Les tarifs de rachat d'électricité très élevés imposés à EDF pour favoriser le développement de l'énergie éolienne ont entraîné une prolifération anarchique des projets, portés par une multitude d'opérateurs attirés par un effet d'aubaine. Avec huit exploitants différents pour huit sites existants, la région Bretagne est emblématique de la situation qui règne sur l'ensemble du territoire où quelque 70 opérateurs différents sont recensés par l'ADEME.
Signe de ce foisonnement incontrôlé, aucun recensement centralisé précis des centaines de projets existant à l'échelle nationale ne semble aujourd'hui exister, et cette information n'est parfois pas disponible non plus au niveau régional ou départemental.
L'arrêté du 8 juin 2001, dit arrêté Cochet, fixe le prix du mégawatt éolien à 83,8 euros pendant 5 ans, puis à un tarif dégressif les 10 années suivantes pour des parcs éoliens ne dépassant pas 12 Mgw.
Consultée en 2001 lors du lancement du programme éolien, la Commission de régulation de l'électricité (CRE) avait émis un avis défavorable, estimant que "le tarif proposé se situe très au dessus de toutes les estimations raisonnables des coûts de revient de la filière éolienne".
"Le développement de la spéculation liée aux réservations de site depuis l'annonce de ce tarif est d'ailleurs le révélateur de rentabilités tout à fait excessives: plus de 20% par an après impôts, garantis sur 15 ans, même pour des sites moyennement ventés", dénonçait la CRE.
Politique de rachat
L'impact de ces tarifs exorbitants sur le prix de l'électricité consommée en France "pourrait représenter plus de 3 euros/MWh en 2010, soit environ 15% du prix de l'électricité pour les plus gros consommateurs industriels et 3% pour les particuliers", ajoutait la Commission.
Malgré un investissement de départ important, dû à l'installation et au raccordement au réseau --une éolienne d'un mégawatt coûte en moyenne un million d'euros-, cette politique de rachat a conduit à une explosion des demandes d'implantation par des sociétés privées, souvent venus d'Allemagne, du Danemark ou d'Espagne, pays très en avance en matière d'éolien.
Ces investisseurs sont parfois des sociétés déjà spécialisées dans l'énergie (comme Cegelec, EDF Energie Nouvelles), mais aussi des banques, des grandes sociétés, des groupements d'investisseurs particuliers réunis en SARL, qui se lancent dans l'aventure, souvent avec l'aide de bureaux d'étude qui prospectent les sites disponibles, démarchent les communes, organisent les études d'impacts.
"Nous évaluons les risques pour ces sociétés qui investissent uniquement car elles pensent que c'est lucratif, mais ce sont surtout des projets rentables à long terme", souligne Jean-Luc Le Souder, de Sinerg Bretagne, société d'étude qui assure également le développement de parcs éoliens.