Se plaignant dans ces colonnes d'un mauvais procès contre l'énergie éolienne (Le Monde du 10 juin), Christian Pierret, Jean Besson et André Antolini ne disaient pas qui en étaient les procureurs "inspirés d'un ultraconservatisme hors d'âge". Qui sont ces mystérieux opposants qui "tournent le dos à l'avenir et à la jeunesse" ? Les dizaines de milliers d'adhérents des bien vivantes associations de sauvegarde du patrimoine, rejointes par plus de 200 associations qui sont nées en réaction à la poussée incontrôlée des éoliennes dans notre pays.
Avec leur taille immense - 120 mètres en bout de pale, la hauteur d'un immeuble de quarante étages - et leur lancinante rotation qui aimante le regard à plusieurs kilomètres de distance, c'est peu dire que leur impact sur le paysage relègue le débat sur les lignes à haute tension au rang de l'anecdote.
Or, contrairement à ce qu'affirment avec aplomb les auteurs du point de vue en question, aucune mesure exceptionnelle n'a été prise pour traiter ce problème hors de mesure avec la législation de protection des paysages patiemment construite depuis un siècle.
Bien au contraire, les lois montagne et littoral, pour ne citer qu'elles, sont bafouées : on peut ériger une éolienne là où il est interdit de construire un cabanon.
Les projets apparaissent de préférence dans les espaces naturels : 40 % d'entre eux sont dans des zones naturelles d'intérêt écologique faunistique ou floristique (Znieff). Ils y sont même favorisés par un classement spécial de la législation des sols, les zones dites "NDe" (espaces naturels à protéger acceptant des éoliennes).
Ce n'est pas la carte des vents qui fait surgir ces milliers de projets dans les zones naturelles. C'est un mécanisme économique mis en place par M. Pierret quand il était ministre de l'industrie : EDF doit racheter le kilowattheure éolien à un prix hors de proportion avec son coût de production. La différence, perçue par les opérateurs, leur permet de rémunérer généreusement tous les acteurs de la filière et ceux qui influent sur la douloureuse décision d'implantation : fabricants, investisseurs, propriétaires des terrains, communes par le biais de la taxe professionnelle quand elles ne sont pas propriétaires - jusqu'aux associations de protection des oiseaux, chargées d'opportunes études de suivi ornithologique. Comment résister à l'attrait de cette manne ?
Le choix de l'effet d'aubaine comme moteur du développement de l'industrie éolienne n'est nullement nécessaire. Des pays voisins ont choisi la voie de la subvention. Elle peut s'accorder avec des critères de protection des paysages et de prévention des effets économiques sur le tourisme et l'immobilier, enjeux cruciaux dans notre pays.
Alors que l'énergie éolienne ne contribue que pour 0,1 % à l'énergie que nous produisons, et que M. Pierret, M. Besson et M. Antolini demandent une multiplication par trente de ce chiffre, il y a urgence pour les paysages français. Le mécanisme destructeur de l'effet d'aubaine, particulièrement efficace dans les zones rurales défavorisées, doit être supprimé ou du moins efficacement contrecarré. Il faut passer d'une logique où on subit à une logique où on choisit.
Nous demandons que les schémas directeurs régionaux prévus par la loi, élaborés démocratiquement et rendus obligatoires, concentrent les éoliennes en un petit nombre d'implantations de dizaines de machines, reconnues comme ce qu'elles sont, c'est- à-dire des installations industrielles.
Faute de cela, le procès dont se plaignent M. Pierret, M. Besson et M. Antolini ne fera que prendre de l'importance. On verra se déchirer les populations de nos zones rurales, comme cela se passe en ce moment en Allemagne .
Pour notre vieux pays, nous avons la prétention de parler de développement durable, et tout simplement d'avenir.
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Paule Albrecht est présidente de la Société pour la protection des paysages et de l'esthétique de la France (SPPEF).
Édouard de Cossé-Brissac est président de la Sauvegarde de l'art français.
Michel Fontaine est président des Maisons paysannes de France.
Jean de Lambertye est président de la Demeure historique.
Jacques Leclercq est président de la Ligue urbaine et rurale.
Henri de Lépinay est président de l'union Rempart.
Kléber Rossillon est président de la Fédération nationale des associations de sauvegarde des sites et monuments (Fnassem).
Philippe Toussaint est président des Vieilles Maisons françaises.
Ces huit associations nationales de sauvegarde du patrimoine, reconnues d'utilité publique, sont réunies sous le nom de G8-Patrimoine.