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09.12.2004 - Le Figaro

Mouvement de colère dans le Finistère - Les habitants de Plouguin aimeraient retrouver le silence

«On n'a plus le droit de savoir ce qu'est le silence.» Au bout de son jardin, Joseph Guivarc'h désigne les cinq éoliennes de 100 mètres de haut inaugurées en septembre. La plus proche est à 480 mètres exactement de son pavillon, à l'écart du bourg de Plouguin, au nord de Brest. Pourtant, ce matin-là, les pales ronronnent doucement. «Vrai, mais il n'y a pas de vent. Lorsque ça tourne à 18 tours/minute, c'est l'enfer, répond ce jeune retraité de 58 ans, qui redoute les caprices de la météo. A certains moments, c'est comme le vrombissement d'un réacteur sur une piste d'aéroport.»
Comme plusieurs riverains, le retraité avait tenté d'empêcher la construction des cinq géants. En vain.
La préfecture, qui pilote une charte éolienne l'une des premières en France , a promis que des mesures de bruit seront effectuées. «Nous sommes soumis à la réglementation des bruits de voisinage, et nous la respectons», se défend pour sa part Stéphane Ploumarc'h, le promoteur local de Juwi, un opérateur éolien dont la maison mère est en Allemagne. «C'est comme pour tout, les gens sont d'accord pour l'éolien, mais loin de chez eux», dit-il. Pour résoudre les problèmes de réception de la télévision, une des nuisances mises en avant par les opposants, il a installé un réémetteur hertzien. «Mais que fera-t-il pour la télé numérique ?», s'inquiète-t-on déjà à Plouguin.
Le maire de cette commune de 2 100 habitants, Michel Troadec, estime «exagérée» la fronde de ce qu'il appelle un «groupuscule». Il dénonce même ces «rurbains» qui souhaiteraient que l'on gèle les campagnes pour leur confort : «Avec la crise, on ne pourra pas empêcher des agriculteurs de chercher un revenu supplémentaire en hébergeant des éoliennes sur une parcelle.» En moyenne, 2 000 euros par an et par machine, affirment les opposants.
Pourtant, Michel Troadec souhaite que l'on freine désormais le développement de l'éolien, et regrette même que le préfet ait autorisé un second site sur sa commune. «On ne peut pas truffer le Finistère de machines sous prétexte que cette région est une des mieux ventées.» Un argument en partie repris par un adversaire, Jean-Pierre Le Gorgeu, de l'Association de protection des abers : «C'est une grave atteinte paysagère, on risque d'avoir une barrière d'éoliennes», affirme-t-il.
Il est vrai que le Finistère, «Penn Ar Bed», le bout de la terre, attise les convoitises en raison de son exposition au vent. La préfecture a autorisé 17 sites, soit 94 éoliennes, dont une quarantaine réalisées principalement dans le pays de Brest, au nord du département.
Actuellement, les recours se multiplient contre les projets. Mais tous, en fait, se rejoignent pour demander une véritable réglementation qui tienne compte de la nécessité des nouvelles sources d'énergie, mais aussi de l'impact paysager et des diverses nuisances.
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