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03.03.2005 - Terre & Nature

Energie dans le vent

Les crêtes du Jura bernois fournissent 90% de la force éolienne du pays. Que vaut cette énergie renouvelable ? Quel est son potentiel de développement en Suisse et où sont ses limites ?
Tour d'horizon
On les voit à des kilomètres à la ronde. Et pour cause, chacune des deux nouvelles éoliennes érigées cet été à Mont-Soleil (BE) et à la Vacherie de Sonvilier (BE) culmine à près de 100 mètres lorsque leurs pales de 33 mètres d'envergure sont à la verticale. A lui seul, le mât se dresse à 67 mètres, supportant à son sommet une nacelle de la taille d'un petit chalet.
On comprend dès lors pourquoi l'acheminement et le montage de ces monstres pesant chacun 271 tonnes ont représenté un véritable défi. Ce travail de titan aura coûté 3,5 millions de francs, autrement dit autant que le prix des éoliennes elles-mêmes.
Moyens importants
Ces deux gigantesques « moulins à vent » dotés chacun d'une puissance de pointe de 1750 kilowatts sont venus s'ajouter aux six autres éoliennes, de dimension plus modeste, déjà érigées à Mont-Crosin, à quelques kilomètres de là, sous l'égide de Juvent SA. La puissance du site a ainsi augmenté de 85%, passant de 4,1 à 7,6 mégawatts. « Cela nous permettra de répondre à la demande croissante de courant éolien », se félicite Martin Pfisterer, président de la société gérée par les Forces motrices bernoises (BKW FMB Energie SA).
Malgré son prix plus élevé que l'électricité usuelle (+ 18 centimes ), l'énergie éolienne produite sur les crêtes du Jura bernois a séduit environ 1300 clients réguliers parmi lesquels figurent, par exemple, Swisscom, la Fromagerie Spielhofer et un certain nombre de communes de la région. « Nous vendons cette énergie dans les régions couvertes par les FMB et nous attendons la libéralisation de l'électricité pour répondre aux nombreuses demandes du reste du pays. »
Juvent a en effet les moyens de sa politique. Avec son parc de Mont-Crosin et de Mont-Soleil doté d'une puissance gravitant entre 8 et 10 millions de kWh par an, elle produit à elle seule plus de 90% de la totalité de l'électricité éolienne en Suisse.
Faible part
Mais si important soit-il, ce volume suffit tout juste à couvrir l'équivalent des besoins de 2700 ménages par année. Notre pays, avec une part de seulement 0,01% d'énergie éolienne, se trouve à l'avant-dernier rang européen, loin, très loin derrière les poids lourds que sont, par exemple, l'Allemagne et les pays scandinaves. Pionnier en la matière, le Danemark tire, par exemple, 22% de son électricité des éoliennes, quant à l'Autriche, sa capacité en la matière est 80 fois supérieure à celle de la Suisse.
Comment expliquer un tel écart, pour ne pas dire un fossé ? Les raisons sont multiples. Primo, l'intérêt des Suisses pour ce type d'énergie est relativement récent: la première centrale de Mont-Crosin ne date que de 1977. Secundo, le relief du pays, la densité d'occupation du territoire et le régime des vents ne se prêtent guère au développement des éoliennes. Tertio, la politique d'incitation et de soutien aux énergies renouvelables reste encore trop restreinte pour susciter de véritables vocations. A cela s'ajoute encore le fait que les projets d'implantation d'éoliennes se heurtent à de nombreuses oppositions. Exemple édifiant, le projet neuchâtelois de construction de sept éoliennes au Crêt-Meuron, initialisé en 1997, reste encore paralysé par des recours au Tribunal administratif.
Intensifier la production
Tentant de surmonter ces obstacles et de combler son retard, la Confédération a élaboré un concept de développement dont l'ambition est de décupler l'énergie éolienne du pays ( 0,1% de la production globale ) au cours des dix prochaines années. Rendu public en août dernier, ce plan peaufiné conjointement par trois offices fédéraux (énergie, développement territorial et environnement) prévoit des implantations dans 28 sites prioritaires, dont plus de la moitié se situent dans l'Arc jurassien.
Dans un premier temps, 110 sites potentiels avaient été envisagés, mais tenant compte de la force des vents, de l'habitat et du paysage, les concepteurs ont finalement choisi de privilégier la concentration dans des parcs éoliens plutôt que la dispersion.
Responsable du programme Suisse-Energie et vice-directeur de l'Office fédéral de l'énergie, Michael Kaufmann estime que l'énergie éolienne pourrait représenter, d'ici à vingt ans, 10 à 15% de la production des énergies renouvelables en Suisse. Ce dont doute Martin Pfisterer. « Cette projection se fonde sur des critères trop théoriques, elle ne correspond guère à la réalité du terrain. » L'avenir tranchera.
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