|
14.05.2004 - Le Monde

La France, lanterne rouge de l'Union européenne pour les énergies renouvelables

L'objectif de "développement de l'éolien", avancé par Nicolas Sarkozy à l'Assemblée nationale, le 15 avril, n'a qu'à moitié rassuré la filière. Les codicilles apportés par le nouveau ministre des finances "ce développement ne doit pas donner lieu à des excès en créant des rentes excessives ou des rejets par les populations concernées" , l'accent mis sur "l'offshore, qui pose quand même moins de problèmes que l'éolien terrestre" , ont semblé bien prudents aux acteurs. "Il faut une impulsion politique forte de l'Etat pour que décolle réellement le secteur", estime André Antolini , président du Syndicat des énergies renouvelables (SER).
Avec 239 mégawatts installés à la fin de 2003, la France figurait en dernière position dans l'Europe des Quinze, bien loin de l'Allemagne (14 609 MW installés). La croissance de son parc est bien en deçà des 23 % constatés dans le monde l'année dernière. L'Hexagone possède pourtant le deuxième gisement européen derrière le Royaume-Uni. L'hypothèse de 10 000 MW installés en 2010, avancée par le gouvernement, ne pourra jamais être atteinte à ce rythme. De même, les experts mettent en doute la possibilité de la France d'atteindre 21 % d'électricité produite par les énergies renouvelables en 2010, objectif que lui fixe une directive européenne et que M. Sarkozy a assuré vouloir atteindre.
Le projet de loi d'orientation énergétique, qui devrait être prochainement débattu, souligne le rôle des énergies renouvelables. "Mais nous attendons la mise en musique de cet engagement", explique Jean-Michel Germa, administrateur de l'association France Energie éolienne, une fédération du secteur. Car, sur le terrain, "ça coince un peu partout",constate le même interlocuteur.
Un arrêté de juin 2001 avait fixé un tarif attractif de rachat pour l'électricité d'origine éolienne. Mais cette incitation a été assortie de contraintes administratives aujourd'hui pénalisantes aux yeux de la filière. Les dossiers d'implantation sont ainsi visés par 23 à 27 services de l'Etat avant approbation éventuelle du préfet.
Des milliers de projets ont cependant éclos sur le territoire, notamment près des façades maritimes venteuses ou des zones de moyenne montagne. Mais tout aussi rapidement sont nées des associations entendant lutter contre ces "verrues paysagères". Une centaine d'entre elles sont aujourd'hui regroupées dans la fédération Vent de colère, qui entend lutter contre "l'anarchie éolienne". Elles mènent une guérilla juridique parfois couronnée de succès. Assurant n'être pas opposés au développement des énergies renouvelables, ces adversaires reprochent une "industrialisation" qui conduit à des projets démesurés.
L'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) a lancé début avril une campagne afin de combattre ce qu'elle estime être "des idées reçues qui reflètent très souvent une mauvaise information". Elle conteste l'argument du bruit ou celui des "hachoirs à oiseaux". Elle assure que le surcoût pour le consommateur est négligeable et cite des sondages d'opinion montrant qu'une énorme majorité des Français soutient ce type d'énergie.
Mais la mobilisation contre les éoliennes, chez de nombreux élus locaux et nationaux, dans les administrations ou à travers le mouvement associatif, ne désarme pas. Moins d'un projet sur dix aboutit aujourd'hui. "La société que je dirige a pris deux ans de retard sur son plan de marche", constate M. Germa. Plusieurs entreprises ont préféré renoncer au marché français. "Sans le développement de projets à l'étranger, nous ne pourrions pas résister", estime M. Antolini, qui affirme que l'éolien a créé 30 000 emplois en Espagne.
|