SUISSE - Les promoteurs du projet de parc éolien de Sainte-Croix, sur les crêtes du Jura, ont été renvoyés à leurs études. Linstallation de Collonges sen sort par contre avec les honneurs .
Malgré le soutien de la Confédération, les projets de parcs éoliens ne sont pas toujours en odeur de sainteté auprès de la population. D'abord le côté face. Collonges . Patelin de 540 âmes, la commune valaisanne peut désormais s'enorgueillir d'abriter la plus grande (134 m) et la plus puissante (2 mégawatts) éolienne de Suisse. Ce monstre d'acier, qui produira bon an mal an 3,5 millions de kilowattheures, est l'«aboutissement d'une aventure collective qui a débuté il y a un peu plus de deux ans», souligne Nicolas Mettan, président de la société d'exploitation RhôneEole SA. Autant dire hier matin
Ficelé en 2004, puis bétonné avec les écologistes, le projet intercommunal s'est attiré les bonnes grâces des riverains. Pas une mince affaire à l'ombre d'un tel mastodonte, même à la pointe de la technologie en matière de rendement et de discrétion
La résultante, toujours selon Nicolas Mettan, d'une «planification exemplaire»: «Le soutien de la population a primé sur les éventuels inconvénients paysagers. Et puis, le projet émane de collectivités publiques, c'est donc la garantie d'une maîtrise du dossier et des espoirs de retombées positives.» Dont acte. Et un délai de livraison express, «grâce» aux difficultés rencontrées par d'autres promoteurs. C'est le côté pile
Planifiés il y a belle lurette, deux projets romands - de plus grande envergure, il est vrai - ont soulevé des rafales d'oppositions. D'abord à Sainte-Croix , où l'implantation d'un parc éolien sur le Balcon du Jura , déjà boudé par la population, a été renvoyée à l'expéditeur en raison d'un vice de procédure. Et puis au Crêt-Meuron (NE), où le sort de sept éoliennes se joue devant le Tribunal fédéral . En mars, les magistrats neuchâtelois ont procédé à une pesée d'intérêt entre l'impact sur le paysage et la quantité d'énergie produite, soit l'équivalent de la consommation annuelle de 4000 à 5000 ménages. Avant de donner gain de cause aux opposants
«Le vent a sa place»
De la lumière pour quelques milliers de foyers? Considérable en regard de la production suisse par éoliennes - 2600 ménages. Mais des peanuts vis-à-vis des énergies dites classiques, puisque les efforts d'Eole ne représentent que 0,01% de la consommation d'électricité . Modeste
Et destiné à le rester: «Nous prévoyons que cette proportion passe à 1% d'ici à 2030. C'est peu. Mais le vent a sa place dans un contexte écologique», affirme le vice-directeur de l'Office fédéral de l'environnement (OFEN), Michael Kaufmann.
A des années-lumière du Danemark, par exemple, qui tire 22% de son électricité de ses «moulins à vent», la topographie et le régime des vents ne favorisent guère l'essor de parcs éoliens en Suisse.
«La politique nationale en matière de promotion des énergies renouvelables est d'ailleurs assez faible», ajoute Michael Kaufmann. Pour le chef du programme Suisse Energie, le jeu en vaut pourtant la chandelle: «Si vous regardez l'arc jurassien, le potentiel de développement représente 6% de la consommation de la région, à terme, un rendement très intéressant. En Allemagne, le prix de revient est de 8 à 10 centimes par kWh ( n.d.l.r.: contre 17 à 18 centimes à Collonges ) . Enfin, ce n'est pas une énergie grise.» Comprendre qu'en fin de vie, une installation peut être démantelée sans qu'il en résulte des dommages pour la nature.
Afin de se donner les moyens de leurs ambitions, les Offices de l'énergie, des forêts et du paysage et du développement territorial ont élaboré un concept. Publié en 2004, le document définit la planification et la construction de parcs éoliens sur 28 sites choisis en fonction de critères environnementaux.
Pas gagné d'avance, en témoigne l'attentisme des tribunaux
Et puis il faudra encore arrondir les angles avec les associations de protection du paysage, ajoute en substance Michael Kaufmann.
Le petit coup de pouce pourrait venir des Chambres fédérales. Dans le cadre du débat sur la libéralisation de l'électricité, la droite s'est engagée à dégager 165 millions de francs par an en faveur des énergies propres. Les partisans du vent attendent avec impatience la décision du Conseil des Etats.
Sébastien Jordan