ARC JURASSIEN - Présentation du concept suisse pour l'énergie éolienne La Confédération a élaboré un concept pour déterminer le réel potentiel de l'énergie éolienne. Elle a retenu 28 sites. L'objectif pour 2010 est d'en avoir une dizaine en fonction. De quoi produire 0,1% de l'énergie consommée en Suisse .
L'énergie éolienne connaît un développement fulgurant depuis une décennie. Dans les régions côtières de la mer du Nord par exemple, la production a été multipliée par 20. En Suisse, grâce aux sites de Mont-Crosin et de Mont-Soleil, le Jura bernois joue les pionniers (voir Le JdJ d'hier), mais globalement, le pays est en retard. A titre de comparaison, l'Autriche, qui connaît un régime des vents comparable à la Suisse, a une puissance éolienne 80 fois plus importante! Le manque de soutien aux énergies renouvelables, mais aussi la difficulté de trouver des sites qui ne soulèveraient pas d'oppositions, expliquent notamment ce retard. Pour y remédier, l'Office fédéral de l'énergie (OFEN), en collaboration avec deux autres offices fédéraux, a élaboré les bases permettant le développement de parcs éoliens dans le pays, conformément au programme Suisse Energie. L'objectif est de multiplier par dix la production éolienne d'ici à 2010. Celle-ci devrait passer de 0,01% actuellement, à 0,1%.
Vice-directeur de l'OFEN et responsable du programme Suisse Energie, Michael Kaufmann a présenté hier à Bienne ce fameux «concept suisse pour l'énergie éolienne». D'emblée, il a précisé qu'il ne s'agit pas d'un plan directeur, mais d'un outil de travail qui définit les conditions pour la construction de parcs d'éoliennes. Parmi les critères pour leur localisation figurent la qualité des vents, la distance avec des zones habitées ainsi que le respect de la nature et du paysage.
28 sites envisagés
Après analyse, quelque 110 sites potentiels ont été retenus dans un premier temps, auxquels s'ajoutent 16 sites cantonaux ou communaux d'ores et déjà réalisés ou planifiés. Plutôt que d'éparpiller les sites, l'OFEN a choisi de les concentrer. Elle en a donc éliminé une trentaine et retenu 28, considérés comme prioritaires - dont plus de la moitié se situent dans l'Arc jurassien.
Tout en reconnaissant que l'énergie éolienne ne représentera jamais qu'une très faible partie de l'énergie consommée, Michael Kaufmann a relevé que ce potentiel méritait d'être exploité. Même si son prix (20 à 25 ct. le kWh) est beaucoup plus élevé que du courant normal, il existe une clientèle prête à payer plus pour de l'électricité propre. D'ici à 2025, il a estimé que l'énergie éolienne pourrait représenter 10 à 15% de la production totale d'énergies renouvelables en Suisse.
Un oui conditionnel
Pour sa part, Silva Semadeni , présidente de Pro Natura Suisse , a relevé la qualité du travail de l'OFEN. Elle a en particulier salué le fait que les organisations de protection de la nature aient été associées à l'élaboration du concept et que celui-ci écarte les sites où l'impact sur le paysage aurait été très négatif. Cela dit, si Pro Natura Suisse accueille positivement ce concept, les sections régionales, qui ont une meilleure connaissance du terrain, examineront les projets au cas par cas et veilleront à ce que leur impact soit acceptable, aussi bien pour le paysage que la faune. Faute de quoi elles ne manqueront pas de faire opposition.
Président de Suisse Eole , le conseiller national prévôtois Walter Schmied a voulu relativiser l'impact des activités humaines sur la faune, qui a une bonne faculté d'adaptation. Et de citer l'exemple du site de lancement des fusées américaines à Cap Canaveral, en Floride, où les oiseaux prolifèrent allègrement...
Neuchâtel et le Jura en piste
Ministre jurassien de l'Environnement et de l'Equipement, Laurent Schaffter a souligné que l'énergie éolienne s'inscrit dans la politique énergétique du gouvernement orientée vers le développement durable. Sur la dizaine de sites suceptibles d'être choisis, le gouvernement en a retenu quatre, tous dans les Franches-Montagnes: Lajoux , Saint-Brais , Les Breuleux et Les Bois . «Nous avons décidé de réduire le nombre et le dispersement des sites pour renforcer les chances de les réaliser.» En tout, une dizaine d'éoliennes pourraient être installées.
Pour l'heure, les sites de Lajoux et de Saint-Brais font l'objet de mesures pour calculer le régime des vents et évaluer la faisabilité des projets. Si les résultats devaient être positifs, le plan d'affectation spécial pourrait être adopté, suivi de la demande de permis de construire. A condition que les oppositions ne viennent pas retarder la construction, cinq éoliennes (trois à Lajoux et deux à Saint-Brais) pourraient être en service en 2010. De quoi couvrir 1,8% des besoins du canton en électricité, soit la consommation de 2300 ménages.
Conseiller d'Etat neuchâtelois en charge de la gestion du territoire, Pierre Hirschy a quant à lui rappelé que son canton s'intéresse à l'énergie éolienne depuis belle lurette, puisque le projet le plus avancé, celui du Crêt-Meuron (sept éoliennes prévues), remonte à 1997. Il est toutefois bloqué par des recours au Tribunal administratif . Neuchâtel a également étudié les différents sites possibles et en a retenu quatre.
Un choix qui s'est fait en fonction de critères comme le respect de l'environnement (la faune en particulier); du paysage; des nuisances sonores; de l'accès aux sites; de l'accès au réseau électrique et de l'impact économique. «Le meilleur est celui du Crêt-Meuron, auquel s'ajoutent ceux de La Vue-des-Alpes , de La Racine (Pouillerel) et de la Montagne de Buttes .» L'objectif est de pouvoir mettre en service deux parcs d'éoliennes d'ici à 2010, et remplir ainsi les objectifs de Suisse Energie. Au dire de Jean-Luc Juvet, chef du service cantonal de l'énergie, les éoliennes pourraient ainsi couvrir 2,5% de la consommation totale du canton, soit la consommation annuelle de 10 000 ménages.