ENERGIE - Le conseiller dEtat Robert Cramer (Verts - Genève) reste absolument opposé au courant nucléaire. Interview
La croissance de la consommation d'énergie, notamment électrique, inquiète. Allons-nous vers des coupures d'électricité? Ou vers la construction de nouvelles centrales nucléaires.L'augmentation de la consommation d'électricité, dans un canton qui s'interdit de recourir au courant nucléaire, impose de prendre d'importantes mesures d'économie. «La politique énergétique concerne tous les actes de notre existence, dit-il. C'est à chacun d'agir pour économiser.»
Est-il aisé, pour les citoyens consommateurs, d'aller à contre-courant de toutes les incitations économiques qui le poussent à consommer toujours plus?
C'est difficile, et c'est la grande contradiction de notre société, où les acteurs économiques ne regardent les problèmes qu'à court terme! L'Etat devrait jouer un rôle d'arbitre, mais en réalité, il ne le fait guère. On laisse faire le marché... qui joue plutôt mal ce rôle régulateur.
Le législateur pourrait quand même prendre quelques mesures, non?
Oui, mais au niveau fédéral! Tant que le parlement national n'est pas conscient de l'importance de réduire notre facture énergétique, rien de très concret ne changera.
A Genève, nous avons quand même pris quelques dispositions légales, sur l'installation de chauffages électriques ou de climatiseurs, par exemple; ces appareils sont soumis à autorisation (...mais le contrôle est difficile pour les climatiseurs mobiles, qui sont de gros dévoreurs d'énergie!)
Le pouvoir politique en est donc réduit à ne faire que des brochures d'information?
A peu près, et c'est ce que nous faisons, pour inciter chacun à se comporter de manière responsable: éteindre les appareils électriques qui restent nuit et jour en veille, etc... Nous nous efforçons aussi de développer les sources d'énergie renouvelables, telles que la centrale photovoltaïque des SIG. Depuis presque deux ans, les SIG ont renoncé à tout achat de courant nucléaire, et proposent aux consommateurs différents types d'énergie. Genève est le seul canton à mener une telle politique énergétique.
Renoncer à utiliser du courant nucléaire, n'est-ce pas rejeter le nucléaire sur les autres cantons?
Pas forcément. Si toute la Suisse faisait de même - et en admettant qu'elle soit «isolée» du réseau européen d'électricité! - nous pourrions faire en sorte de consommer 40% d'électricité en moins .
Quarante pour cent? Cela paraît énorme...
Ce n'est pas moi qui le dis, mais M. Leuenberger, le conseiller fédéral responsable de l'énergie. Pour sensibiliser la population, il a lancé l'an passé le concept de «la société à 2000 watts». C'est théoriquement assez simple: dans les années 60, la Suisse consommait 2000 watts/habitant... et nous vivions alors assez bien! Nous pourrions donc théoriquement vivre sans sacrifice majeur, avec beaucoup moins d'électricité consommée.
C'est peut-être vrai pour les ménages, mais l'est-ce aussi pour l'industrie, l'activité économique?
Vous avez raison, il n'y a certainement pas un tel gisement d'économie dans l'industrie. C'est pourquoi nous devons aussi penser à augmenter notre production d'électricité. Plusieurs solutions sont à l'étude.
On étudie l'amélioration du rendement des centrales hydroélectriques actuelles. On peut aussi développer - mais à l'étranger, dans les régions favorables - la production par éolienne. On étudie aussi des centrales au gaz (très propres, mais néanmoins productrices de gaz à effet de serre, ce qui oblige à trouver des compensations en CO2).
Et puis, il y a la géothermie . Un projet pilote est à l'étude à Bâle; pour notre pays, c'est peut-être LA solution de l'avenir. On pense qu'une unité de production géothermique doit pouvoir alimenter entre 20 et 30 000 habitants en électricité et chauffage.
Malgré la croissance de la consommation, vous restez très optimiste?
Je reste surtout très antinucléaire. Car je suis convaincu que, notamment grâce aux progrès technologiques, nous pouvons vivre bien en consommant peu d'énergie fossile. Et je le crois aujourd'hui encore plus qu'il y a trente ans.
Alain Dupraz