Accusées de gâcher le paysage, les éoliennes nont pas le vent en poupe. La Confédération a élaboré un plan de bataille pour augmenter la production. Les faits
Dans notre pays, le courant éolien ne couvre quune part infime de la consommation délectricité ( 0,01% ). En outre, la plupart des projets de parcs éoliens sont en panne, bloqués par des oppositions. Pour développer le potentiel de la plus propre des énergies renouvelables, lOffice fédéral de lénergie (OFEN) a établi avec tous les partenaires concernés, y compris les protecteurs de la nature, un concept suisse dimplantation de futurs parcs éoliens. Il a retenu 28 sites potentiels .
Il faut se rendre à lévidence. La Suisse, par sa topographie accidentée, sa densité de population et un régime de vents tournants, nest pas une terre idéale pour exploiter lénergie éolienne. Alors que des forêts de rotors ont poussé sur les côtes de lEurope du Nord, les quelques mâts à hélice plantés sur nos montagnes il y en a vingt-cinq dont seulement huit de 100kW font piètre figure. Mais lOffice fédéral de lénergie, qui entend produire dici à 2010 au moins 500GWh de courant électrique supplémentaire grâce aux énergies renouvelables, veut croire à un certain potentiel de développement.
Or, dans notre pays, toute planification de parcs à éoliennes, même la plus modeste, soulève des vagues doppositions et de recours. Pour tenter daplanir ces difficultés, les trois départements de lénergie, des forêts et du paysage et du développement territorial ont défini les conditions-cadres pour la planification et la construction de parcs éoliens. Si la Suisse comprend, à lissue de ces études, 96sites appropriés dimplantation, le concept en retient 28 prioritaires, en tenant compte des plans directeurs cantonaux et des projets en cours.
Outre la qualité des vents, divers critères ont conduit au choix de ces sites. Aucune construction déolienne nétant tolérée dans les forêts ou à moins de 200mètres dune zone protégée, les lieux dimplantation retenus se concentrent pratiquement sur les crêtes de larc jurassien et des Alpes. Cest dailleurs dans le Jura bernois, au Mont-Crosin, que se situe lunique parc à éoliennes de Suisse et que foisonnent de nouveaux projets.
Le "oui mais" des écolos
"Il faut être réaliste. De vrais parcs, comme ils en existent en Allemagne, sont exclus en Suisse et notre potentiel de développement reste très faible. Si on utilise celui des 28 sites possibles, ces installations ne couvriront que 0,5% de la consommation délectricité du pays", admet Michael Kaufmann , tout nouveau responsable de Suisse Energie. Par ailleurs, le document établi par la Confédération nest pas un plan directeur, mais une base de travail élaborée en concertation avec les services cantonaux et les milieux écologiques, associés à la définition des critères de sélection des sites.
"Mais il faut bien admettre que la dimension de ces éoliennes a un fort impact sur le paysage, que leur installation peut provoquer des dommages collatéraux et que leur rotor peut perturber la faune, notamment les oiseaux", a rappelé Silva Semadeni, présidente de Pro Natura .
Si son association salue et appuie la démarche de la Confédération, les sections régionales garderont malgré tout un il de lynx sur chaque projet lors de la présentation des plans de détails. Lapparent consensus dégagé par le concept de lOFEN ne gommera donc pas les oppositions.
Cest lassociation Suisse-Eole qui sera chargée de promouvoir, sur le terrain, le concept fédéral. "Mais si lon veut avancer, il faudra que tout le monde mette de leau dans son vin", soupire son président, Walter Schmied.
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Après le radar, un rotor à la Dôle ?
Sur la carte des 28 sites potentiels présentés hier par la Confédération, on distingue un petit point dans la région de la Dôle. A y regarder de plus près, ce nest pas vers la fameuse boule du radar de Swisscontrol, mais sur la crête de La Raisse, sur la commune dArzier, quon envisagerait limplantation dun parc déoliennes.
"Il ny a pas de projet à cet endroit, ni de planification cantonale, cest une pure hypothèse proposée par Berne", précise René Vuilleumier , chef de la division "énergie" à lEtat de Vaud . Pour linstant, en effet, tous les regards se portent sur Sainte-Croix , où les projets de parcs éoliens à La Gittaz et au Mont-des-Cerfs, avec sept à huit turbines, brassent du vent depuis 1999.
"Contrairement aux cantons de Neuchâtel et du Jura , qui ont lancé leur propre concept de recherche de sites, le canton de Vaud a été pris de vitesse par le projet de Sainte-Croix, qui émanait de privés. Cest ce dernier qui nous a permis de concevoir les procédures et darriver à un plan daffectation cantonal après que la population eut refusé le projet en référendum", rappelle René Vuilleumier. La mise à lenquête a suscité quelque 250 oppositions .
Dans le canton de Neuchâtel, les autorités, qui recherchent des sites depuis 1997, misent en priorité sur le Crêt-Meuron , qui a également ses adversaires.
Dans le canton du Jura, une dizaine de lieux, dont quatre prometteurs, ont été recensés de concert avec les associations de protection de la nature. Leur avenir dépendra des mesures de vent actuellement en cours.