BÂLE - Des géologues cherchent à exploiter la chaleur terrestre à 5000 mètres de profondeur. Aujourdhui démarre la première installation testée à des fins commerciales.
Bâle n'est pas devenu le Texas de la Suisse. Pourtant à deux pas de la frontière allemande, dans le quartier de Kleinhüningen, une gigantesque tour de forage servant normalement à l'extraction de l'or noir vient d'être installée. Or ici cette construction haute de soixante mètres va servir à creuser la roche à la recherche de chaleur. Aujourd'hui, les services industriels bâlois donnent officiellement le coup d'envoi d'un projet très ambitieux: il s'agit de mettre en exploitation une installation pilote qui fournira, d'ici à 2009, de l'électricité à quelque cinq mille ménages grâce à la géothermie. Cette source d'énergie présente l'avantage d'être inépuisable et non polluante.
Ce projet, baptisé «Deep Heat Mining», est la première installation au monde à permettre une utilisation de la chaleur terrestre à grande profondeur à des fins commerciales dans de telles proportions. «Jusqu'à présent, les installations avaient la plupart du temps un caractère expérimental. Nous voulons montrer que d'autres projets sont possibles», explique Markus Häring, patron de Geothermal Explorers, qui supervise le projet lancé en 1996 par l'Office fédéral de l'énergie.
Sur le point de passer à la phase décisive, le géologue se montre confiant: les premiers essais de forage à 2800 mètres se sont avérés concluants. La foreuse va maintenant descendre à 5000 mètres de profondeur. A cette distance de la surface du sol il fait aussi chaud que dans un four: soit plus de 200 degrés. De l'eau est envoyée dans le trou de forage à très haute pression pour fissurer la roche granitique et créer ainsi un énorme échangeur de chaleur. Surchauffée au contact de la roche, l'eau est ensuite repompée à la surface une dizaine de mètres plus loin par deux puits de production. Maintenue sous pression, cette vapeur va entraîner une turbine produisant du courant électrique. La chaleur résiduelle est injectée dans le réseau de chauffage à distance de Bâle. «Comme pour tout procédé expérimental, il n'existe pas de garantie que cela va marcher, souligne Markus Häring. Cela dépendra de la capacité de la roche à se fissurer et à laisser l'eau s'infiltrer».
Alternative aux centrales nucléaires
Convaincus de la faisabilité du projet, les cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne ainsi qu'une demi-douzaine de fournisseurs suisses en énergie ont financé les coûts de l'opération s'élevant à environ 100 millions de francs. Ces investisseurs voient dans la géothermie une alternative possible aux centrales thermonucléaires du pays qui, dans une trentaine d'années, seront obsolètes et devront être démolies ou remplacées. Markus Häring estime que l'installation peut être amortie en vingt ans, en vendant le kilowattheure (kWh) produit par géothermie à 15 centimes. C'est moins cher que l'énergie éolienne (20 centimes) ou que l'électricité solaire (environ un franc). Mais plus coûteux que l'énergie atomique qui coûte quelque 5 centimes .
Même si le sous-sol bâlois est un peu plus chaud qu'ailleurs, de nombreux autres sites en Suisse seraient appropriés pour des projets de géothermie profonde. A Genève, un projet similaire est à l'étude. Selon Markus Häring, 80 centrales à peine plus grandes que celle de Bâle permettraient de répondre à un tiers des besoins énergétiques du pays . On sait aujourd'hui déjà, qu'en Suisse, le potentiel de chaleur existant à grande profondeur dans le sous-sol dépasse la demande. Il ne reste plus qu'à pouvoir l'exploiter.