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24.06.2005 - Le Temps

L'Espagne frise la crise électrique

ESPAGNE - Canicule La demande franchit des records. La production bat de l'aile. «Le secteur électrique espagnol est au bord de l'effondrement.» C'est le quotidien économique Cinco Dias qui tirait mercredi la sonnette d'alarme sur ce qu'un éditorialiste a décrit comme une «bombe à retardement qui ne demande qu'à exploser».
Le sujet est assez sérieux pour que le gouvernement Zapatero en fasse une «question prioritaire», qui va «obliger à des réductions et à des sacrifices collectifs». Cet alarmisme s'appuie sur des données objectives: mardi, la demande d'électricité a battu un nouveau record, avec 37 460 MW. Un record qui a été aussitôt dépassé mercredi: 37 870 MW.
La conjoncture est, il est vrai, des plus défavorables. L'Espagne connaît ces dernières semaines une vague de chaleur aiguë, appelée à aller crescendo durant tout l'été. En Castille, en Andalousie, et même en Catalogne, les températures avoisinent les 40 degrés. La sécheresse serait même la plus forte depuis soixante ans: le pays ne dispose «que» de 29 659 hm3 d'eau de retenues, contre 39 000 hm3 l'an dernier à la même époque. Conséquence: la production hydro-électrique est en chute libre. A cela s'ajoute la faiblesse de la production nucléaire (deux centrales en panne) et éolienne (400 MW seulement, sur les 9000 MW installés).
La demande étant très élevée liée, surtout, aux systèmes d'air conditionné , la production ne parvient plus à suivre. Mardi, le Réseau électrique espagnol (REE) a interrompu, pendant trois heures, l'alimentation à de nombreuses industries du nord de l'Espagne. Mais ce n'est pas suffisant. Le même jour, le gouvernement a présenté un «Plan d'efficacité énergétique» visant à freiner la consommation galopante de 30 à 35% d'ici à 2015. A titre de comparaison, la demande nationale a augmenté de près de 50% depuis 1996.
L'idée du ministre de l'Industrie, José Montilla, appuyée par certaines organisations écologistes, est de mettre au plus vite en place un barème tarifaire qui pénaliserait les foyers dépassant le plafond fixé. Ces derniers, dont sont exemptés les familles nombreuses et les milieux sociaux défavorisés, pourraient payer quatre fois plus cher que ce qu'indiquent les factures d'électricité actuelles. En outre, des subventions sont prévues pour l'achat d'ampoules de faible consommation, et d'appareils électro-domestiques moins «gaspilleurs». Sur pression du patronat (la CEOE), les entreprises ne seraient pas touchées par ces mesures d'économies.
Si de tels efforts doivent être consentis, souligne-t-on au Ministère de l'industrie, c'est «en bonne partie la faute des compagnies d'électricité».
Privatisés depuis le milieu des années 90, les deux géants, Iberdrola et Endesa, sont accusés d'avoir massivement investi à l'étranger (en Amérique latine surtout) et de ne pas avoir développé ni modernisé leurs installations. Les intéressés, eux, estiment que la REE ne leur permet pas de dégager de bénéfices suffisants.
Quoi qu'il en soit, l'offre énergétique se voit systématiquement dépassée lorsque la demande monte subitement. Pendant l'hiver 2001, tout comme durant l'été 2004, des millions d'Espagnols avaient dû subir des coupures d'électricité des jours entiers. D'ici à septembre, il faut sans doute s'attendre à des périodes d'interruption plus longues encore.
Auteur: François Musseau, Madrid
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