L'énergie éolienne, au centre d'un colloque du 9 au 11 décembre à Caen, tente de rattraper son retard en France, conduisant à une déferlante de projets qui se développent de manière souvent anarchique et suscitent l'opposition virulente des riverains. Dans le Grand Ouest les projets prolifèrent, notamment en Bretagne, région de France la plus ventée après le Languedoc-Roussillon et qui ne produit actuellement que 5% de ses besoins énergétiques.
En 3e position pour les implantations éoliennes, derrière le Languedoc-Roussillon (118 Mgw installés) et le Nord (58 Mgw), elle compte fin 2004 seulement 53 éoliennes en service sur 8 sites pour un total de 40 Mgw. Loin de l'objectif de 1.000 Mgw fixé par la région pour 2010.
La France atteint péniblement 337 mgw en éoliennes installées, alors qu'elle s'est fixé un objectif de 10.000 Mgw en 2010 pour tenir son engagement vis-à-vis de l'Europe à produire à cette date 21% de son électricité en énergies renouvelables.
Pour rattraper ce retard, les projets commencent à foisonner. La Bretagne compte fin 2004 une trentaine de permis de construire accordés et plusieurs centaines de projets à l'étude. La Basse-Normandie et les Pays-de-la-Loire n'ont que deux sites en service, mais une multitude de parcs en préparation : 6 permis de construire accordés et au moins 141 à l'étude.
Cette prolifération a été encouragée par une loi de juin 2001 imposant à EDF un tarif de rachat de l'électricité éolienne très attractif. Il garantit une rentabilité de 20% après impôts sur 15 ans, selon la Commission de régulation de l'Energie.
Ces conditions ont conduit à une "ruée forcenée des spéculateurs" et des "implantations anarchiques et excessives", dénonce Vent de Colère, fédération regroupant 170 associations anti-éoliennes.
Moulins à vents modernes
Mais tous les projets n'aboutissent pas : les contraintes administratives sont draconiennes et les dossiers souvent recalés en préfecture. Selon une étude du ministère de l'Industrie en juillet 2004, 35% des demandes de permis de construire sont rejetées et les projets mettent en moyenne trois ans à voir le jour.
Pour les communes et les propriétaires des terrains, ces parcs éoliens représentent une manne financière, sous forme de taxes professionnelles et de baux.
Ainsi, à Goulien (Finistère), le maire Henri Goardon évoque avec fierté les 8 éoliennes de 45 m qui dominent sa commune de 437 habitants. Elles rapportent une taxe professionnelle de 42.500 euros par an, créant "une image positive et innovante" du village, selon lui.
Mais beaucoup d'habitants n'apprécient pas ces moulins à vent modernes et les associations d'opposants se créent --plus d'une trentaine dans le grand Ouest-- au même rythme que les projets.
Ils dénoncent les nuisances sonores et visuelles, la décote immobilière, les interférences télévisuelles et un paradoxe écologique : l'éolien accroît la production de gaz à effet de serre puisqu'il doit être doublé de petites centrales thermiques pour les jours sans vent.
En attendant un cadre juridique, plusieurs communauté de communes, pays, départements et régions mettent en place des chartes ou guides de l'éolien, afin notamment de définir les sites à protéger.
En Bretagne, un "schéma régional" verra le jour en 2005. Il devrait permettre une meilleure cohérence du développement éolien et apporter des garanties aux riverains, selon Isabelle Thomas, déléguée aux Energies au Conseil régional. Il n'aura cependant aucun pouvoir réglementaire.