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20.03.2006 - Le Monde

L'ENFER énergétique est il pavé de bonnes intentions renouvelables ?

FRANCE - La question se pose alors que, du fait de la hausse du prix du pétrole et du changement climatique, la préoccupation énergétique est revenue au premier plan. Car, face à ces contraintes nouvelles qui annoncent que le temps de la désinvolture est finie, les nouvelles énergies, pour prometteuses qu'elles soient, n'apparaissent pas hors de tout reproche. Cette mise en cause est apparue avec la multiplication des éoliennes, dont l'impact sur le paysage est critiqué par des assocations de plus en plus vigoureuses. L'idée se répand même que les éoliennes pourraient être une fausse solution.
Pour comprendre ce paradoxe, il faut s'extraire de la fascination qu'exerce le mouvement rotatif de ces moulins des temps modernes et revenir aux chiffres, austères, mais sévères.
La consommation électrique française a été, en 2005, selon RTE (Réseau de transport d'électricité), de 482,4 TWh (1 térawatt heure équivaut à 1 000 milliards de watts heure). Combien faudrait il d'éoliennes pour satisfaire cette demande ? Comme tous les outils de production d'électricité, les éoliennes ne fonctionnent pas à 100 % de leur puissance. En fait, elles tournent en moyenne à 25 96 de leur capacité. Une éolienne de 2 mégawatts (MW) fournira donc, en un an, de l'ordre de 0,004 TWh. Il faudrait ainsi 110 000 éoliennes de 2 MW pour couvrir la consommation française ! Ou 1 100 pour satisfaire simplement 1 % de cette consommation.Si rien ne change
C'est dire que la contribution des éoliennes au bilan énergétique national ne peut rester que marginale. Si rien ne change. Un raisonnement comparable pourrait être tenu pour les autres énergies nouvelles : géothermie, bois, micro hydraulique, solaire.
En Europe, la part des renouvelables dans la production électrique est même en train de diminuer, alors que les constructions d'éoliennes ne cessent de croître (+ 18% dans l'Union européenne entre 2004 et 2005). Comme le remarque l'Observatoire des énergies renouvelables, dans son Baromètre européen 2005, « L'objectif européen de 21 % [de la production d'électricité assurée par les énergies nouvelles] en 2010 s'éloigne un peu plus » : en fait, la part des renouvelables n'a quasiment pas bougé entre 1997, où elle était de 13,9%, et 2004, où elle était de 14,21 %. Comment expliquer ce mystère ?
Par le fait qu'entretemps rien n'a été entrepris pour empêcher la consommation électrique d'augmenter, si bien que les nouvelles capacités d'énergies renouvelables n'ont fait que s'ajouter aux centrales thermiques et nucléaires, sans gain pour l'émission de gaz à effet de serre ou la production de déchets radioactifs. Ainsi, la mise en service prévue de 61 éoliennes au premier trimestre 2006 en France, représentant 105 MW, ne couvrira même pas, et de loin, les 0,7 % d'augmentation de la consommation électrique entre 2004 et 2005. Il resterait bien une solution : une réduction de la consommation, comme l'explique l'association Negawatt : « Sans une forte politique de réduction de la demande, écrit elle, les effets positifs d'une forte production par les renouvelables seraient totalement effacés par l'accroissement de la demande. »
Dans cette optique, l'essor des renouvelables ne vient qu'en troisième position derrière la sobriété (réduire le gaspillage) et l'efficacité énergétique (améliorer les rendements). Le développement des éoliennes, comme la construction de centrales thermiques ou nucléaires prévues par EDF et Suez s'inscrivent dans la logique classique de production. Celle ci, compréhensible dans des pays comme la Chine et l'Inde, en phase de rattrapage économique, l'est beaucoup moins en Occident. La solution au casse tête énergétique passe peut être par un changement de modèle : consommer moins. Hervé Kempf
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