Traduction du dossier publié le 29 03 2004 A travers toute la République Fédérale, la résistance s'intensifie contre la transformation en un paysage style champs d'asperges géants, par de éoliennes toujours plus nombreuses. Économiquement, poursuivre ce développement n'a que peu de sens : on englouti des milliards deuros de subventions pour un avantage environnemental infime
Fin Juin, lAllemagne du Nord fera face au gigantisme.
Un cargo livrera du Danemark à l'embouchure de l'Elbe, trois pales de rotor de 63 mètres chacune. Ensemble, elles composent la plus énorme hélice du monde. Une tour d'acier haute comme la cathédrale de Cologne sera expédiée de Brême. Le HDW-Werft de Kiel transportera la nacelle, l'arbre principal et le générateur par le canal Mer du Nord-Baltique. Léolienne pèse 240 tonnes. La plus grande, la plus haute et la plus puissante éolienne du monde sera alors érigée directement à côté de la centrale nucléaire de Brunsbuettel. Elle pointera ses 180 m vers le ciel. Sa production annuelle délectricité suffit théoriquement pour 6000 foyers. Ce modèle ("Repower 5M") devrait encore tourner alors que la centrale nucléaire voisine sujette aux pannes, sera fermée depuis longtemps.
Léolien au lieu de l'atome.
La construction de la tour de Brunsbuettel symbolise le tournant de la politique énergétique allemande : l'abandon du nucléaire, la protection de lenvironnement et une nouvelle industrie haute technologie. En fin de compte, elle symbolise un vieux rêve, le rêve dun monde où il n'y a plus de déchets radioactifs, ni de centrales à charbon polluantes. Il n'y a que le soleil, le vent et l'eau, des énergies renouvelables qui fournissent le courant à lhomme, des sources ne s'épuisant jamais et ne dégradant rien.
C'est la raison pour laquelle le gouvernement fédéral rouge-vert a vendu son âme à lélectricité écologique, c-à-d. à léolien industriel.
Ce dernier devrait diminuer les émissions de gaz à effet de serre et la dépendance aux importations de pétrole et de gaz. Il devrait porter à nouveau la République Fédérale à la première place mondiale comme leader du marché des éco-technologies. Il devrait aussi promouvoir une nouvelle filière qui remplacerait lindustrie du charbon déclinante.
Cette vision est belle, mais peut-elle résister à l'épreuve de la réalité?
La construction de la tour de Brunsbuettel symbolise également la lutte acharnée de la population contre léolien industriel. A la fin de l'année dernière, 15387 éoliennes ont été construites dans tout le pays ; en 2010 l'utilisation de l'énergie éolienne doit être doublée.
Le mouvement antiéolien a suivi les protestations antinucléaires. Des centaines d'associations citoyennes : "Anti-Vent" ou "Tempête contre le Vent", luttent entre Brandenburg et la Haute Foret Noire contre leffet stroboscopique des d'ombre, le bruit et la détérioration du paysage.
Pour Hans-Joachim Mengel : « Ce sont les pires dévastations depuis la Guerre de Trente Ans ». C'est pourquoi le professeur berlinois déconomie politique est à lorigine en Brandenburg de l'initiative "Sauvez l'Uckermark" et il a obtenu la majorité aux dernières élections régionale dans lUckermark. Cela ne manque pas dune certaine ironie, que ce soit précisément les défenseurs de l'environnement et du paysage qui se rangent contre la vision des Verts de la politique de protection du climat. Mais ceux-ci s'accommodent de semblables résistances et les hauts fonctionnaires verts les qualifient de "romantiques". Pour les partisans de léolien, il s'agit en fait d'un enjeu important: diminuer les émissions de CO2, avoir une source d'énergie propre et, de plus, inépuisable, et développer une filière d'avenir créatrice demplois.
Mais cela est-il bien vrai?
La poursuite du développement de léolien ne serait-il pas plutôt un mauvais investissement économique et politique - qui englouti des milliards dEuros? - qui détruit plus d'emplois qu'il n'en crée? - qui devrait être arrêté ou au moins radicalement réduit et ceci plutôt aujourd'hui que demain?
Il nest pas commode de répondre à de telles questions ne sont pas commodes. Celui qui les pose est aussitôt catalogué comme lobbyiste du charbon. Même les groupes énergétiques s'expriment prudemment et mettent leurs espoirs dans un futur changement de gouvernement. En fin de compte, 13 ans après que le gouvernement dHelmut Kohl ait commencé à subventionner les aérogénérateurs, le développement de l'éolien est pour les rouge-verts un projet de prestige, un des rares qui fasse consensus dans leur propres rangs. Avec l'amendement de la loi sur les énergies renouvelables que le Bundestag doit voter vendredi prochain, la coalition veut sengager vers un nouvel essor de léolien. Début juin, - deux ans après le sommet mondial de Johannesburg sur le climat - les délégations gouvernementales du monde entier vont arriver à Bonn pour la conférence sur les énergies renouvelables. Le chancelier fédéral Gerhard Schroeder aimerait présenter son pays comme un précurseur. La puissance de léolien allemand na dégale aujourd'hui, que celle du Danemark , de lEspagne et des États Unis réunis.
Pourtant, les Danois, par exemple, ont enclenché depuis longtemps la marche arrière: déjà il y a deux ans ils ont annulé presque entièrement les subventions à léolien. Selon le gouvernement, son objectif est déjà dépassé et les subventions sont en outre beaucoup trop coûteuses.
Selon le désir de la coalition rouge-vert, l'Allemagne doit de nouveau devenir championne du monde comme pour le péage et les emballages consignées. Elle doit montrer comment la deuxième puissance industrielle au monde peut façonner une politique de développement durable. Elle doit prouver que l'environnement et l'industrie ne sont pas ennemis.
Dans le gouvernement, seul le ministre de léconomie, Wolfgang Clement va dans un sens différent. Peu avant les négociations de la loi sur les énergies renouvelables, il a dénoncé le consensus sur l'utilité des énergies renouvelables. Il voit dans les visions davenir des Verts, un frein massif à la croissance industrielle. Il a lutté pratiquement seul pour cela, des semaines durant contre le ministre de lenvironnement Juergen Trittin . Clement n'a pas (encore) osé démissionner. Il a pourtant depuis des semaines un rapport explosif démontrant l'absurdité quil y a de prolonger un développement excessif des énergies renouvelables. Il sest finalement mis d'accord avec son adversaire sur un compromis généralement considéré comme victoire de Trittin.
Le développement de l'éolien sera certes réduit un peu plus vite que prévu au départ, mais de loin pas aussi fortement que Clement lexigait. Il est alors à craindre que beaucoup de choses resteront comme avant : croissance sauvage de léolien, détérioration de régions entières, lutte incessante des communes concernées. Ces dernières ne pouvant pas de toute façon sopposer aux nouveaux parcs éoliens cherchent alors à tirer avantage de contrats créatifs avec les investisseurs.
Tout cela coûte des milliards aux citoyens en tant que consommateurs délectricité et en tant que contribuables. Le gouvernement a vanté jusquà présent le succès dans la réduction du CO2, mais il recule par ailleurs dans létablissement dun bilan clair de léolien. Les questions à clarifier sont les suivantes :
- Quels coûts engendre léolien pour l'économie allemande ?
- Quelles sont les conséquences de léolien pour le marché du travail et pour la compétitivité de l'industrie allemande ?
- Quelle forme dénergie les Allemands développeront-ils dans le futur lorsque les subventions au nucléaire et au charbon seront respectivement trop dangereuses ou trop chères et que les réserves mondiales de pétrole et de gaz commenceront à s'épuiser ?
- Mais, avant tout : le soleil et le vent sont-ils réellement capables de satisfaire les besoins futurs d'énergie ou ne sont ils qu'une illusion belle mais chère ?
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