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Les dernières nouvelles en France


28.03.2004 - www.eoliennes.net

L’apel du vent

par Guy Darol*

Une directive européenne (2001) rappelle que la France devra se soumettre, d’ici 2010, à l’injonction de produire 21% de son électricité à partir d’énergies renouvelables.

Il faudrait être bien irresponsable pour se soustraire à la nécessité de s’engager dans la voie des énergies qui limitent les émissions de gaz à effet de serre. Et ce serait faire preuve d’une grande naïveté que de croire, et laisser accroire, que le marché des nouvelles énergies entraînera la fin du nucléaire.

Les énergies alternatives (solaire, biomasse, géothermie, biocarburant, éolien …) ne sont certes pas de taille à détrôner la production et l’utilisation des combustibles nucléaires.


Ces énergies nouvelles sont intéressantes, à mon sens, dans la perspective d’une autoconsommation incitée, faisant ainsi de chacun de nous des citoyens écogestionnaires.

Il est tout à fait possible d’installer, chez soi, des dispositifs de chauffage utilisant l’énergie solaire ou géothermique. De la même manière qu’il est réalisable de produire de l’électricité à partir de petites éoliennes ou de rouler avec du biocarburant.

Tout ceci participe d’une écologie citoyenne qui mobilise l’économie locale et présente l’intérêt de servir l’autoconsommation plutôt que les ténors de la société marchande.

Dans une société spectaculaire-marchande, jouant de la grammaire avant-gardiste, le luxe consiste à bluffer le citoyen, (sensible aux questions de l’environnement planétaire) en faisant glisser, sans que nul n’y trouve à redire, l’éolien à échelle humaine vers l’industrie et la loi du profit.

En effet, l’éolien industriel, ce concept évidemment mercantile, bénéficie aujourd’hui de la même promotion éthique que le géothermique et le solaire - énergies dont l’innocuité sur la santé humaine est avérée - , alors que celui-ci présente de sérieux défauts.

L’un des premiers défauts de l’éolien industriel relève de sa mesure, ou plutôt de sa démesure.

L’éolien industriel se voit. Il se voit de très loin et cette visibilité inflige au paysage de sévères balafres. Pour adoucir l’impact réel, la grammaire néo-éolienne introduit des métaphores douces, invente une rhétorique de carte postale afin de connoter cette nouvelle industrie d’un caractère  rustique. Ainsi, les promoteurs de l’éolien industriel parlent de fermes éoliennes ou de parcs éoliens là où s’installent de véritables centrales dotées a minima de 8 aérogénérateurs pouvant dépasser une hauteur de 100 mètres.

Qu’est-ce qu’une centrale éolienne ? C’est une combinaison en ligne, voire en double ligne, de mâts pouvant aller chercher l’effet cinétique jusqu’à 140 mètres.

Le pont du Gard s’élève à 49 mètres.
Le pont routier de Tancarville atteint 52 mètres.
Le viaduc de Morlaix culmine à 59 mètres.
Un arbre de haut vent (chêne, hêtre…) dépasse rarement une hauteur de 25 mètres.

Autre défaut majeur associé à l’éolien industriel : un aérogénérateur est d’abord une source sonore. Et une source nullement lyrique, dans un environnement faussement rustique, puisqu’elle produit un bruit variable – toujours instable –, capable de sonner au-delà de 100 décibels. Songez que ce niveau sonore équivaut au dépassement de la norme concernant une salle de concert.

Les promoteurs de projets éoliens affirment, la main sur le cœur, que les aérogénérateurs nouvelle génération ne produisent pratiquement aucun bruit. Ce que les habitants de la commune de Plougras (22) peuvent aisément réfuter. Ils vivent à l’ombre d’une centrale éolienne mise en service à l’été 2003 et subissent, de jour comme de nuit, la rafale bruyante de 8 aérogénérateurs flambant neuf.

La filière éolienne ne masque pas ses objectifs. Elle entend implanter, au plus vite, sur la façade Nord-Ouest de la France, 2000 aérogénérateurs. Les promoteurs de cette filière éolienne déclarent que le nouveau décor qu’elle nous promet constituera une valeur ajoutée au paysage recomposé. Elle évoque les beaux jours d’un tourisme industriel qui se développerait autour de ces espaces esthétiquement modelés. Mais, au fait, le tourisme industriel est-il compatible avec le tourisme vert ? Nous n’avons pas de réponse à ce jour.

Impact sur la flore, la faune, l’avifaune ; effets stroboscopiques, nuisances sonores dont les effets sont encore méconnus sur la santé humaine. Voici les charges qui pèsent contre l’éolien industriel, cette production d’énergie à grands frais pleinement assumée par les militants Verts et que lorgnent, comme un bon filon, pétroliers, banquiers, promoteurs d’énergie atomique  attirés par l’appel du vent.

Méfiance et vigilance s’imposent dès lors que la promotion du vent est abandonnée aux mains des investisseurs privés. D’où viennent les fonds nécessaires à la mise en œuvre de ces réalisations géantes ? Est-on en mesure de distinguer aujourd’hui entre la volonté spécifiquement écologique et des opérations crypto-marchandes ? Ne dit-on pas que l’éolien est le meilleur placement du moment, une véritable manne pour les investisseurs en recherche de profit rapide ?

Et doit-on se laisser abuser par cette rhétorique positive, voire angélique, qui vend les mérites de l’écologie aux seules fins d’emporter le marché politiquement correct du moment ?

Car à ce prix, ce n’est pas que la santé du paysage qui est menacée mais également celle de l’homme – et de l’homme isolé. Pour développer leurs programmes inshore, les promoteurs d’éolien industriel n’hésitent pas à lézarder des zones d’habitats dispersés, jouant ainsi sur le faible taux de personnes touchées afin d’ériger leurs centrales avec l’assentiment de plus de 90% des Français. Le syndrome Nimby ne concernant, dans ce cas, que des populations disséminées, l’éolien apparaît comme une réussite de la technologie moderne. Tout le monde est d’accord dès lors que les aérogénérateurs nouvelle génération sont implantés à plus de 2 kilomètres de son balcon ou de son jardin.

A Plougras, ceux qui ont dit oui à l’éolien manifestent aujourd’hui leur désaccord sans réserve. Ils vivent l’éolien. Ils en connaissent l’effet sur la santé au quotidien.

Ce que les porteurs de projet vous disent équivaut, à peu près, à ceci :
- Il faut oublier Plougras.
- Si vous êtes opposé à l’éolien, c’est que vous êtes favorable au nucléaire.
Cette habile dialectique, qui fait à la fois vibrer les cordes de la confiance et de la conscience, ne suffit pas cependant à nous faire consentir au marché du vent. Il faudrait encore que de nombreuses règles soient observées.
Et d’abord, que l’on renonce à la règle de « distance suffisante » annoncée, par exemple, dans la Charte départementale des éoliennes du Finistère. A l’heure actuelle, en effet, il n’est pas de distance mesurable réglementée entre l’implantation d’un aérogénérateur et une maison d’habitation. Cette distance doit être suffisante, ce qui ne veut rien dire. A 700 mètres des aérogénérateurs, les riverains de la centrale éolienne de Plougras dorment avec des boules Quiès. Le jour, ils ne peuvent ouvrir ni portes ni fenêtres.
Il est facile de constater par fort vent que le bruit aérodynamique des éoliennes – celui qui résulte du mouvement des pales – est audible à 2 kilomètres de la centrale de Plougras.

Le montage d’un dossier pour faire aboutir un projet éolien passe nécessairement par différentes études supposées prendre en compte les impacts sur le milieu physique et naturel, sur le paysage et le cadre de vie, sur l’habitat et les activités humaines.

Ce dernier point, notamment, engage les opérateurs à mesurer l’impact sonore des aérogénérateurs sur les populations riveraines. On observe souvent que l’étude acoustique est menée dans des conditions qui défient le bon sens… du vent. Un sonomètre installé dans un jardin, pendant une durée inférieure à 24 heures suffit à évaluer l’impact sonore. Il n’est pas tenu compte des variations météorologiques (variables saisonniers et variables du vent). Tout le monde sait, en effet, que la propagation du son est plus importante dans le sens des vents dominants. L’ADEME (Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie) souligne, elle-même, ce fait d’évidence.

Comment expliquer, alors, que les études d’impact soient conduites à la hâte, sans consultation préalable des populations impliquées ? A-t-on quelque chose à cacher ?

Que nous cachent les promoteurs de la capture du vent ? La réponse appartient, en principe, aux pouvoirs publics. L’expérience montre qu’en de nombreuses communes où des citoyens avertis par le pur hasard avaient réclamé auprès d’un Maire ou d’un Député des explications concernant un projet éolien local, ces Maires et Députés n’avaient aucun élément de réponse. Mieux : ils semblaient totalement novices sur la question de l’éolien.

C’est  à peine s’ils pouvaient argumenter au-delà de la directive européenne.
Que de simples citoyens en sachent plus long que leurs élus semble pour le moins étrange. Ceci entraîne alors de nouvelles questions :
- Les représentants des collectivités territoriales dissimulent-ils des faits ou sont-ils volontairement tenus dans l’ignorance ?

La prolifération de projets éoliens dans les départements de la façade Nord-Ouest de la France appelle des explications sérieuses et nourries, explications qui ne nient pas la réalité des nuisances. Celles-ci sont froidement consignées dans les Chartes sur l’éolien actuellement disponibles. Ceci éviterait de laisser accroire que l’éolien n’est ni tout propre ni tout silencieux. Les citoyens informés des réalisations éoliennes existantes et des effets immédiats qu’elles produisent sur la santé seraient mieux à même de se forger un point de vue, sachant que la technologie offshore existe. Et c’est en connaissance des causes et des effets qu’ils pourraient se déterminer sur une problématique de cette importance.

Il semble que la démocratie (avant que ce vocable ne devienne obsolète) y gagnerait autant que les citoyens gagneraient à connaître, autrement que par ouï dire, ce qu’ils pensent être l’une des plus belles inventions de l’homme.

Il est à savoir que le département du Finistère, après l’Aude, l’Aveyron, l’Hérault, la Vendée, la Haute-Corse, les Côtes d’Armor… est en ligne de mire des opérateurs. De nombreuses études sont en cours qui verront des implantations potentielles se transformer, peut-être, en centrales éoliennes à Coat-Méal, Plougonven, Guerlesquin, Plouigneau, Plourin, Ploumoguer, Lanrivoaré, par défaut d’information et de démocratie.

__________________
* écrivain-journaliste

  •  ancien collaborateur à Libération, Quoi Lire, le Magazine Littéraire
  •  auteur d’une dizaine d’ouvrages et récemment :
    Héros de papier, Le Castor Astral éditeur, 2002
    Frank Zappa ou l’Amérique en déshabillé, Le Castor Astral éditeur, 2003

  • Document PDF Appel du vent - Guy Darol.pdf 131.26Ko
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