Des éoliennes en vent contraire
Un manifeste dénonce le projet qui prévoit, dans un premier temps, la construction de deux hélices Par Florence Hügi
Depuis que le Conseil genéral de Neuchâtel a décidé, lundi dernier, d'accorder un crédit de 8,8 millions de francs au projet d'implantation d'éoliennes à Chaumont , tout semblait sourire aux promoteurs de cette forme d'énergie verte. Mais c'était se réjouir un peu vite: sur les hauteurs de Neuchâtel, la résistance semble bien s'organiser. Un manifeste, lancé durant le mois de mars, pose toutes sortes de questions. Florilèges des oppositions et réponses des autorités communales, avec le conseiller communal Antoine Grandjean.
Les éoliennes ont un rendement dérisoire, qui ne permettra pas de se passer de l'énergie nucléaire.
Antoine Grandjean: Etonnant que des gens qui se disent défenseurs de la nature contestent l'arrivée d'une énergie verte. Le nucléaire durera encore une trentaine d'années. Ces deux types d'énergie ne sont tout bonnement pas comparables: le nucléaire est un choix qui engage des générations, alors que l'énergie éolienne est résorbable, mieux, démontable. De plus, il n'a jamais été dit que, au niveau qualitatif, l'éolien remplacerait le nucléaire. Ce qui se substituera au nucléaire tiendra compte des nouvelles découvertes et se fera progressivement. Quant au rendement des deux éoliennes qui devraient être implantées sur l'allée des Tilleuls, elles produiront l'équivalent de la consommation d'énergie de 2500 ménages. Cela équivaut à dix fois ce qui serait produit par l'installation hydraulique sur le Seyon.
Certains ménages de Chaumont ne sont pas reliés au réseau d'eau communal. Il a été question à un moment d'installer un réservoir d'eau sous l'éolienne de l'allée.
A. G.: L'idée n'est pas tombée aux oubliettes, elle a été étudiée jusqu'au bout et a été abandonnée, parce qu'elle n'apportait pas assez de rendement. Par contre, en ouvrant une route menant aux éoliennes, on profitera d'introduire une installation d'eau, ce qui prolongera la desserte au moins jusqu'à l'allée des Tilleuls et concernera une partie des foyers non reliés.
Un décret datant de 1966 vise à protéger les crêtes du Jura. Ces installations sont donc une violation flagrante de ce texte.
A. G.: L'opposition du projet d'implantation d'un parc d'éoliennes sur le site de Crêt-Meuron/Tête-de-Ran porte là-dessus. On en attend un jugement du Tribunal fédéral. Cela dit, notre projet ne transgresse pas ce décret qui ne protège par les crêtes de manière absolue. Exceptionnellement, et quand les infrastructures proposées sont d'intérêt public et ne peuvent manifestement pas être implantées ailleurs, il est donc possible de déroger à ce texte. Ce qui est le cas à Chaumont.
Délit ou simple passion?
Lors des prospections menées sur le site de Chaumont , deux endroits ont d'abord été retenus: les lieux-dits de l'allée des Tilleuls et de Plâne-André . Sur chaque site pourraient prendre place deux éoliennes. Pour l'heure, seul un endroit a été élu, celui de l'allée des Tilleuls. L'autre lieu-dit, Plâne-André, a changé de main récemment: racheté par deux privés qui possèdent d'autres terres à Chaumont, rien ne devrait poser problème. Pourtant, les noms des deux acquéreurs font jaser: Gilles Petitpierre , ancien conseiller aux états et professeur de droit à l'Université de Genève, et, surtout, Hugo Rinaldi , coordinateur du projet au sein des Services industriels de Neuchâtel.
Pourtant, Antoine Grandjean n'y voit aucun problème. « Je sais qu'il a été dit, notamment dans les rangs PopEcoSol du Conseil général, qu'il pouvait s'agir d'un délit d'initié. Mais cela n'a strictement rien à voir. Ces deux acquéreurs sont des Chaumonniers de longue date, et le fait que Hugo Rinaldi soit lié de très près à l'implantation de ces éoliennes ne change rien à l'affaire. De plus, Gilles Petitpierre nous a toujours soutenus dans notre volonté d'implanter ces machines bien avant d'acheter ce terrain. Il ne s'agit donc pas d'un délit d'initié, mais bien de facilités faites au projet».
Pour le conseiller communal, il ne s'agit même pas d'un curieux hasard. «Je ne vois pas le problème. On peut aussi tourner la question autrement: c'est une chance pour nous que ce terrain appartienne à des gens qui sont acquis à notre cause».