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17.03.2006 - Le Temps

Les économies d'énergie sont rentables

SUISSE - On l'oublie trop souvent : les problèmes liés à l'énergie ne se limitent pas au pétrole. Si l'augmentation tendancielle des prix de l'or noir est indiscutable, si les dégâts causés par la pollution vont encore s'aggraver, les tensions seront vives également sur d'autres fronts, notamment celui de l'électricité.
Selon une étude réalisée par les entreprises électriques de trois cantons alémaniques (Argovie, Zurich et Berne), la consommation électrique des ménages a crû de 26% en quinze ans. Ces résultats ne sont pas surprenants; le nombre d'appareils électriques installés par habitant augmente sans cesse et les campagnes de sensibilisation de la population sur le gaspillage ont une efficacité toute relative. D'ailleurs, rares sont ceux qui connaissent le montant de leur facture énergétique: environ 4000 francs/an en moyenne pour un ménage de trois personnes, dont les 40% sont représentés par l'essence de la voiture, 40% par le chauffage et les 20% restants à égalité par l'électricité et l'eau chaude.
Avec des mesures très simples, peu coûteuses et sans diminuer son confort, il est possible de réaliser une économie de 10%, de 20% en menant une traque plus systématique au gaspillage. Les deux écoles polytechniques fédérales proposent même dans leur projet «Novatlantis» de diviser par trois la consommation moyenne des Suisses!
Qu'est-ce que cela signifie? Tout simplement que l'utilisation rationnelle de l'énergie devrait être une priorité absolue mais qu'elle ne l'est pas. Non pas que l'on puisse imaginer stopper la demande, mais au moins en maîtriser un peu mieux la croissance. Certes, on a fait des efforts, en rendant obligatoire l'étiquetage sur l'efficacité énergétique des appareils, en multipliant les dépliants et brochures, en mettant en ligne une quantité d'informations et en développant le standard «Minergie».
Mais tout cela est largement insuffisant. Deux instruments font défaut: des normes d'exclusion et un marché qui intègre la vérité des coûts.
Une fois de plus, la Californie vient de montrer l'exemple. Depuis le 1er janvier 2006, tous les appareils dotés d'une fonction stand-by consommant en mode attente plus de 3 watts ou n'utilisant pas le meilleur standard de la branche sont interdits de vente. C'est simple et très efficace. Rien qu'en Suisse, avec une telle mesure, on pourrait économiser la consommation de quelque 200'000 ménages.
Selon le chercheur américain Alan Meier, du célèbre Lawrence Berkeley National Laboratory (LBNL), il est possible de réduire de trois quarts la consommation des circuits électroniques qui assurent le stand-by, ce qui équivaudrait pour les pays de l'OCDE à une réduction de 0,5% des émissions de CO2, soit l'équivalent de la pollution émise par 18 millions de véhicules.
Pour être concret: l'horloge numérique de votre four à micro-ondes consommera plus d'énergie que celle qui aura été utilisée pour cuire les aliments! 80% de l'énergie d'une photocopieuse est consommée pendant le stand-by. Et si les écrans plats de nos ordinateurs consomment peu d'énergie, ils restent trop souvent en veille inutile, réduisant à néant les économies d'énergie promises par les technologies les plus modernes.
La Californie a raison: on ne combat pas l'absurde par la bonne éducation; on l'empêche. De la même façon, plutôt que d'attendre des jours meilleurs comme semblent le vouloir les radicaux, il est essentiel de donner à l'économie des indications claires sur le prix des énergies qui doivent refléter à la fois la rareté mais également le coût des nuisances.
Cet instrument existe, c'est la taxe CO2 qui n'est pas un impôt (elle doit être entièrement redistribuée), mais un outil pour décourager le gaspillage et récompenser une meilleure utilisation de l'énergie. Il ne s'agit pas de punir, ni même de culpabiliser les consommateurs mais de mettre fin à l'idée que l'énergie est bon marché et sans limite. Les gains économiques sont à la clé, ainsi que le montre l'expérience menée par le groupe «Modèle de Zurich». En 1987, seize grands consommateurs de l'industrie et des services ont testé volontairement les possibilités d'économiser l'énergie et en particulier l'électricité. Ils avaient envisagé une économie de 9%; l'économie électrique a en réalité été réévaluée à 32%. Depuis 2000, ces mêmes entreprises ont poursuivi et atteignent déjà l'objectif qui était d'accroître leur efficacité de 16% d'ici à 2010. Et cela en ayant respecté une règle d'or: l'investissement consenti devait être rentable.
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