très rares sont sensibles aux dérangements. Je pense notamment au grand tétras, que l'on trouve justement là ou il est prévu d'implanter les éoliennes de Sainte-Croix. Un trafic accru ou des installations ouvertes au public tout au long de l'année leur seraient évidemment préjudiciables. »
Enfin, la Station ornithologique de Sempach craint que les parcs d'éoliennes ne remettent en question la recolonisation actuelle du Jura par l'aigle royal. « C'est de la musique d'avenir ! Pour l'heure, un seul couple nicheur a été observé, dans le Jura français, près de Genève. Mais des jeunes aigles ont effectivement été aperçus au Chasseron et au Suchet. Ce rapace, qui a besoin d'un territoire de 6 à 10 kilomètres de rayon, serait bien sûr contrarié par une multiplication des éoliennes dans le Jura », relève à ce propos Ravussin. Pierre-Alain