FRANCE - Bizarrement, pendant que le débat sur les énergies renouvelables se focalise sur les éoliennes, on oublie d'autres gisements énergétiques aussi importants, notamment le bois. C'est le cas en France, pays qui compte la plus grande surface forestière de l'Union européenne. Déjà, les quelque 14 millions d'hectares de forêt dite de production fournissent au pays, indépendamment du bois d'oeuvre et de la pâte à papier, de l'ordre de 9,3 millions de tonnes équivalent pétrole (Mtep) d'énergie. Ce chiffre est à comparer à la consommation totale du pays, qui est de 267 Mtep. Mais le gisement existant est bien supérieur, selon une étude réalisée par l'Inventaire forestier national et par Solagro, présentée jeudi 20 octobre lors d'un séminaire national sur la biomasse organisé par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe). "La forêt française reste sous-exploitée" , explique l'étude, qui constate qu'existe un gisement supplémentaire de 7,3 Mtep : il se trouve dans les "rémanents" de l'exploitation forestière, c'est-à-dire une partie de la tige et des branches qui ne sont pas utilisées. Ils peuvent être transformés en "plaquettes forestières" aptes à l'utilisation énergétique. Un deuxième gisement existe, provenant du petit bois produit lors des éclaircies de résineux et des taillis : il atteindrait 4,9 Mtep. Au total, ces deux gisements pourraient fournir 12,2 Mtep en sus des 9,3 déjà utilisés, soit plus qu'un doublement.
COURS DU PÉTROLE
Selon les auteurs de l'étude, l'exploitation de ces gisements est rentable à partir du moment où le baril de pétrole dépasse 45 dollars. Aujourd'hui, ce dernier évolue autour de 60 dollars. Mais comme ce seuil n'a été franchi que depuis un an, la problématique de l'usage du bois soutenu par un lobby moins actif que celui des éoliennes ne fait qu'émerger. D'autres scénarios permettent d'aller encore plus loin : "L'étude raisonne sur le peuplement existant , explique Thierry Belouard, de l'Inventaire forestier national. Mais on pourrait aussi favoriser l'installation de peuplements à des fins de production énergétique. Par exemple, ces dernières anné es, la politique était de réduire les taillis, elle pourrait s'inver ser."
Le bois énergie devrait aussi être porté par l'amélioration des techniques de combustion, que ce soient les chaudières individuelles, de plus en plus performantes, ou les chaudières collectives. Voire les centrales électriques : en Finlande, le bois assure 11TWh (terawattheures) d'électricité, plus que ce que les centaines d'éoliennes devraient assurer en France en 2010.
Autre atout, sa capacité à créer des emplois, particulièrement dans les zones rurales où se trouve la ressource. Selon l'Ademe, il faut compter un emploi pour 2 000 m3 valorisés (ou 440 tep bois). Reste que, pas plus que d'autres énergies, le bois n'est miraculeux. Il faudra en particulier être attentif aux effets écologiques d'une augmentation de l'exploitation. Et vérifier que l'utilisation du bois énergie ne se fait pas aux dépens d'autres usages aussi utiles, notamment le bois d'oeuvre. Sous ces réserves, le bois, dont l'impact est neutre sur le changement climatique, a tous les atouts pour être une énergie renouvelable bien adaptée à la France.
H. K.