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25.02.2005 - Die Welt

Autant en emporte le vent

DER SPIEGEL 4/2005 - 24. Januar 2005Les conclusions dune étude demandée par le gouvernement fédéral sur les progrès de lénergie éolienne sont au cur dun vif débat : lénergie écologique préconisée par la coalition rose-verte coûte sensiblement plus cher que prévu à ses utilisateurs. Von Frank Dohmen und Michael Sauga Officiellement, tout était réglé. Plusieurs mois avaient été nécessaires pour que des représentants du gouvernement fédéral, des grands groupes électriques et de la branche industrielle éolienne se mettent daccord pour conclure le débat miné sur la pertinence ou non de nouvelles parts de marché pour lénergie éolienne
Une étude économique devait être menée. A linitiative de lAgence fédérale pour lénergie (dena), qui devait répondre à la question suivante, sans être influencée par une idéologie quelconque : lénergie éolienne supplémentaire prévue par le gouvernement allemand est-elle encore distribuable ? Quel en est le coût ? Quelle technique mettre en uvre pour conduire le courant écologique ? Quels sont les effets du courant éolien sur la consommation délectricité en Allemagne ?
Des instituts scientifiques réputés tels que lInstitut allemand pour lénergie éolienne (DEWI) ou lInstitut économie et énergie de Cologne (EWI) ont été sollicités, des experts indépendants de renommée internationale chargés de lévaluation des résultats. Et, lundi dernier, comme les représentants des sociétés de distribution se réunissaient avec ceux de lindustrie éolienne, il ne devait plus sagir que de simples formalités : entre autres, de ladoption dun communiqué commun pour le public.
Mais la rencontre a mal tourné. Les participants rapportent quau lieu dapprouver une étude pratiquement bouclée, les représentants de lindustrie éolienne ont exigé den revoir la rédaction. Sans cela, ils nautoriseraient pas sa publication.
Ils avaient certes une bonne raison : ce que les scientifiques rapportent au long de 490 pages sur lénergie éolienne et son extension est peu élogieux pour le projet écologique modèle de la coalition rose-verte. Les débats sur létude que le SPIEGEL a pu se procurer sont de nature à plonger dans dautres turbulences une branche éolienne déjà bien ébranlée.
Il est en loccurrence de peu daide que Jürgen Trittin, le ministre fédéral de lenvironnement (Verts), de concert avec les représentants éoliens, mette en garde contre toute « interprétation erronée » des résultats avant même la publication de ceux-ci. Les constats et les chiffres soulèvent des questions brûlantes, même sil a été veillé avec un lot de précautions extrêmes à ce que chaque partie puisse continuer à exposer ses positions en se référant à lexpertise.
En effet, à en croire létude, un nouvel effort technique et financier est exigé pour que la quantité additionnelle de courant écologique prévue par le gouvernement allemand jusquen 2015 puisse être transportée par le réseau.
- 845 km de lignes à haute tension doivent être construites pour 1,1 milliards dEuros dans les prochaines années, pour pouvoir intégrer les parcs déoliennes poussant sur le territoire de la République Fédérale dAllemagne.
- en dépit dinvestissements élevés dans des techniques perfectionnées, tout risque ne peut absolument être exclu pour lalimentation en courant.
- le dégagement dune quantité équivalente de gaz CO2 nocif pour le climat pourrait être évité de manière plus économique par dautres moyens que lénergie éolienne.
- le coût du courant écologique pour les utilisateurs est nettement supérieur à ce qui était envisagé jusquà aujourdhui. Rien que pour la hausse de part du courant éolien projetée par le gouvernement fédéral de 2003 à 2015, létude évalue les « coûts additionnels nets » à un total compris entre 12 et 17 milliards dEuros. Et celui-ci ninclut même pas les investissements pour le réseau et lentretien des équipements anciens.
Létude paraît alors que la branche éolienne connaît une situation critique de toute façon. La résistance des populations touchées à une « aspergisation » intensive des paysages ne cesse de croître. Et ceux qui simaginaient faire des affaires avec le passage à lénergie éolienne sont chaque jour plus déçus. Les investisseurs apprennent avec amertume que les prévisions de profits des exploitants de parcs déoliennes et constructeurs dinstallations étaient partiellement infondées. Quelques entreprises, encore fêtées comme porteuses despoir il y a peu, déclarent aujourdhui des pertes records. Enfin, de plus en plus nombreux sont les scientifiques, les politiques et les entrepreneurs qui mettent en garde contre une politique hasardeuse en matière dénergie. Jürgen Thumann, Président du Syndicat des industries allemandes, ne déclarait-il pas la semaine dernière : « Nous risquons un black-out pour ce qui est de la satisfaction de nos besoins en électricité, si nous continuons à soutenir les énergies renouvelables de cette manière. » Létude de la dena pourrait justement apporter de leau au moulin de telles critiques.
En effet, les données prélevées par les experts permettent de prévoir que la part de lénergie éolienne en Allemagne continuera à progresser de manière spectaculaire dans les années à venir du fait des mesures de soutien engagées par la coalition rose-verte. Elle devrait passer de près de 23 terrawattheures (en 2003) à plus de 77 en 2015. Soit représenter 16 % de la consommation totale de courant en Allemagne.
En plus de nouvelles tiges dasperge à lintérieur des terres, des installations dites « off-shore » doivent ainsi voir le jour en Mer du Nord et sur la Baltique. Mais le raccordement de ces parcs déoliennes va manifestement de pair avec des risques accrus.
En 2003, daprès létude, le courrant éolien, imprévisible, a déjà été cause de risques importants pour la sécurité. Particulièrement pendant les mois dhiver à fort vent, des « creux de tension et des pannes de réseau auraient été susceptibles de toucher de vastes surfaces », pouvant entraîner des « risques majeurs pour la sécurité dalimentation du réseau électrique allemand et européen ».
Les représentants de lindustrie éolienne et le ministre Trittin pensent pouvoir éviter de tels dangers à lavenir. Cest ainsi que de premières modifications ont été apportées aux normes dalimentation. Dautres mesures techniques sur le réseau et les installations devraient elles aussi élever le degré de sécurité. Mais la question demeure de savoir si elles seront appliquées à temps, et si elles suffiront. Et, si lon en croit létude de la dena, des situations critiques pourraient ressurgir en 2015 au plus tard dans quelques régions du réseau, après une première phase de stabilisation temporaire. Les commentaires sur un des principaux arguments avancés pour soutenir lénergie éolienne, à savoir la réduction des émanations de CO2, gaz à effet de serre, sont eux aussi peu amènes.
Il est vrai que les rejets de ce « délinquant climatique » sont sensiblement réduits par renonciation aux combustibles fossiles que sont le charbon, le pétrole ou le gaz naturel. Mais cet effet peut selon létude être également être obtenu par dautres mesures techniques bien moins coûteuses. Par la modernisation des anciennes centrales thermiques, par exemple, de nature à élever leur rendement et leur efficacité.
Il y a une semaine à peine, le ministre fédéral de léconomie Wolfgang Clement mettait ainsi clairement en garde contre dautres expérimentations en matière de politique énergétique. Depuis plusieurs mois, Clement et son confrère au gouvernement Trittin sont en désaccord sur la question de lextension de lénergie éolienne. Fort des résultats de létude, Wolfgang Clement peut désormais exprimer ouvertement ses doutes. Daprès lui, le coût du courant écologique devrait passer de 1,4 milliards dEuros aujourdhui à 5,4 milliards en 2015. Doù sa question : est-ce que lAllemagne peut se le permettre ?
La réplique de Trittin ne sest pas fait attendre longtemps : Clement sest appuyé sur des chiffres inexacts, souligne le ministre de lenvironnement. De fait, létude de la dena montre que de nouveaux progrès de lénergie éolienne sont possibles sans dérapage de coûts. La charge supplémentaire pour un foyer serait au maximum de un Euro par an.
Mais la volonté dapaisement du ministre de lenvironnement est aussi peu fondée que les chiffres de son contradicteur. En réalité, le prix à payer aux exploitants des parcs déoliennes en application de la loi sur la fourniture délectricité (EEG) doit selon létude progresser de 2,1 milliards dEuros (2003) à près de 5,4 milliards dEuros en 2015.
Ce montant comprend aussi le prix commercial pour la quantité délectricité correspondante. Celui-ci doit être déduit du total des aides pour pouvoir déterminer le surcoût de lénergie éolienne par rapport au courant conventionnel. Dautres frais devant être ajoutés ou déduits, tels que la dépense additionnelle pour lénergie de régulation et de réserve pendant les périodes sans vent, à imputer sur les dépenses délectricité courantes par les groupes de distribution électrique.
Cest là précisément ce quont fait les auteurs de létude en dressant un modèle détaillé et en tenant compte de différents scénarios dévolution possible des prix des matières premières (charbon, pétrole et gaz naturel). Résultat : pour la seule électricité éolienne générée dans les installations construites à partir de 2003, les consommateurs devront payer entre 1,4 et 2,1 milliards de plus que le courant conventionnel à partir de 2015.
Pour un foyer normal consommant annuellement environ 4000 kW/h, ce surcoût sétablirait donc à 15,40-19 . Mais cette fourchette ne représente que le « seuil inférieur », « les frais indirects » résultant des subventions aux autres énergies renouvelables et aux éoliennes déjà existantes en 2003 « ny étant pas pris en compte ». Si on ajoute ceux-ci, « laugmentation de la facture de référence » annuelle pour un foyer normal sera comprise entre 36 et 44 Euros pour toutes les énergies renouvelables à partir de 2015.
De tels chiffres sont très éloignés de ceux sur lesquels le lobby du courant écologique et les Verts sappuyaient jusquà présent. Ceux-ci supposent que le prix de lélectricité conventionnelle va rapidement augmenter et que le courant écologique pourrait prochainement redevenir concurrentiel.
Mais cest bien là que gît le problème. Au lieu de dire ouvertement quels risques et difficultés réserve la politique énergétique adoptée, et quels peuvent en être les coûts à répartir arbitrairement entre les citoyens, on blablate, manipule et tient des propos lénifiants.
En loccurrence, nombreux sont les citoyens qui restent disposés à soutenir lénergie éolienne en dépit de son prix élevé, pour réduire la dépendance actuelle au pétrole, au gaz et au charbon. Car rien ne peut être généralement objecté à la technique en tant que telle. Sur des sites réellement venteux, elle peut apporter sa contribution à la fourniture délectricité même si celle-ci se caractérise par son étendue limitée.
Mais un subventionnement massif et une extension sans limites recèlent des dangers et sont à lorigine de factures de plusieurs milliards, que létude dena évoque pour la première fois. Il est cependant douteux quune telle connaissance ait rapidement des effets politiques.
Le ministre de léconomie a beau vouloir sappuyer sur les données de létude pour contenir lexpansion des énergies renouvelables dans une bien moindre mesure que ce qui était prévu, il paraît hautement improbable quil en fasse lessai dès cette législature.
Car entre les contradicteurs Clement et Trittin, une tierce partie a tout intérêt à éviter un nouveau conflit entre léconomie et lécologie avant la longue campagne électorale qui se profile dans les prochains mois : il ne sagit de personne dautre que du chancelier Schröder. Qui aimerait bien que cette affaire
ne soulève pas de vent.
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