Quand le vent forcit, les pâles s'emballent et font un bruit "très éprouvant", vite ressenti comme une "torture quotidienne" selon certains riverains de sites éoliens qui n'hésitent pas à plier bagage en bradant leur maison. "Elles vous bouffent le cerveau", s'écrie Florence Tallec, sculpteur, qui a fini par vendre, à perte, maison et jardin de Plougras (Côtes-d'Armor), amoureusement réhabilités et aménagés depuis plus d'une dizaine d'années.
"Vous passez votre temps à regarder les vents. Quand ils dépassent un certain seuil, c'est infernal. En outre, avoir des choses énormes qui tournent tout le temps devant les yeux, c'est épuisant nerveusement", ajoute-t-elle.
"Je n'ai jamais connu un tel phénomène d'usure. Même pendant les 30 ans où j'ai résidé à Rennes le long de la 4 voies", poursuit Florence, qui a très mal vécu l'apparition de ce vis à vis métallique, 5 éoliennes de 70 mètres de haut dominant sa maison à 700 mètres en contrebas.
"A 14 tours minute, ça va. A 18 tours, bonjour les dégâts", confirme de son côté Joseph Guivarc'h, retraité dont la maison et notamment les pièces de vie donnent sur un site de 5 éoliennes d'une centaine de mètres de haut inauguré en septembre à Plouguin (Finistère).
"Quand le vent souffle, ça me rappelle la tempête de 1987" (qui avait ravagé la Bretagne et occasionné de très nombreux dégâts), explique Joseph, 58 ans, qui comptait profiter de sa retraite pour observer la nature, étudier les oiseaux et travailler au jardin avec le privilège de pouvoir "entendre le silence".
Bruit obsessionnel
"Aujourd'hui, j'ai l'impression qu'un camion est continuellement garé dans la cour ou encore qu'un avion passe très près du toit", ajoute-t-il, précisant que les 480 mètres le séparant du champ éolien étaient loin d'être suffisants.
La nuit ? c'est encore pire, avec les bruits qui se développent, enflent, accompagnés de ces petites lumières rouges qui clignotent en haut des mâts comme sur les tours de la Défense à Paris pour prévenir les avions.
"La campagne ne devient rien d'autre qu'un immense vrombissement, c'est stressant", rapporte Florence, ajoutant que les sons basse-fréquence émis par les éoliennes "agissaient sur le corps tout entier".
Bruit saccadé, hâché, permanent, vibrant, obsessionnel... Joseph a laissé tomber le jardinage, tant il a la "grosse tête" quand il y travaille plus d'une heure. Quant à la terrasse, elle appartient au passé, lorsqu'elle accueillait transat pour la lecture et longue-vue pour observer les étoiles.
Le soleil couchant passe désormais derrière les éoliennes et projette l'ombre des pales sur les murs de la maison. Même si vous ne regardez pas à l'extérieur, "ça tourne chez vous", c'est ce qu'on appelle les effets "stroboscopiques".
Y compris sur la télévision où les éoliennes perturbent la réception hertzienne sur plusieurs dizaines de kilomètres.
Pressés par le CSA, les gestionnaires du parc ont affirmé qu'ils installeraient un réemetteur.