|
12.05.2004 - Ouest France

Éoliennes : le « cri d'alarme » des élus

Coincés entre promoteurs impatients et riverains inquiets.
Agacement des industriels, inquiétude des riverains, flou concernant les zones d'implantations... L'éolien n'a plus le vent en poupe ! Las d'être pris entre ces différents intérêts, les élus demandent des informations claires.
Après le raz-de-marée, le calme plat.
Extension refusée à Plouarzel , installation suspendue à Ploudalmézeau , incertitudes du côté de Plouvien ... Les projets lancés en 2001, quand l'État a fixé un prix attractif à cette énergie propre, tardent à s'imposer dans le paysage finistérien.
Un groupe de travail piloté par le préfet a déterminé des zones « sensibles » où toute implantation semble exclue : une bonne part de la bande littorale, des sites représentatifs de la région. Avant de relancer les distributions de permis, le représentant de l'État attend désormais des pays, le nouvel échelon significatif, qu'ils définissent leurs priorités, en pointant les espaces susceptibles d'accueillir des fermes éoliennes. L'agence de développement et d'urbanisme du pays de Brest vient d'entamer ce travail. Minimum six mois de réflexion.
Où les planter ?
Seulement, certains coups sont déjà partis. 19 autorisations ont été données avant la loi du 3 janvier 2003 rendant l'enquête publique obligatoire. Parmi eux, le chantier de Plouguin avance. Mais les autres dossiers sont gelés par des procédures judiciaires.
Beaucoup d'industriels ont choisi de reformuler une demande. S'agissant d'un contrat privé entre le propriétaire d'un terrain et le promoteur, les municipalités « ne peuvent jouer qu'un rôle de médiateur », une fois le bail de location signé, précise selon André Talarmin, président du Pays de Brest.
Cependant, les conseils municipaux doivent donner leur avis dans le cadre de l'enquête publique. Les élus, confrontés aux pressions des deux camps, « poussent un cri d'alarme. La charte départementale ne suffit pas. Ils demandent des procédures simples pour émettre des avis motivés », résume François Martin, de l'Équipement.
Certains hésitent à accepter, craignant un vote sanction !
Ainsi, à Plouvien, le travail de l'association Les Abers, qui pilonne le projet d'installation de huit éoliennes géantes, a fait tourner le vent. Les conseillers municipaux, largement favorables dans un premier temps, ont suivi le sens du vent : 4 contre, 8 pour et 10 abstentions.
« C'est le syndrome « Val'Ouest «», témoigne le maire. La municipalité de Milizac, favorable à l'installation de cette usine de traitement des lisiers qu'elle jugeait indispensable, avait été balayée dans les urnes aux municipales suivantes. La mise en place généralisée de la taxe professionnelle unifiée dans les agglomérations ajoute à la prudence. Les conseils municipaux ont encore moins d'intérêt à se griller pour tel ou tel projet.
Les principales revendications de cette association figurent, déjà, dans la charte de l'éolien édictée par la préfecture : nuisances sonores limitées, distance respectable par rapport aux habitations... Elle propose d'installer les hélices près des voies express et dans les zones industrielles. Là où l'impact visuel sera moindre.
Les promoteurs, eux, s'impatientent.
Jean-Michel Germa, vice-président du lobby France énergie éolienne et patron de la Compagnie du vent, perd son sang froid. Balayant toutes les réticences, il vilipende l'opposition « de rurbains représentant une minorité de la population », mais dont le représentant de l'État a choisi d'écouter les doléances.
« Je pense qu'il faut écouter, calmement, l'avis de tout le monde. C'est ainsi que l'on avance », tempère André Talarmin, qui est aussi le maire de Plouarzel. C'est dans cette commune qu'a poussé, en 2000, le premier champ éolien, « à l'époque sans provoquer de vives protestations, parce qu'on a bien informé la population avant de décider ».
|