Daniel De La Torre Ugarte, directeur du Centre d'analyse de politique agricole de l'Université du Tennessee (Etats-Unis), plaide pour la valeur énergétique de la biomasse. L'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto en février et les objectifs du millénaire pour le développement marquent une nouvelle ère dans laquelle la politique énergétique, l'environnement durable et la réduction de la pauvreté sont des enjeux liés entre eux et qui réclament une coordination politique internationale. Nous devons faire tout notre possible pour créer un monde dans lequel les voitures fonctionnent avec des moteurs à hydrogène et l'énergie solaire éclaire nos maisons, nos bureaux et nos rues. Le défi auquel nous faisons face est de savoir comment utiliser au mieux toutes les sources d'énergies renouvelables disponibles aujourd'hui, qu'elles soient éoliennes, solaires, biomasses, géothermiques, ou marines.
Une table ronde organisée hier à Genève par la Fondation des Nations unies dans le cadre du symposium public de l'Organisation mondiale du commerce, qui se poursuit aujourd'hui, a reconnu que l'énergie de la biomasse se détache du lot comme étant celle qui possède le plus fort potentiel pour être utilisée immédiatement pour jeter un pont entre nos besoins mondiaux en énergie et les objectifs en matière de développement et de l'environnement. Il existe de très nombreuses sortes de biomasses d'origines variées les cultures traditionnelles (canne à sucre, maïs, soja), arbres, et résidus animaux et urbains qui peuvent être utilisées pour produire de l'énergie. La biomasse peut également être transformée en combustible sous forme liquide, gazeuse ou solide pour répondre aux besoins en matière de transports, d'électricité, de chauffage et de cuisine.
L'abondance de ses sources et sa souplesse d'utilisation rendent la bioénergie particulièrement intéressante aujourd'hui. La bioénergie est la source d'énergie renouvelable qui peut tirer le meilleur parti des investissements substantiels effectués en matière de distribution de carburants d'origine fossile.
Même s'il n'est pas possible de remplacer tous les combustibles par de la biomasse, son potentiel demeure considérable. Dans un monde qui consomme près de 400 EJ (exajoules) d'énergie par an, seulement dix pour cent des 100 EJ de la biomasse produite sont utilisés chaque année pour créer de l'énergie. De plus, 180 EJ supplémentaires produits chaque année à partir de plantes et d'arbres seraient potentiellement utilisables.
L'entrée en vigueur du Protocole de Kyoto augmente la valeur de la bioénergie sous la forme de réductions nettes d'émissions de gaz carbonique. L'éthanol issu du maïs génère une réduction de 10% des gaz à effet de serre, mais l'utilisation de la canne à sucre peut réduire ces mêmes émissions de près de 90%. Dans le cas de ces deux cultures, nous pouvons obtenir des réductions de gaz à effet de serre encore plus importantes en faisant appel à des modes d'exploitation qui diminuent l'érosion des sols et minimisent l'utilisation de produits dérivés du pétrole. Et cela apporte d'autres bénéfices à l'environnement. Nous pouvons ainsi améliorer la productivité des sols, remettre à niveau les nappes phréatiques et contribuer à la biodiversité.
La pauvreté, dans son ampleur et sa gravité, tend à se concentrer dans les zones rurales. Les sites de production pour convertir la biomasse en énergie devant être situés près des régions d'élevage de bétail pour minimiser les coûts de transports, la croissance de la bioénergie apporte aux régions rurales des bienfaits avec lesquels peu d'autres voies de développement peuvent rivaliser.
Pour utiliser au mieux ces opportunités et d'autres, un cadre institutionnel fondé sur des politiques environnementales et économiques allant dans le même sens devrait être une priorité pour les instances internationales et nationales. La déclaration ministérielle de Doha offre déjà un cadre pour encourager les négociations sur la réduction, ou le cas échéant, l'élimination des barrières douanières et autres aux biens et aux services environnementaux.
Ces règles du commerce qui sont du ressort de l'OMC devraient être suffisamment souples pour encourager les pays dotés d'un fort potentiel de production, comme le Brésil ou la Thaïlande, à utiliser au mieux leurs économies d'échelle en encourageant à la fois des mécanismes qui visent à stimuler la production et l'utilisation des bioénergies et le commerce international des services en énergie. En même temps, la flexibilité des règles internationales devrait encourager l'investissement dans les pays qui ont peut-être un potentiel moindre mais peuvent quand même tirer parti de leurs ressources internes en respectant leurs capacités.
Le mécanisme de développement propre introduit dans le Protocole de Kyoto pourrait être un véhicule d'une grande portée pour permettre d'accroître l'investissement privé dans des projets d'énergies propres dans les pays en voie de développement. Ce mécanisme permet aux pays développés d'obtenir des crédits pour leurs émissions de gaz à effet de serre en investissant dans des projets dans les pays en voie de développement qui permettent la réduction de ce type d'émissions.
Les problèmes de l'énergie, de l'environnement et de la pauvreté offrent à l'OMC une opportunité unique de mettre en valeur son rôle dans l'établissement de règles pour faire du commerce un moyen d'atteindre un objectif plus élevé: le développement économique et environnemental durable.