Le décollage de la filière éolienne prend forme en Bretagne. Le taux de rentabilité annuel d'un parc éolien avoisinant 15%, les gros investisseurs ont senti le vent : plus de 200 projets industriels sont annoncés. Même si beaucoup ne dépasseront pas la déclaration d'intention, l'engouement est indéniable.
Les sociétés qui veulent faire de l'argent avec du vent sont liées à de grands groupes bancaires. Paribas est souvent sur les rangs. Shell et Total-Fina-Elf sont impliqués dans des projets de grands parcs offshore, comme à Groix par exemple (un projet d'une quarantaine d'éoliennes pour une puissance maximale de 100 mégawatts). On trouve aussi des sociétés danoises et allemandes en rupture de marchés dans leurs pays ou bien encore EDF qui se réveille après avoir longtemps dénigré cette source d'énergie. Même la bourse serait en train de devenir "écolo". Les sociétés spécialisées dans les énergies renouvelables ont en effet le vent en poupe : les investisseurs aiment les marchés à forte croissance et à rentabilité assurée, deux caractéristiques de ce type d'énergie.
Sur le terrain, les agriculteurs bretons se voient offrir des loyers de 1.500 à 2.500 par an et par aérogénérateur installé dans leur champ, tout en conservant l'usage du sol entre les pylônes. Reste que le loyer et la taxe professionnelle s'avèrent les seules retombées locales. Et des associations comme Avel Pen ar Bed (Finistère) militent pour que les acteurs locaux s'approprient les projets de fourniture d'énergie renouvelable.
Plusieurs pistes s'offrent aux ruraux dans le vent : s'assembler au niveau d'une commune ou d'un pays pour "se payer" collectivement un aérogénérateur dans une ferme éolienne ou bien demander aux sociétés porteuses de projets d'ouvrir le capital des parcs éoliens aux petits porteurs locaux. Autre possibilité : monter des projets de moyenne puissance qui demandent moins d'investissement, moins de délai administratif, mais présentent aussi un taux de rentabilité moindre.
Source d'énergie écologique et rentable, l'éolienne ne fait pas que des heureux. Les riverains n'apprécient guère les nuisances visuelles et auditives "On ne finit par ne voir que ça, cela devient obsessionnel", témoigne un habitant de Beuzec-Cap-Sizun. Et d'ajouter : "Quand je sors pour lire sur la terrasse, je met un casque antibruit".