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26.08.2004 - Journal du Jura

Mont-Soleil - Les deux géantes arrivent sur leur site d'implantation

Dans les jours à venir, Mont-Soleil changera définitivement d'allure.
Deux nouvelles éoliennes, les plus grandes qu'il soit pensable d'implanter en Suisse, seront érigées ces tout prochains jours.
«De l'extérieur, les deux nouvelles éoliennes ressembleront à celles déjà en place à Mont-Crosin», indique Martin Pfisterer , président de Juvent SA . Cependant, avec leurs mâts de 67 mètres contre 45 et leurs pales de 33 mètres contre 23, elles en imposeront bien davantage. Au sommet de sa course, chaque pale ira chatouiller l'azur ou les nuages à 100 mètres du sol, 32 mètres de plus que les modèles en place à Mont-Crosin .
Quant à la production d'énergie, elle croîtra dans des proportions bien plus grandes encore, puisque ces deux nouvelles machines feront passer la capacité totale du site de 4,1 à 7,6 mégawatts, soit 85 % d'augmentation. Chacune d'elle aura une puissance nominale de 1750 kilowatts. Pour mémoire, les trois premières machines installées à Mont-Crosin en 1996 produisaient 600 kilowatts chacune. La quatrième, posée en 1998, 660 kilowatts et les turbines no 5 et 6, datant de 2001, 850 kilowatts.
Avec l'ensemble de son parc, Juvent produira annuellement de 8 à 10 millions de kilowattheures. Cela représentera 90% de la production éolienne du pays, de quoi répondre aux besoins annuels de 2700 foyers.
Situé à belle distance des côtes maritimes, les sommets du Jura bernois offrent des qualités de vent moyennes sans plus. En outre, leur accessibilité par des convois aussi exceptionnels que ceux qui transportent ces deux monstres élément par élément est limitée. Entrés en Suisse à Bâle par voie maritime et fluviale, ces éléments ont été transbordés lundi sur d'énormes camions qui gagneront progressivement le site durant la semaine. Inutile de les guetter dans les gorges de Moutier ou au Pierre-Pertuis! «Le convoi a emprunté un itinéraire tout à fait singulier», indique en effet Martin Reutemann, responsable du projet. Et de citer quelques étapes: Bâle, Hauenstein, Soleure, Lyss, Aarberg, Chiètres, Neuchâtel, La Vue-des-Alpes, La Chaux-de-Fonds, La Ferrière... Là où les choses sérieuses commenceront.
«Sur les routes importantes, on est limité dans la hauteur, indique encore Martin Reutemann. Dans la traversée des villages et sur les routes de montagne, c'est en largeur que nous sommes limités. La première installation transitera par le Cerneux-Veusil. Quant à la seconde, qui sera posée 1,5 kilomètre plus à l'ouest, elle passera par Les Pruats, l'Assesseur et la Vacherie de Sonvilier. Devant la ferme Wiedmer, il faudra jongler avec une grue pour négocier la courbe.
Des grues, il en faut trois sur le site du montage. Les deux plus grandes grues sur pneus de Suisse et une troisième qui sert à leur montage.
Tout cela entraîne évidemment des perturbations et le préfet Antoine Bigler indique que la route entre le Cerneux-Veusil et Mont-Soleil sera parfois fermée temporairement dans les jours à venir. Quant aux curieux, ils seront les bienvenus mais devront utiliser le funiculaire de préférence ou la route de Saint-Imier à Mont-Soleil uniquement. Sur place, ils trouveront une plate-forme d'observation.
Fabriquées au Danemark
Les éoliennes qui équipent le site de Juvent sont construites par Vestas, à Lem et Ringkobing, dans le Jutland danois. Cette entreprise fondée en 1898 était d'abord active dans le secteur des machines agricoles.
Dans ce plat pays bordé par la mer du Nord, le vent est presque permanent et souvent tempétueux. Aussi, les occupants des fermes isolées dans la campagne s'en sont fait un allié en installant des turbines éoliennes artisanales près de leurs exploitations. C'est tout naturellement que Vestas s'est engagée dans ce créneau parfaitement dans le vent comme on disait en 1979, date de la commercialisation de son tout premier modèle. Avec ses 15 mètres d'envergure, cette modeste machine suffisait à couvrir les besoins d'une famille. Excellente parade au choc pétrolier. Depuis lors, Vestas est une entreprise en pleine croissance. En 1999, elle engageait 2626 personnes dans le monde, en 2001, 5240 et en 2003, 6525 répartis dans plusieurs pays d'Europe, (Espagne, Italie, Allemagne, Grande-Bretagne), mais aussi en Inde, en Australie et aux Etats-Unis.
Actuellement, Vestas produit des machines dont la capacité varie entre 660 kw et 3000 kw. Ces dernières sont des monstres dont le diamètre du rotor est de 90 mètres. Juchée sur un mât de 80 mètres, cette gigantesque hélice brasse l'air jusqu'à 125 mètres de haut.
Les éoliennes Vestas les plus récentes sont équipées d'un système complexe de microprocesseurs qui déterminent l'angle optimal des pales en fonction du régime des vents. Perchées sur leurs mâts, les nacelles paraissent petites, mais elles ont la dimension d'un petit chalet. Le modèle actuellement installé à Mont-Soleil, a été spécialement conçu pour s'adapter à tous les régimes de vent.
Désireuse de répondre aux exigences de la protection de l'environnement autant qu'aux impératifs de rendement, l'entreprise Vestas investit énormément d'efforts en terme de recherche et développement. Mardi, un groupe de journalistes était conviée par Juvent à visiter les sites de production Vestas au Danemark, tout spécialement l'usine de Lem qui fabrique les pales selon des méthodes en apparence très artisanales, mais dont les profils sont dessinés avec les moyens les plus modernes qui soient.
La fabrication d'éoliennes est un marché en telle expansion que Vestas, leader incontesté en la matière (depuis sa récente fusion avec NEC Micon, il occupe 33% du marché), se doit d'innover constamment.
Les exigences auxquelles sont confrontées les pales d'éoliennes sont assez similaires à celle des ailes d'avions. Au point que généralement, les fabricants d'éoliennes utilisent tous des profils standards issus de l'aéronautique pour des raisons de commodité. Vestas a décidé d'innover et développe actuellement une nouvelle géométrie en collaboration avec un laboratoire national danois. Le leader mondial en attend beaucoup, tant au niveau du rendement que de la diminution des émissions sonores. Depuis quelque temps déjà, Vestas fabrique les pales de ses éoliennes dans de gigantesques moules avec de l'époxy, fibre de verre et fibre de carbone. Avant livraison, chaque pale est polie avec un soin tout particulier, subit des tests pour détecter d'éventuels défauts de matière, et est soumise à des forces élevées afin de s'assurer de sa solidité.
L'avenir est-il en mer ?
Vestas n'est pas seulement leader sur terre. En matière de production éolienne offshore, il tient également le haut du pavé, notamment par l'implantation d'une gigantesque centrale de 80 turbines de 2 mégawatts chacune à Horns Reef, une zone marine de très faible profondeur située entre 14 et 20 kilomètres au large de la côte danoise.
Les mâts enfoncés dans ces hauts fonds marins pèsent 200 tonnes chacun. Le martèlement du sol par lequel on les enfonce provoque des ondes de chocs qui pourraient nuire aux mammifères marins. Aussi, des sons désagréables à leurs oreilles sont d'abord provoqués sous l'eau, afin de les éloigner.
Reste que, malgré toutes les précautions prises, l'impact de ce site offshore sur l'environnement n'est pas encore clairement défini. Outre les baleines, phoques et oiseaux de mer que les travaux d'installation ont nécessairement perturbé, il est pertinent de se demander si la très forte perturbation du fond marin de ce haut fond n'est pas dommageable pour la faune piscicole qui y trouvait sans doute des conditions favorables à la reproduction et à la croissance des alevins.
Dans tous les cas et quel que soit l'avantage de l'énergie éolienne en terme d'écologie, (le Danemark produit 22% de son électricité par ce biais) l'impact sur les espèces rares et celles qui jouent un rôle prépondérant dans l'alimentation humaine est à suivre de près.
Martin Pfisterer, président de Juvent et directeur aux Forces Motrices Bernoises s'en est rendu compte, lui qui avait soulevé l'idée d'un projet de centrale éolienne offshore en mer du Nord dont la production serait destinée à notre pays. Il s'est trouvé en butte à de fortes oppositions au Danemark. La Suisse qui produit son électricité par des centrales hydrauliques et nucléaires a les moyens d'attendre aux yeux des écologistes danois. Dans leur pays, les énergies renouvelables sont une véritable urgence destinée à remplacer de très polluantes centrales thermiques au charbon ou hydrocarbures.
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