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18.03.2005 - Libération

L'éolien français a peur de se faire couper les ailes

Energie. L'Assemblée débat d'un texte taillant dans les ressources des petits parcs, majoritaires en France.
Calme plat à l'horizon pour l'éolien français.
La commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale a voté, mercredi, de sévères amendements pour la filière dans le cadre du projet de loi d'orientation sur l'énergie. Ces textes, s'ils devaient être adoptés par l'Assemblée la semaine prochaine, porteraient un coup fatal au développement éolien en France, ce qui provoque désespoir et fureur dans le secteur.
Pour freiner les moulins à vent, les trois députés UMP, auteurs des amendements, ont compris qu'il fallait jouer sur le tarif de rachat de l'électricité produite avec le vent. Actuellement, EDF est obligée de racheter l'énergie produite par des installations éoliennes d'une puissance inférieure à 12 mégawatts (MW). Au-delà, les installateurs doivent jongler avec la loi : ainsi, un parc éolien de 20 MW est souvent divisé en deux de 10 MW pour bénéficier de l'obligation de rachat. L'un des amendements votés rehausse ce plancher : en dessous de 30 MW de puissance, EDF ne sera plus forcée de racheter l'électricité produite. Un seuil judicieusement choisi car il n'existe aucun parc éolien de plus de 30 MW en France ! «Nous militons pour des projets de grande taille, se défend Serge Poignant, député de Loire-Atlantique, coauteur du texte. Les petits parcs se multiplient et ce "mitage" provoque de fortes oppositions locales. Les grands parcs permettront peut-être enfin de développer l'éolien en France.» Privilégier les gros parcs éoliens est plutôt une bonne chose mais pourquoi, par la même occasion, tuer dans l'oeuf l'éolien à taille humaine, qui offre un complément de revenus aux agriculteurs ou aux petites communes ? Le Syndicat des énergies renouvelables reconnaît le développement parfois inapproprié des petits projets, et réclame un comité de pilotage national pour y mettre de l'ordre.
«Un mois après la ratification de Kyoto, cet amendement signe l'arrêt de mort de l'éolien en France, peste André Antolini, président du Syndicat des énergies renouvelables. Ce mode de production d'énergie sera réservé aux communes dotées de vastes territoires.» Par ailleurs, pour bénéficier du rachat, le parc d'au moins 30 MW devra répondre à d'autres critères : être situé dans une «zone de développement éolien» (fortement ventée) identifiée par le ministre chargé de l'Energie. Une étude d'impact sera également exigée pour les aérogénérateurs de plus de 30 mètres. Ensuite, le projet devra recueillir l'aval des communes limitrophes, du conseil régional, du conseil général et de la Commission des sites et des paysages du département. Autant dire une multiplication d'embûches qui allongeront les délais d'autorisation à plusieurs années. Ce qui ne risque pas de gonfler les voiles de la filière dans les années à venir.
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