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10.05.2004 - Le Monde

En Languedoc-Roussillon, les éoliennes accusées de nuire aux paysages

Dans la région qui abrite plus de la moitié des aérogénérateurs français, de nombreux projets se heurtent à l'hostilité de riverains soucieux de préserver la valeur de leur patrimoine immobilier. Les défenseurs de cette source d'énergie font valoir son fort potentiel en termes d'emplois.
Le Languedoc-Roussillon touché par la grâce d'Eole ! La région concentre sur son territoire la moitié du programme éolien français, soit environ 120 mégawatts (MW) raccordés au réseau. Une production modeste au regard des ambitions initiales car la contestation freine l'aboutissement des projets. Ainsi, en 2003, la plupart des permis de construire ont été refusés dans la région.
"Il faut absolument stopper l'industrialisation de l'éolien et faire abroger, au plus tôt, l'arrêté Cochet, obligeant à racheter le kilowattheure à un prix exorbitant", martèle le Gardois Alain Bruguier, président de la fédération Vent de colère.
Ce jeune retraité de France Télécom est parti en guerre contre les aérogénérateurs. Il affirme que "seule une énergie renouvelable à production garantie, comme la géothermie, est utilisable à l'échelon industriel". Selon lui, "l'éolien industriel, au rendement aléatoire, a pour effet d'augmenter les émissions de gaz à effet de serre, puisque la filière à production non garantie ne permet pas d'éviter la construction de centrales thermiques supplémentaires produisant l'énergie garantie".
A la tête d'une fédération revendiquant 110 associations et 8 000 adhérents, Alain Bruguier parle d'"imposture" et de "vision infantile" de l'éolien. Le voilà présent sur tous les fronts médiatiques, muni de photomontages représentant l'impact sur le paysage d'éoliennes hautes de 130 mètres. A Avignon, il a "planté" les moulins à vent dans la perspective du pont légendaire.
La multiplication des projets ne laisse pas l'opinion insensible, surtout lorsque son champ visuel lui paraît menacé. A Monteils (Gard), les 395 électeurs récemment consultés par un référendum d'initiative populaire sur l'implantation d'un parc de cinq éoliennes ont massivement répondu "non". Raisons invoquées : le risque de pollution visuelle et la possible perte de valeur de leur patrimoine immobilier.
Foi dans l'avenir
En revanche, dans l'Hérault , à Aumelas , le plus important projet départemental est en phase de concrétisation : 11 éoliennes de 80 mètres de haut destinées à produire 16,5 MW. "Ce n'est pas l'aspect financier qui nous a motivés, c'est la notion d'énergie propre", souligne Jean-Claude Poncé , maire de la commune, qui compte 400 habitants sur 6 000 hectares. "Tout s'est bien passé, raconte-t-il. Il y a eu deux réunions publiques et personne ne s'est opposé au projet, à l'exception de gens venant de l'extérieur, envoyés par des associations. A Aumelas, l'habitation la plus proche sera à 4 kilomètres", fait observer Jean-Claude Poncé. A terme, le parc rapportera 122 000 euros de taxe professionnelle et de foncier bâti aux 26 communes concernées par ce projet.
Les anti-éoliens font en sorte de peser sur les enquêtes publiques et les préfets sont réticents pour délivrer des permis de construire. A Portel (Aude), le préfet Jean-Claude Bastion vient ainsi de refuser un permis à l'opérateur SIIF Energies France. Les associations de défense des paysages ont obtenu gain de cause en invoquant la protection du massif de Fontfroide.
Autre argument : les éoliennes risqueraient de perturber l'intervention des Canadair lors des opérations de lutte contre les incendies. Les élus, eux, crient à l'injustice, appelant de leurs vux la concrétisation du projet. Du côté des opérateurs, on reconnaît parfois un déficit sur le plan de la communication.
Est-ce à dire que les "anti" ont pris une longueur d'avance ? Jean-Michel Germa , PDG de la Compagnie du vent, une entreprise basée à Montpellier, qui emploie 60 salariés et a installé la première éolienne française en 1993, juge qu'il y a une France d'en bas, "constituée d'élus ruraux bienveillants et ouverts à un développement industriel raisonné et local", et une France d'en haut, "celle des ministères, aux côtés des parlementaires, qui ne jurent que par un système d'énergie centralisé". M. Germa fait aussi figurer au nombre des opposants les rurbains, propriétaires de résidences secondaires, qui ne veulent pas d'éoliennes devant chez eux.
L'entrepreneur a évidemment foi dans l'avenir de la filière. "Entre 1995 et aujourd'hui, il s'est construit dans le monde 40 000 MW de puissance éolienne, générant 140 000 emplois. Dans le même temps, le nucléaire ne s'est enrichi que de 1 500 MW supplémentaires et a perdu pas mal d'emplois", dit-il. Très critique sur l'attitude des préfets, il souligne que "80 % des enquêtes publiques nous sont favorables".
La région Languedoc-Roussillon , alors dirigée par Jacques Blanc (UMP), a fait réaliser divers sondages, notamment auprès des touristes, qui ne faisaient pas ressortir une image négative des aérogénérateurs. Chez les vignerons, en revanche, un syndicat s'est élevé contre les projets. La région avait aussi élaboré un schéma régional éolien destiné à "mettre en place une véritable concertation pour faire cesser l'anarchie et l'opacité". M. Germa, également administrateur de l'association France Energie éolienne, qui regroupe la quasi-totalité des entreprises de la filière, a considéré la démarche "dilatoire" et "nuisible au développement".
Lors des élections régionales, le Languedoc-Roussillon a changé de majorité. Sous la présidence de Georges Frêche (PS), c'est l'écologiste Yves Piétrasanta qui est chargé des questions de développement durable et d'environnement. "L'objectif est d'arriver en France à 10 000 MW en 2010. Dans la région, nous pouvons en assurer 10 %. Pour autant, on ne fait pas de l'éolien n'importe où et n'importe comment, explique-t-il. Il faut faire du sur-mesure, adapté au terrain, en favorisant la concertation avec les populations. De petites unités valent mieux que d'imposantes centrales. De plus, il faut favoriser les installations off shore -en mer-" La société Total a depuis longtemps de tels projets dans ses cartons, dont une installation de 40 MW au large de Port-la-Nouvelle-Sigean (Aude).
600 projets en préparation dans la région.
En Languedoc-Roussillon, la puissance totale résultant de l'éolien s'élevait à 101 MW à fin 2003 et à 118 MW en février 2004. Quelque 600 projets sont en préparation dans la région. Dans l'Aude , la première éolienne de forte puissance a été installée en 1993 ; 83 MW sont installés sur 13 fermes éoliennes (10 sites). Aucun permis de construire n'a été délivré en 2003. Deux ou trois projets ayant obtenu leur permis de construire avant 2003 pourraient démarrer cette année (Prade-les-Cabardès, Fitou et extension du site de Névian). Dans les Pyrénées-Orientales, la première éolienne a été installée en 2002. Il y a actuellement 18 MW installés sur deux fermes éoliennes (Rivesaltes et Opoul-Salses). La mise en service de 13 aérogénérateurs (8,6 MW) est prévue cette année à Bélesta. Dans l'Hérault , 16,5 MW ont été installés à Oupia en février 2004. Deux projets sont en cours de construction à Riols (3,4 MW) et à Aumelas (16,5 MW), pour démarrage cette année.
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